actualités 14 | 01 | 2008

Le dossier du Poncho n’est pas clos.

A en croire le communiqué de presse du ministère de l’Agriculture sur les résultats des évaluations du Poncho et du Cruiser, daté du 8 janvier 2008, le dossier du Poncho aurait été définitivement rejeté, contrairement à celui de son concurrent, le Cruiser. « Sur la base d’une analyse scientifique approfondie notamment des effets sur les abeilles, l’Afssa a donné un avis défavorable pour le Poncho, et favorable pour le Cruiser en l’assortissant de mesures de précaution sur son utilisation », explique en effet le communiqué, largement repris par la presse.

Or, que dit l’avis émis par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) le 21 novembre 2007 au sujet des abeilles et du Poncho ? En premier lieu, il rappelle que selon « les conclusions du rapport allemand BBA, [qui] repose sur l’ensemble des expérimentations réalisées avec la préparation Poncho en cage, sous tunnel et au champ, des traitements de semences de maïs, tournesol et colza n’induisent aucun effet négatif de la préparation sur la survie des abeilles, le développement des colonies et des larves, l’activité de butinage. Des modifications du comportement, en particulier les capacités d’orientation, n’ont pas été mises en évidence dans les conditions normales d’utilisation. » En conséquence, l’Afssa ne peut que conclure que « pour les abeilles, le risque est également considéré comme acceptable ». Toutefois, « des incertitudes demeurent quant aux niveaux d’exposition via le pollen et le nectar et aux effets sur des périodes plus importantes », poursuit l’avis de l’agence française. Principe de précaution oblige, « il conviendrait donc, pendant la période de floraison, d’éloigner les ruches à plus de 3 km de cultures provenant de semences traitées », souligne-t-il. L’Afssa ne donne donc pas un avis défavorable à cause d’un problème d’abeilles, contrairement à ce qu’insinue le communiqué de presse du ministère !

Au regard des études réalisées outre-Rhin, ces restrictions ont été considérées par Bayer CropScience, propriétaire du Poncho, comme totalement injustifiées. La firme allemande a donc fourni à l’Afssa trois rapports complémentaires jugés satisfaisants par les autorités allemandes pour permettre un usage sans restriction du Poncho sur maïs et sur colza. En effet, un monitoring sur trois ans a déjà été réalisé en Allemagne. Piloté par les instituts de recherche sur l’abeille de neuf Länder et par deux associations d’apiculteurs professionnels (Deutscher Imkerbund et Deutscher Berufs und Enwerbsimkerbund), portant sur 112 apiculteurs et sur un total de 7.240 colonies, ce monitoring n’a pas mis en évidence d’effet de mortalité sur les abeilles ou de problème particulier avec les colonies. « Les conclusions des rapports relèvent que ces pertes [entre 8 et 13 %] sont le plus souvent associées par les apiculteurs à la présence de varroa dans les colonies entrant en hivernation [et à] l’inefficacité des traitements et l’occurrence de ceux-ci dans l’année (traitements trop tardifs peu efficaces) », explique l’Afssa.

L’avis défavorable émis par l’Afssa concerne en réalité tout autre chose que la problématique abeilles. Sa conclusion stipule en effet qu’« en raison d’un risque de contamination des eaux souterraines, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments émet un avis défavorable pour l’autorisation de mise sur le marché de la préparation Poncho Maïs ». De quoi s’agit-il ? « L’évaluation réalisée fait apparaître trois éléments (détaillés dans le corps de l’avis) qui contribuent à sous-estimer de façon significative les concentrations prévisibles dans les eaux souterraines », affirme l’Afssa, qui a donc demandé un complément d’information. Si la firme allemande a bien fourni les documents demandés, l’Afssa n’a en revanche pas encore pris le temps d’analyser ces nouvelles données. « Le dossier est donc loin d’être clos », explique-t-on, confiant, chez Bayer. « En effet, nous aurions du précisé que le dossier du Poncho n’a pas été validé à ce stade », a confirmé à A&E Hélène Brial, du service de communication du ministère.

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