actualités 21 | 08 | 2006

Le MDRGF cautionne une arnaque commerciale

Dans son « Blog » internet daté du 24 juillet, François Veillerette, le très militant président du MDRGF, nous annonce que selon deux chercheurs anglais, les professeurs Daniel Burke et Gerry Potter, « les fruits et légumes « bio » protègent mieux du cancer que ceux de l’agriculture conventionnelle ». L’explication de ce scoop tient en un mot : les salvestrols. Cette « nouvelle classe de substances végétales », découverte par le professeur Burke, serait susceptible de protéger, voire de guérir du cancer.

Le MDRGF - qui reprend un article de Marie-Paule Nougaret paru le 19 juillet 2006 sur le site Novethic.fr -, rappelle que « Burke a d’abord découvert, en 1997, une enzyme humaine inconnue, le CYP 1B1, qui se trouve systématiquement dans les cellules cancéreuses et celles-là seulement ». Le CYP 1B1 « appartiendrait à l’arsenal des défenses humaines contre le cancer ». Il agirait sur des composés végétaux, ce qui « expliquerait l’action bénéfique d’un régime à dominance végétarienne ». En collaboration avec le professeur Gerry Potter, « de l’université publique de Montfort, en Angleterre », le professeur Burke a « repéré d’autres produits végétaux susceptibles de devenir, eux aussi, des tueurs de cellules, en présence de CYP 1B1 ». Ils les ont désignés salvestrols, du latin salvius, c’est-à-dire ce qui sauve ! Et il y en aurait partout : dans les fruits, les fleurs et même les racines. « Fraise, orange, mandarine, raisin, poivron, aubergine, olive, basilic, sauge, thym, romarin, menthe, artichaut, chardon-marie et pissenlit », tous hébergent miraculeusement cette salvatrice substance.

Cependant, la découverte originale du professeur Burke n’a pas intéressé les instituts publics, et encore moins l’industrie privée. Faute de financement, ce dernier a dû attendre la retraite pour fonder, en 2004, « le laboratoire [sic] privé Nature’s defence ». Il s’est alors fait financer par « des dons de particuliers et par la vente sur Internet de salvestrols hautement concentrés (jusqu’à l’équivalent de 300 kg de fruits), extraits de l’orange, de la fraise et du raisin ». Une véritable manne !

En outre, Daniel Burke a découvert que les salvestrols sont davantage présents dans « les vieilles variétés de fruits ». Sans doute parce que « les sélectionneurs modernes cherchent à obtenir des fruits sucrés et que les salvestrols présentent un goût amer », nous explique sérieusement Marie-Paule Nougaret. Tout le monde sait qu’un médicament réellement efficace doit avoir mauvait goût... Or, « les [méchantes] sociétés de distribution ôtent les salvestrols des jus de fruits », privant ainsi le consommateur des effets exceptionnels de ces substances au profit d’un goût sucré artificiel. Enfin, les salvestrols doivent faire face à une autre menace : les pesticides. « Un pesticide très répandu bloquerait, dans les cellules cancéreuses en culture, l’action de l’enzyme CYP1B1 sur les salvestrols », avertit l’auteur. Résultat : « Nature’s defence estime que les végétaux issus de l’agriculture biologique contiennent en moyenne 30 % de salvestrols en plus. » Un discours qui a tout pour plaire à Monsieur Veillerette.

Le hic, dans ce conte de fées bio, c’est que contrairement aux affirmations de Marie-Paule Nougaret, le CYP1B1 n’a pas été découvert en 1997 mais en 1994. Deuxième point, ce n’est pas Burke, mais l’équipe du professeur Sutter qui l’a découvert. Enfin, le CYP1B1 n’est pas une « enzyme inconnue », mais une mono-oxygénase - une enzyme qui n’agit pas seulement dans les cellules cancéreuses, mais à de nombreuses étapes de notre métabolisme. Toutes ces informations de base se trouvent sur le site officiel du National Center for Biotechnology Information. Cela fait beaucoup d’erreurs pour un seul article, qui par ailleurs ne fournit pas la moindre référence bibliographique ! En outre, on ne trouve aucune publication scientifique dans les revues médicales du professeur Burke. Et aucune étude sur le fameux salvestrol ne figure parmi les millions de références scientifiques de Pubmed, la bible de la recherche médicale. L’explication est simple : le salvestrol n’est en effet qu’un label commercial déposé le 17 décembre 2004 par Nature’s Defence Investments Ltd (1).Et le « laboratoire » de M. Burke n’est rien d’autre qu’une société à but commerciale !

On appréciera le degré de sérieux des informations relayées par François Veillerette, la nouvelle référence de quelques journalistes parisiens...

(1)http://webdb4.patent.gov.uk/tm/number?detailsrequested=C&trademark=2375611

Générations Futures/MDRGF santé