actualités 18 | 09 | 2007

Le phénomène d’effondrement des colonies aux Etats-Unis provient bien d’un agent pathogène

Le 6 septembre 2007, l’étude sur les causes probables du syndrome de dépeuplement des abeilles aux Etats-Unis (CCD), réalisée par l’équipe du Pr Diana Cox-Foster du département d’entomologie de l’Université de Pennsylvanie, a été rendue publique. Les chercheurs y mettent clairement en évidence la présence de deux virus et de deux formes de protozoaires, nosema apis et nosema ceranae, dans l’ensemble des ruches analysées.

Dans plusieurs articles parus dans la presse américaine, Dennis van Engelsdorp, un expert apicole du groupe de travail sur le CCD, et le Pr Cox-Foster, avaient déjà fait savoir qu’ils étaient définitivement convaincus que le dépeuplement provenait d’un organisme vivant et non d’un produit chimique. L’équipe américaine avait en effet réalisé une série d’expériences, qui ont été décrites dans la revue britannique Telegraph Magazine du 4 août 2007.

Les chercheurs ont divisé 200 ruches vides qui avaient toutes subi des dépeuplements d’abeilles en trois groupes. Les ruches du premier groupe ont été gardées intactes. Celles du deuxième groupe ont été désinfectées avec un concentré d’acide acétique. Celles du troisième groupe ont subi un traitement d’irradiation, processus qui tue tous les organismes vivants et les pathogènes potentiels, mais laisse intactes les toxines chimiques. Les chercheurs ont ensuite introduit dans les ruches des abeilles saines provenant d’Australie, où il n’y a pas de problèmes de mortalités inexpliquées.

Les colonies du premier groupe ont toutes développé les symptômes du CCD, tandis que celles des ruches désinfectées se portaient plutôt bien, et que celles des ruches irradiées étaient encore plus prospères. « Cela indique clairement que la cause est biologique et qu’il s’agit sûrement d’un nouvel agent pathogène ou d’un agent pathogène qui a muté ; un virus contagieux, une bactérie ou un champignon qui rend les abeilles malades », expliquait alors Dennis Van Engelsdorp. Restait à identifier ce mystérieux agent. Travail qui a été confié à Ian Lipkin, un virologue de l’Université de Colombia. Ce dernier a recouru à une technique de séquençage génétique des micro-organismes qui peuplent les intestins des abeilles frappées par ce fléau. C’est grâce à cette même technique que le Pr DeRisi et son collègue le Dr Don Ganem avaient déjà réussi, en mai 2007, à identifier des spores de nosema ceranae et surtout « d’un deuxième tueur potentiel » sur des échantillons d’abeilles mortes.

L’étude publiée le 6 septembre 2007 révèle enfin le nom de ce fameux « tueur », baptisé Israeli Acute Paralysis Virus (IAPV). Il s’agit d’une variante des virus de la paralysie aiguë de l’abeille (ABPV), découverte en Israël. Elle serait entrée aux Etats-Unis par le biais d’importations de reines ou de gelée royale de Chine. D’autres agents pathogènes ont aussi été trouvés dans les abeilles, comme le « virus de l’abeille du Cachemire » ou le « virus des ailes difformes ». Cependant, l’IAPV est le seul à être présent exclusivement dans les ruches atteintes du syndrome d’effondrement. Tous les autres sont présents également dans des ruches a priori saines. L’équipe du Pr Cox-Foster privilégie donc clairement la piste virale, tout en reconnaissant le rôle incontournable du protozoaire nosema ceranae, mis en évidence sur des abeilles de type Apis Mellifera par l’équipe du chercheur espagnol Mariano Higes. Un tableau présenté dans l’étude américaine montre la présence de nosema ceranae dans 100 % des échantillons touchés par le CCD, mais aussi dans 80,9 % des ruches qui n’ont pas encore développé de phénomène de dépeuplement. Par ailleurs, une autre étude (réalisée par Yanping Chen, Jay D. Evans, I. Bart Smith et Jeffery S. Pettis, et qui sera prochainement publiée), qui porte sur des échantillons d’abeilles datant de plus de 15 ans, a démontré que ce redoutable protozoaire était déjà présent aux Etats-Unis en 1995 !

Jeffery Pettis, entomologiste au ministère américain de l’Agriculture et co-auteur de cette étude, reste très prudent quant au rôle exact du virus IAPV. Lors de la conférence de presse du 6 septembre, il a déclaré que « cette étude [ouvrait] une très bonne piste, mais il est peu probable que l’IAPV soit l’unique cause du CCD ».

L’étude du Pr Cox-Foster et de son équipe n’est que la toute première d’une longue série à venir. En effet, la sénatrice californienne Barbara Boxer a présenté un projet de loi (le Pollinator Protection Act) dans lequel elle demande la mise en place d’un fonds d’urgence de 89 millions de dollars pour les cinq prochaines années, afin de financer un ambitieux programme de recherche sur les abeilles. Présenté le 26 juin 2007, ce projet de loi a été cosigné par Hillary Clinton. Il doit être inclu dans le Farm Bill de 2007. Rappelons que cette année, le budget alloué par le ministère de l’Agriculture aux laboratoires travaillant sur le phénomène d’effondrement des colonies d’abeilles s’élève « seulement » à 7 millions de dollars ! De quoi faire rêver nos experts apicoles français...

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