actualités 20 | 03 | 2007

Les fort mauvais conseils de Dominique Belpomme

Lors d’une émission sur la chaîne publique France 2 le 15 mars dernier, le très médiatique cancérologue Dominique Belpomme n’a pas hésité à se ridiculiser une fois de plus en mettant en cause les recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS) lancé en 2001 par le ministère de la Santé.

Alors que ce programme encourage « l’augmentation de la consommation de fruits et légumes afin de réduire le nombre de petits consommateurs de fruits et légumes d’au moins 25 % », Dominique Belpomme affirme très sérieusement qu’il est dangereux pour la santé de manger les fruits et légumes ordinaires, au motif que ceux-ci sont contaminés à petites doses par les pesticides.

Pour le président de la petite Association pour la recherche thérapeutique anticancéreuse (Artac), proche du lobby antipesticides, « ce n’est pas la dose qui fait le poison, c’est la répétition des doses. Autrement dit, si vous avez des faibles doses, des petites doses, qui lorsqu’elles sont répétées, et c’est le cas lorsque l’on mange des fruits et légumes contaminés chaque jour par des petites doses de pesticides, eh bien vous finissez par faire des maladies ». Ce singulier discours s’oppose au consensus scientifique international, qui ne cesse de souligner l’importance d’une nourriture riche en fruits et légumes. Interrogé à ce sujet par A&E, le Dr Serge Hercberg, directeur de l’Institut scientifique et technique de la nutrition et de l’alimentation, coordinateur de la grande étude épidémiologique SU.VI.MAX et grand patron du PNNS, est catégorique : « Dans l’état de la situation actuelle, il y a plus de 350 études épidémiologiques sur les relations fruits et légumes et cancer faites dans le monde entier, et dans des pays dont la vigilance [en ce qui concerne les pesticides] n’est vraisemblablement pas aussi forte qu’en Europe et en France. Sur la totalité de ces études, environ 90 % trouvent que les grands consommateurs de fruits et légumes ont un moindre risque du cancer. Les 10 % restants n’ont pas trouvé d’effets. » Pour le Dr Hercberg, « les effets néfastes n’ont pour l’instant jamais été démontrés dans aucune étude épidémiologique où ont été suivies des cohortes de personnes ». Il conclut que « la crainte des pesticides serait plus dangereuse que le risque potentiel de perte d’efficacité des fruits et légumes dans la prévention des cancers ».

Dans un communiqué de presse du 12 janvier 2005, le Dr Elio Riboli, du Centre international de recherche sur le cancer (Cric), qui a coordonné la plus grande étude prospective européenne sur le cancer et la nutrition, abondait dans le même sens : « Nous disposons d’indications de ce que la consommation de fruits et de légumes peut être protectrice pour les cancers de la bouche, du pharynx, du larynx, de l’estomac et peut-être du côlon/rectum et du poumon. En outre, il a été démontré que la consommation de fruits et de légumes fait baisser la tension artérielle et le risque de maladie cardiovasculaire : on a donc toujours de bonnes raisons de recommander de manger beaucoup de fruits et de légumes. » Le Pr Henri Pujol, ancien président de la Ligue nationale contre le cancer, estime pour sa part que « 20 % des cancers pourraient être évités par une consommation quotidienne d’au moins 400 grammes de fruits et légumes » . Or, selon lui aucune étude n’a pour l’instant apporté la preuve d’une supériorité des produits biologiques par rapport aux produits conventionnels dans la lutte contre le cancer. Bref, les affirmations de M. Belpomme vont à l’encontre de centaines d’études portant sur la relation entre la consommation de fruits et légumes et le risque de cancer et menées à travers le monde depuis plus de trente ans. Et contrairement à ce que prétend le président d’Artac, aucune de ces études épidémiologiques n’a trouvé d’effets défavorables.

Alors Avant qu’il ne soit trop tard - puisque tel est le titre de son dernier livre -, tenons les propos de M. Belpomme pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire de fort mauvais conseils ! On regrettera, au passage, qu’une chaîne publique se fasse le relais de telles élucubrations...

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