Les nouvelles variétés de semences sont-elles à l'origine d'une érosion de la biodiversité ?

actualités 11 | 06 | 2009

Les nouvelles variétés de semences sont-elles à l’origine d’une érosion de la biodiversité ?

L’introduction de nouvelles variétés de semences à haut rendement entraîne-t-elle une perte de biodiversité agricole ? C’est ce qu’affirmaient jusqu’à présent plusieurs études, dont celles menées en 2005 par Bradsley et Thomas [1] et en 2007 par Joshi et Bauer [2]. Cette dernière, qui concernait des espèces locales népalaises, avait fortement recommandé que l’Etat investisse dans la préservation des quelques variétés qui existaient encore. Or, les observations d’une étude récente menée sur la culture du riz dans les zones à haute altitude du Népal montrent que tel n’est pas le cas. Selon les auteurs, l’introduction de variétés modernes peut même promouvoir la biodiversité génétique des espèces.

Financée par Biodiversity International et LI-BIRD dans le cadre des projets du Département de développement international de la Grande-Bretagne au profit des pays en développement, une équipe de chercheurs de Field Crops Research [3]a prouvé qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre le développement des variétés modernes et la préservation des espèces anciennes. Encore faut-il procéder à une sélection de semences croisées avec les variétés locales, notent les auteurs de l’étude. C’est-à-dire utiliser la méthode d’hybridation baptisée en anglais Client Oriented Breeding (orientée vers le client). Il s’agit de créer des variétés certes de meilleure qualité avec des rendements plus élevés, mais tout en gardant les propriétés génétiques des espèces traditionnelles connues pour leur capacité d’adaptation aux conditions climatiques locales. En l’occurrence, le cas étudié par l’équipe de Bhuwon Sthapit concerne des zones montagneuses de Kaski, au centre du Népal.

Dès 1996, de nouvelles semences hybrides de riz obtenues par croisement avec les variétés anciennes de cette région y ont été introduites. En 2004, une majorité des riziculteurs qui avaient adopté trois de ces nouvelles variétés (Machhapuchhre-3, Machhapuchhre-9 et Lumle-2) couvraient jusqu’à 60% des rizières de la région, tandis que les 40% restants étaient dédiés aux cultures de leurs riz traditionnels, surtout ceux très prisés dans les plats des fêtes et cérémonies rituelles népalaises.

« Nous avons montré qu’en dépit de l’abandon de quelques variétés anciennes, celles qui sont maintenues contiennent une très large gamme de gènes », indique Bhuwon Sthapit, qui s’interroge sur la pertinence d’investir pour préserver la totalité des espèces locales. « Au vu des résultats globaux obtenus dans la région, nous concluons que les bénéfices que les variétés hybrides modernes ont apportés à la communauté dépassent les pertes occasionnées par la disparition de quelques variétés anciennes », précise l’expert, dont les conclusions sont compatibles avec celles obtenues par les études sur la diversité génétique réalisées en 2006 par Fu [4]. Le groupe des scientifiques qui ont mené cette étude insiste sur le fait que l’adoption rapide par les riziculteurs des variétés nouvelles a considérablement amélioré leur niveau de vie. Bien que cette adoption ait réduit proportionnellement le nombre de ceux qui cultivaient auparavant les variétés traditionnelles, la diversité génétique globale a cependant augmenté grâce aux variétés nouvelles qui ont incorporé des gènes différents inexistants dans les espèces locales. L’expérience de la région Kaski a donc démontré que les variétés croisées avec des espèces traditionnelles avaient contribué à un enrichissement additionnel des gènes. Toutefois, les scientifiques ont conclu que la diversité génétique ne pourrait croître que dans la mesure où une proportion d’environ 40 % des terres cultivées conservait ses variétés traditionnelles. Au-delà, le risque d’une éventuelle diminution de la biodiversité agricole pourrait exister, avertissent les experts, qui mettent en garde contre un remplacement généralisé de variétés traditionnelles par des nouvelles. Cette observation va dans le sens de l’hypothèse également retenue en 2003 [5] par Joshi et Witcombe, selon laquelle l’adoption des variétés hybrides issues du croisement entre les semences locales et les variétés exotiques augmenterait la diversité des gènes si le taux de leur adoption reste partiel.

[1Bardsley, D., Thomas, I., 2005. In situ agrobiodiversity conservation for regional development in Nepal. GeoJournal 62.

[2Joshi, G.R., Bauer, S., 2007. Cultivation and the loss of rice landraces in the Terai region of Nepal. Plant Genet. Resour.

[3Steele, K.A., et al., Has the introduction of modern rice varieties changed rice genetic diversity in a high-altitude region of Nepal ?. Field Crops Researh (2009)

[4Fu, Y.-B., 2006. Impact of plant breeding on genetic diversity of agricultural crops : searching for molecular evidence. Plant Genet. Resour

[5Joshi, K.D., Witcombe, J.R., 2003. The impact of participatory plant breeding (PPB) on landrace diversity : a case study for high-altitude rice in Nepal. Euphytica.

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