Maxcel : une dérogation bien tardive

actualités 11 | 03 | 2009

Maxcel : une dérogation bien tardive

La dérogation obtenue pour le Maxcel, une spécialité destinée à l’éclaircissage des arbres fruitiers, est certes une bonne nouvelle pour les arboriculteurs. Elle témoigne surtout du grand écart entre la réalité du terrain et le discours politiquement correct qui consiste à vouloir sous-estimer l’importance du rôle des produits phytosanitaires. « Il s’agit pour le moment de la seule dérogation demandée par les producteurs de fruits », souligne ainsi l’agence de presse Agrafil dans une brève datée du 10 mars 2009, qui précise que « la demande a été formulée par la FNPF (Fédération nationale des producteurs de fruits) en janvier dernier ». « Les dérogations sont obtenues quand il n’existe aucune autre molécule de remplacement ou de solution mécanique alternative », précise le directeur de la FNPF, cité dans la brève. Pourtant, cela fait plus d’un an que les professionnels de la pomme avaient avertis les pouvoirs publics du problème qu’allait inévitablement entraîner le retrait du carbaryl (voir le dossier d’A&E de mars 2008, « Vers la fin des fruits et légumes européens ? »). Dès le mois de novembre 2008, le groupe de travail national « Homologation Pomme/Poire » composé de représentants techniques de la filière Pommes et Poires, d’un représentant de la FNPF et d’experts régionaux ou nationaux dépendant de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), avait listé pas moins de 55 dossiers qui permettraient à la filière de produire plus sereinement. Il s’agit de l’inscription de nouvelles molécules, de l’homologation de nouvelles spécialités commerciales, ou des dossiers préoccupants avec des molécules amenées à disparaître. Trois mois plus tard, lors de la réunion du 15 janvier 2009, une commission dite « usages orphelins » s’est finalement réunie pour prendre connaissance de seulement 17 des dossiers considérés comme prioritaires. Encore trois mois plus tard, un seul en a émergé : celui du Maxcel.

« Et il ne s’agit que d’une dérogation de 120 jours pour une spécialité alors que nous demandions l’homologation des spécialités commerciales à base de la benzyladénine (6BA), le Maxcel de Philagro et l’Exilis de De Sangosse », rappelle Daniel Sauvaitre, président de l’Association nationale pommes poires. Il poursuit : « Cela nous aurait permis de mettre en concurrence les deux firmes et donc de jouer sur le prix et sur la réactivité afin d’obtenir des quantités suffisantes de produit. D’autant plus que ces deux spécialités sont déjà disponibles dans les autres pays de l’Union européenne. » « Depuis 2007, les autorités publiques avaient connaissance de l’impasse technique qu’allait conduire le retrait du carbaryl, en novembre 2008. N’aurait-il pas été beaucoup plus raisonnable d’accorder cette dérogation bien avant ce retrait, afin de permettre à la filière de réaliser des essais en verger et de rassurer les producteurs sur l’efficacité de la molécule ? », se demande pour sa part Pierre Varlet, animateur, au sein de l’Association nationale pommes poires, de la Charte nationale de production fruitière intégrée. En outre, la raison évoquée par les autorités françaises pour bloquer le dossier est ubuesque : la France ne souhaite pas homologuer de spécialité dont la matière active n’est pas encore inscrite à l’annexe 1 du règlement européen, ce qui est en effet le cas de la benzyladénine. Or des spécialités commerciales contenant cette molécule sont déjà homologuées en France, mais pour un autre usage ! La benzyladénine est en effet la matière active du Promalin et du Perlan, deux spécialités commerciales qui ont une action contre la rugosité des pommes... Cherchez l’erreur !

Plus préoccupant pour les arboriculteurs, la dérogation a été délivrée très tardivement, c’est-à-dire à quelques jours de la période d’éclaircissage. Aujourd’hui, les stocks se trouvent encore aux Etats-Unis. Ils doivent donc être rapatriés en France, distribués aux négociants avant d’être disponibles pour les producteurs. « Le calendrier est très serré », s’inquiète Pierre Varlet. De plus, le fait qu’une seule formulation commerciale ait été acceptée confère une position monopolistique bien agréable à son propriétaire américain, Valent BioSciences (représenté en France par Philagro...), et une faible marge de négociation aux producteurs français !

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