Modifier le climat pour combattre la sécheresse

actualités 18 | 03 | 2010

Modifier le climat pour combattre la sécheresse 

A l’appel des la Fédérations régionales des syndicats d’exploitants agricoles (FRSEA) et des Jeunes Agriculteurs d’Aquitaine et Midi-Pyrénées, de 2500 à 3000 agriculteurs ont manifesté leur mécontentement face aux annonces de réductions de volumes d’eau alloués à l’agriculture. Selon les organisateurs, les restrictions d’irrigation envisagées menaceraient entre 5.600 et 8.400 emplois dans les 18 départements du bassin Adour-Garonne. « L’incohérence des nouvelles restrictions d’irrigation qui résultent d’un calcul plus qu’approximatif des débits d’objectifs d’étiage des rivières, aboutie à des non-sens agricoles et à des aberrations écologiques », estime Gérard Mutolo, directeur de la FRSEA Aquitaine, qui rappelle que le bassin Grand sud-ouest est une région qui bénéficie d’une pluviométrie annuelle importante (47 milliard de mètres cubes) dont l’irrigation utilise 2%. « La création de zones de stockage serait bénéfique sur le plan économique et écologique » poursuit Gérard Mutolo. Pour sa part, Orama appelle « les pouvoirs publics à davantage de pragmatisme sur le dossier des volumes prélévables, qui doivent prendre en compte les impacts socio-économiques pour les filières et les progrès déjà réalisés depuis de nombreuses années par les irrigants », et annonce, avec l’association des Irrigants de France, la tenue le 13 avril 2010 d’un « grand meeting à l’Assemblée Nationale pour mettre en avant l’enjeu stratégique de l’irrigation pour la ferme France ».

Nul doute que la lutte contre la sécheresse représente un enjeu considérable. Or, si la stratégie française repose essentiellement sur une politique restrictive, c’est loin d’être le cas partout dans le monde.

Ainsi, la Chine, qui ne manque pas d’audace, a choisi de lutter contre la sécheresse en modifiant... le climat ! « La Chine a annoncé sa volonté d’accélérer ses actions météorologiques dans des régions touchées par la sécheresse, chronique depuis 2007, a déclaré Zheng Guoguang, chef de l’Administration météorologique de Chine », rapporte en effet le bulletin d’information de l’ambassade française à Pékin daté du 10 mars 2010. Afin d’augmentation les précipitations, les chinois utilisent une méthode développée par un chercheur américain de General Electric, Bernard Vonnegut, qui a découvert, en 1946, la possibilité de déclencher des précipitations en projetant dans l’atmosphère de l’iodure d’argent. Un procédé utilisé en Chine depuis 1958. Dernièrement, le 1er et le 9 novembre 2009, le bureau de modification de la météo a ainsi déclenché les neiges les plus précoces de ces vingt-deux dernières années sur Pékin en projetant dans les nuages 186 bâtonnets d’iodure d’argent (de 5 grammes chacun). En 2009, environ 116.000 roquettes et 890.000 obus d’artillerie ont été tirées pour accroître la pluie sur des zones couvrant 3,6 millions de kilomètres carrés, soit environ un tiers du territoire chinois. Des actions dont le coût s’élève à 910 millions de yuans, soit 98 millions d’euros. Selon le Bureau de la Modification Météorologique, elles auraient toutefois permis de générer une production céréalières équivalente à trente fois ce montant.

Toutefois, ces précipitations artificielles font l’objet de nombreuses interrogations, l’iodure d’argent n’étant pas neutre d’un point de vue environnemental. « La toxicité de l’argent et de ses composés est très inférieure à celle de rejets industriels classiques ou par exemple de celle de la fumée des pots d’échappement et les traces d’ions d’argent dans l’eau ont des teneurs bien en deçà des standards nationaux », se défend Zheng Guoguang, qui assure depuis de nombreuses années la surveillance de la qualité de l’eau dans les zones de tir. Et dire qu’en France, les pouvoirs publics n’osent même plus autoriser de simples retenues d’eau...

climat