actualités 16 | 06 | 2006

Mortalités d’abeilles en Wallonie : le Varroa, principal accusé.

Lors d’une conférence de presse le 13 juin 2006, le professeur Eric Haubruge, de la Faculté universitaire de Gembloux (Belgique), a rendu publics les premiers résultats de l’étude multifactorielle sur le dépérissement de l’abeille domestique en Wallonie (1). Ce travail a été commandité et subventionnée par la Direction générale de l’Agriculture du ministère de la Région wallonne.

Contrairement à la presse française, la presse belge s’est largement fait l’écho de la présentation de ces résultats. Si plusieurs points des conclusions du professeur belge remettent en cause nombre d’idées reçues, c’est surtout la question des pesticides qui a fait couler de l’encre.

L’étude multifactorielle belge n’a en effet pas pu montrer de relation entre la présence de pesticides à usage agricole et le dépérissement de l’abeille domestique en Wallonie. « En ce qui concerne les pesticides, au total 595 analyses sur trois matrices (miel, abeille, et cire) furent réalisées au cours de l’année 2005 », explique Eric Haubruge. De nombreux pesticides ont bien été retrouvés dans les analyses : « Lors des prélèvements effectués en sortie d’hiver 2004-2005, nous avons constaté qu’un nombre important de colonies était en contact direct avec des pesticides. En effet, 79,17 % des colonies d’abeilles domestiques suivies dans notre étude contenaient entre 1 et 7 pesticides dans les matrices miel, cire et abeille, le plus souvent à des doses qui sont à la limite du seuil de détection (LD) ». La présence de ces pesticides dans les produits de la ruche n’est pas surprenante, souligne le professeur, « car les méthodes analytiques actuelles sont de plus en plus performantes et sensibles. Les pesticides rencontrés dans les ruchers sont des insecticides, des herbicides, des molluscicides, et plus fréquemment des acaricides (roténone, coumaphos et bromopropylate) et des fongicides (flusilazole et trifloxystrobine) ». Cependant, selon Eric Haubruge, « il n’y a pas de corrélation entre le pourcentage de mortalité de colonies d’abeilles domestiques et le nombre total de pesticides, la présence de fongicides, la présence d’insecticides, la présence de molluscicides et la présence d’herbicides ». « La seule corrélation qui pourrait être établie serait entre le pourcentage de mortalité et le nombre d’acaricides d’usage apicole présents dans les ruchers », poursuit le professeur de Gembloux.

Enfin, si des traces d’imidaclopride, utilisé en verger et pour le traitement de semences, ont également été mises en évidence, quoique de manière très sporadique et seulement pour deux ruchers wallons, le professeur Haubruge tient à souligner que « les visites sur le terrain ont montré d’une part qu’il s’agissait de ruchers à proximité de vergers, et d’autre part que toutes les colonies en contact avec cet insecticide se sont développées correctement  ».

En revanche, l’équipe belge estime que la mortalité des colonies dans la région wallonne, qui s’élève en moyenne à 17 % en 2005, provient principalement du parasite Varroa destructor. « Il ne s’agit pas de stigmatiser les apiculteurs », met en garde le professeur Haubruge, « car les traitements sanitaires sont très complexes. Certains acaricides utilisés contre la Varroase, au développement cyclique (de 3 à 5 années) peuvent très bien sembler efficaces au cours des deux premières années d’utilisation du produit. C’est seulement après la troisième année que les symptômes de dépérissement vont apparaître. Les apiculteurs, souvent des amateurs passionnés, peuvent donc difficilement faire le rapprochement entre la mortalité et la Varroase qu’ils pensent combattre efficacement ».

Dans ses recommandations, le professeur Haubruge souligne par conséquent l’importance immédiate et prioritaire, « au vu de l’omniprésence du parasite Varroa destructor dans les ruches, de mettre en place une stratégie de lutte contre ce parasite ». Celle-ci devrait être basée sur l’utilisation de plusieurs matières actives vis-à-vis desquelles l’acarien ne présente pas encore de résistance. Selon Etienne Bruneau, du Centre apicole de recherche et d’information (Cari) de Louvain-la-Neuve, « il faudrait intervenir au niveau européen pour changer la réglementation afin de faciliter les conditions de mise sur le marché de différents produits de traitement contre les maladies de l’abeille ». En Angleterre, où dans la pratique il existe une plus grande tolérance à l’utilisation de ces produits, la pression des acariens est en effet bien plus faible.

1) Communiqué de presse du 13 juin 2006 de l’Unité d’Entomologie fonctionnelle et évolutive de la Faculté universitaire de Gembloux

apiculture