actualités 19 | 02 | 2008

Mortalités d’abeilles : mais où est donc le mystère ?

L’exercice a dû être difficile pour Gaëlle Dupont ! Dans un article daté du 18 février 2008, la journaliste du Monde a en effet dû annoncer à ses lecteurs que finalement, ni le Gaucho ni le Régent ne sont responsables des mortalités d’abeilles.

Quatre ans après leur suspension, ces deux insecticides maudits sont donc blanchis par Le Monde. Enfin, presque ! Certes, la journaliste – qui fait référence à l’étude multifactorielle prospective (EMP) de l’Agence française de sécurité des aliments (Afssa) – indique que « plusieurs causes [de mortalités] peuvent être envisagées », dont les maladies, les parasites, les mauvaises pratiques apicoles ou l’exposition aux pesticides. Certes, elle mentionne bien que la présence du coumaphos (un acaricide utilisé par les apiculteurs, et retrouvé dans plus de 8% des échantillons de miel analysés) pourrait être « une explication possible de l’affaiblissement des reines, rapporté par les apiculteurs ». Cependant, elle ne peut s’empêcher de prétendre que « les résultats [de l’enquête] ne peuvent pas être extrapolés » – ce qui permet au Monde de titrer : «  Le mystère de la disparition des abeilles reste entier ». Selon l’article de Gaëlle Dupont – et c’est à sa décharge –, c’est en tout cas ce que lui a expliqué le directeur de la santé animale de l’Afssa, Philippe Vannier.

Curieusement, c’est ce dernier qui a été interrogé par la journaliste à la place des auteurs de l’EMP, Michel Aubert et Jean-Paul Faucon ! Pour Philippe Vannier, ces résultats « n’ont de valeur que pour l’échantillon considéré, qui est faible ». Peut-être le directeur de l’agence – qui est plus familier du monde des porcs que de celui des abeilles – n’a-t-il pas réalisé que l’étude de l’équipe de Michel Aubert a suivi pendant trois ans non moins de 24 ruchers (120 colonies d’abeilles) situés dans 5 départements différents, placés dans différents environnements et gérés par différents apiculteurs ? Ces 24 ruchers ne seraient pas comparables aux autres ruchers français des mêmes régions ? C’est absurde ! D’autant plus que jamais auparavant, une telle étude portant sur autant de ruchers et sur une aussi longue période n’avait été effectuée.

Quoi qu’on en dise, l’étude de l’Afssa prouve incontestablement qu’en dépit de la présence d’imidaclopride (la matière active du Gaucho), une apiculture correctement pratiquée – c’est-à-dire avec un suivi attentif de l’état sanitaire des ruchers – permet de maintenir une mortalité inférieure à 10 %. Un taux considéré comme normal bon an mal an en apiculture.

Si toute la lumière n’a pas encore été faite sur l’ensemble des causes des mortalités, il n’y a de mystère que pour ceux qui ne veulent rien voir...

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