actualités 17 | 03 | 2011

Notre poison quotidien de Marie-Monique Robin : quelques éléments de réflexion sur le cancer...absents de son documentaire ?

Marie-Monique Robin est catégorique. Dans Notre poison quotidien, elle laisse entendre que les « maladies chroniques » sont principalement dues à la pollution chimique : « Petit à petit, j’ai fini par assembler toutes les pièces du puzzle pour dessiner un ensemble cohérent. L’épidémie de maladies chroniques, telle que constatée dans le monde occidental, est due à la pollution chimique, et notamment aux transformations du mode de production des aliments, où les effets de la révolution agricole et agro-alimentaire se conjuguent pour constituer un cocktail explosif. » Ne mentionnant ni la pollution atmosphérique, avec le problème réel des particules fines, ni celui, tout aussi réel, de la surexposition aux rayons UV, Marie-Monique Robin utilise un miroir grossissant, se focalisant uniquement sur les produits alimentaires.

Parmi les thèmes chers à la journaliste se trouve celui de la progression du cancer dans les pays développés, dont l’incidence « a été multipliée par deux au cours des trente dernières années, selon les chiffres du CIRC ». Présenté ainsi, ce chiffre – exact par ailleurs – ne peut que susciter une très forte inquiétude, largement relayée par les médias. Or, il ne reflète pas la réalité de la progression des cancers, qui est loin d’être aussi catastrophique que ne le laisse entendre Marie-Monique Robin.

Pour avoir une idée exacte de la hausse du taux d’incidence des cancers – ce que l’on appelle un « taux standardisé » –, il faut tout d’abord déduire les facteurs démographiques (augmentation de la population et du vieillissement). Marie-Monique Robin en est consciente, puisqu’elle reconnaissait lors d’une récente interview qu’« en Europe, en vingt ans, les taux de cancer ont augmenté de 35% chez les hommes et de 43% chez les femmes – après déduction du facteur vieillissement de la population ». Le taux de progression passe ainsi de 100% à 35% pour les hommes et 43% pour les femmes. Ce qui fait déjà une différence considérable.

Mais ce n’est pas tout. L’essentiel de la progression des cancers chez l’homme entre 1980 et 2005 provient d’un seul cancer : celui de la prostate ! En effet, avec le taux d’incidence de 1980, et en prenant en compte l’accroissement de la population et son vieillissement, on aurait dû avoir 133.673 cas de cancers en 2005. Or il y a eu 49.812 cas de plus que prévu, d’où une augmentation de 37%. Quand on regarde plus attentivement, on constate que 92% de ces 49.812 cas concernent uniquement le cancer de la prostate. Autrement dit, sur ces 37% d’augmentation des cancers chez l’homme, le seul cancer de la prostate représente 34%, et l’ensemble de tous les autres cancers représente 3%.

Quid alors du cancer de la prostate ? Cette hausse très importante est facilement explicable. D’une part, elle est la conséquence d’un dépistage massif du cancer de la prostate, notamment par la technique du dosage du PSA. Ainsi, chaque année en France, on pratique plus de 2,7 millions de dosages du PSA, avec une conséquence problématique : des taux élevés de faux positifs du PSA, entraînant un risque important de surdiagnostic, dont les taux varient, selon la littérature scientifique, de 33 à 50%. Autrement dit, nous assistons à une véritable épidémie de faux cancers de la prostate, comme l’explique l’épidémiologiste Catherine Hill  : « L’inconvénient majeur du dépistage du cancer de la prostate est le surdiagnostic, c’est-à-dire le dépistage de cancers qui ne seraient jamais devenus symptomatiques et dont les traitements entraînent souvent impuissance ou incontinence urinaire. Il faut oser dire que la situation française actuelle est à l’origine d’une véritable épidémie de pseudo-cancers prostatiques aux conséquences désastreuses. » Ce problème est abordé de façon récurrente dans les médias, entre partisans et opposants du dépistage du cancer de la prostate. Pour l’heure, la Haute Autorité de Santé est opposée à toute politique de dépistage systématique.

Dommage que Marie-Monique se garde d’évoquer ces aspects plutôt rassurants, mais qui mettent à mal ses convictions. La journaliste aurait également pu mentionner tous les facteurs pouvant expliquer une progression des cancers autres que les facteurs de pollution chimique. Par exemple le fait que le nombre de femmes de sa génération qui fument pendant leur grossesse est en forte progression. Il était de 10% en 1972 contre 28% en 2000...

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Références

- http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/57616/date/2011-01-15/article/notre-poison-quotidien-il-y-a-un-lien-entre-viande-rouge-et-cancer/

- http://robin.blog.arte.tv/2010/08/04/a-propos-de-lesperance-de-vie/
Catherine Hill, « Analyse de l’augmentation de l’incidence des cancers en France », Médecine/Science, Mars 2009, Volume 25, n°3.

- http://www.edk.fr/reserve/recherche/e-docs/00/00/0D/A7/document_article.md
« Le dépistage du cancer de la prostate est-il nocif ? », Le Point, 9 septembre 2010,

- http://www.lepoint.fr/societe/la-polemique-de-la-prostate-09-09-2010-1237508_23.php

- Pierre Bienvault, « Faut-il dépister le cancer de la prostate ? », La Croix, 14 janvier 2008, http://www.la-croix.com/article/ind...

- http://www.slate.fr/story/faut-il-encore-d%C3%A9pister-le-cancer-de-la-prostate

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