actualités 22 | 12 | 2008

Nouveau camouflet pour NKM : le professeur Jean-Luc Darlix doublement recalé !

Décidément, lorsqu’il s’agit du dossier des OGM, Nathalie Kosciusko-Morizet n’a pas vraiment la main heureuse ! Dans un consensus quasi général, les sénateurs et les députés de la majorité et de l’opposition ont émis un avis très défavorable à la nomination du Pr Jean-Luc Darlix au poste de président du Haut conseil des biotechnologies. Selon des sources parlementaires, le candidat favori du ministère de l’Ecologie (Meeddat) aurait obtenu en tout en pour tout un seul vote positif sur plus de 40 exprimés !

Auditionné une première fois par le Sénat le mardi 16 décembre, le Pr Darlix n’a pas su convaincre les huit sénateurs de la Commission des affaires économiques, réunis sous la présidence du sénateur UMP Jean-Paul Emorine. Selon le compte rendu de séance, le Pr Darlix s’est surtout distingué en donnant une interprétation très personnelle du fonctionnement du Haut comité, confondant les rôles pourtant bien distincts du Comité scientifique et technique et du Comité économique, éthique et social, qui doivent composer le futur Haut conseil. Le président Jean-Paul Emorine a donc dû rappeler au candidat « l’importance de la différenciation des rôles des deux comités, un sujet qui avait fait l’objet de débats très nourris lors du vote de la loi. » Plus sévère, le sénateur UMP Jean Bizet a estimé que la façon dont le Pr Darlix perçoit le rôle des deux comités du futur Haut conseil relève de la « transgression de l’esprit de la loi ». Il s’est interrogé « sur le degré d’indépendance qui pourrait être celui de M. Jean-Luc Darlix par rapport au Meeddat ». Un point de vue partagé par le sénateur socialiste Daniel Raoul, qui a souligné que M. Jean-Luc Darlix était principalement compétent en matière de virologie, alors que les principaux enjeux liés aux OGM concernent la génomique végétale.

La séance de rattrapage du Pr Darlix devant les 37 députés membres de la Commission des affaires économiques, de l’environnement et du territoire de l’Assemblée nationale, ne lui a pas été plus favorable. Au contraire, Jean-Luc Darlix a soulevé d’emblée des interrogations parmi certains députés, qui n’ont pas apprécié de découvrir que le candidat avait été durant cinq ans conseiller scientifique de la société privée Transgène, une société engagée dans la bio-pharmaceutique ! Cette information – qui ne figurait pas dans le curriculum vitae du candidat – a été révélée lors de l’audition par le député socialiste Jean-Yves Le Déaut. En outre, la légèreté avec laquelle le Pr Darlix a répondu aux questions des députés André Chassaigne, Claude Gatignol, Antoine Herth et Christophe Jacob, n’a sûrement pas joué en sa faveur. Le candidat a déclaré que Jean-François Le Grand avait « exposé l’avis général du comité du préfiguration de la Haute autorité », alors que quatorze de ses membres avaient reconnu qu’aucun élément nouveau « n’était suffisant pour remettre en cause la culture de ce maïs OGM ». « En fait, le candidat n’a pas été capable d’expliquer quels étaient les « doutes sérieux » à l’origine de la clause de sauvegarde du maïs MON 810 », a expliqué à A&E un député présent lors de la séance.

Pire, Jean-Luc Darlix n’a pas hésité à donner exactement la même explication du rôle des deux comités du futur Haut conseil que celle qu’il avait fournie la veille aux huit sénateurs. Le président de séance Patrick Ollier a donc dû l’interrompre pour lui préciser la différence entre un « avis » et une « recommandation », et surtout pour lui expliquer que « le président du Haut conseil n’a pas à se substituer aux comités, dont le rôle est clairement établi par la loi ». Interrogé par A&E, un autre député a indiqué que « de manière générale, les réponses du Pr Darlix était trop floues pour convaincre. En voulant satisfaire les députés pro et les députés anti-OGM, le candidat a surtout réussi à mettre tout le monde contre lui ». Résultat, lors du vote à bulletin secret, un seul député parmi les 37 de la majorité comme de l’opposition a estimé que la candidature du virologue devait être retenue. Un résultat d’autant plus significatif que juste avant le vote, Patrick Ollier avait rappelé que « M. Darlix est le candidat du gouvernement ». Certes consultatif, cet avis place l’Elysée dans une situation délicate. En effet, le président Sarkozy pourra-t-il retenir une telle candidature alors qu’il proclame par ailleurs vouloir accorder plus de pouvoir au parlement ?

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