OGM : le HCB doit-il revoir le dossier du MON 810 à la lumière des « nouvelles connaissances » ?

actualités 06 | 05 | 2010

OGM : le HCB doit-il revoir le dossier du MON 810 à la lumière des « nouvelles connaissances » ?

Comparer les deux avis du Haut conseil des biotechnologies (HCB) sur le maïs transgénique MON 810 de Monsanto (rendu en décembre 2009) et sur le maïs Bt11 de Syngenta (du 16 avril 2010) représente un exercice particulièrement riche en enseignements. Il est d’autant plus pertinent qu’il s’agit de deux maïs transgéniques très semblables, puisque pour l’un comme pour l’autre, la modification génétique consiste à leur conférer une résistance à la pyrale et à la sésamie.

Dans les deux cas, ces maïs contiennent le gène Cry1ab, qui libère une toxine dont le spectre étroit est lié à la présence de récepteurs chez les insectes cibles. Le résultat de la construction génétique est assez semblable, à une différence près : dans le cas du Bt11, le gène « marqueur », inséré afin de procéder à la sélection des plantes, confère à la plante une résistance à un herbicide. D’un point de vue scientifique, dès lors qu’il est question de dissémination, de résistance parmi les insectes cibles, d’impact sur les invertébrés non cibles, de coexistence entre filières OGM et non OGM, ou de santé humaine, les mêmes interrogations se posent pour les deux maïs. C’est encore plus vrai en ce qui concerne l’analyse économique, sociale et éthique, qui est du ressort du Comité économique, éthique et social (CEES) du HCB. En effet, les deux maïs transgéniques ayant les mêmes propriétés, il n’y a aucune raison que l’analyse diffère.

Pourtant, la longue liste des « inconvénients potentiels » relevés par le CEES pour le MON 810 a considérablement été réduite pour le Bt11, tandis que celle des avantages a été augmentée. Alors que le CEES avait relevé six avantages pour le MON 810, elle en a trouvé deux de plus pour le Bt11 (gain financier au niveau de l’exploitation et amélioration de la sécurité quantitative des approvisionnements intérieurs). Les incertitudes autour des impacts sociaux et économiques, très présentes dans l’avis sur le MON 810, ont visiblement été levées, puisqu’elles ne figurent plus dans l’avis concernant le Bt11. Enfin, la question de savoir si les avantages d’une autorisation l’emportent sur les inconvénients ne fait plus l’objet d’un vote. Or, celui-ci avait été fatal au MON 810. Car c’est bien l’expression de ce vote, plutôt que l’avis favorable du Comité scientifique du HCB, qui avait retenu l’attention des médias. En revanche, pour le maïs Bt de Syngenta, c’est le terme « d’acceptable par le HCB » qui a été repris par la presse. « C’est normal, car s’il y avait eu un vote au sein du CEES, il aurait été clairement favorable au Bt11 », rétorque Daniel Segonds, représentant des semenciers au CEES, qui en veut pour preuve que seulement cinq membres du CEES ont souhaité faire part d’une position divergente à travers un texte qui figure en annexe de l’avis. « Depuis que nous nous réunissons autour de la table, les positions rigides et idéologiques tendent à disparaître, car il y a une réelle réflexion commune qui amène une évolution collective vers des positions plus constructives », constate d’ailleurs Daniel Segonds.

En toute logique, le CEES devrait alors revoir son avis sur le MON 810 à la lumière des nouvelles connaissances acquises par ses membres.

ogm biotechnologie

Articles analogues