actualités 10 | 03 | 2008

OGM : le secrétariat général du Conseil de l’UE relativise les propos de M. Borloo

Jean-Louis Borloo, notre ministre de l’Environnement, est un peu farceur. Selon une dépêche de l’AFP intitulée « La France propose une remise à plat des procédures d’homologation des OGM », il aurait « ouvert un sujet tabou » lors de la session du Conseil de l’Environnement européen, qui s’est tenue le 3 mars dernier à Bruxelles. « Tout est remis en cause. Le sujet est en train de muter », a-t-il joyeusement assuré à la presse. Grâce à lui, il y aurait donc eu un véritable tremblement de terre politique dans le monde européen des biotechnologies. Ce qui, quelques semaines après le dépôt de la clause de sauvegarde par la France du maïs génétiquement modifié MON 810 de Monsanto, tombe assez bien pour le ministre.

Immédiatement, l’association écologiste France Nature Environnement a « salué cette initiative, qui correspond à une demande formulée par elle depuis de nombreuses années ». Or, avant de trop se réjouir, il serait judicieux de bien lire le compte rendu provisoire de ladite session, dont le sujet du jour n’avait rien à voir avec les OGM, mais portait sur l’adoption des conclusions sur le « paquet Energie-Changement climatique » : surprise, l’intervention du ministre français n’y figure qu’en page 20, sur une seule ligne, noyée dans la rubrique « questions diverses ». De surcroît, elle y est évoquée dans les termes les plus quelconques : « La délégation française a apporté sa contribution au sujet des OGM ». Aucune phrase qui ne témoigne de la réaction des représentants hongrois, polonais, roumain, tchèque, italien et espagnol, qui selon le ministère de l’Environnement français auraient pourtant vivement « exprimé leur soutien à cette proposition au cours de la discussion ». Rien non plus sur le prétendu soutien de l’Allemagne, dont le ministre français se prévaut pourtant publiquement.

Interrogé par A&E, le secrétariat général du Conseil de l’Union européenne relativise les propos de M. Borloo. « La présidence n’a pas tiré de conclusions politiques de l’intervention française, qui n’était qu’un point divers de l’agenda », explique-t-il, assez désabusé. Et si « la Commission a bien noté la préoccupation de la délégation française, le Commissaire ne s’est pas pour autant engagé à faire de nouvelles propositions ». Curieux. C’est précisément le contraire qu’a affirmé Jean-Louis Borloo à la presse ! « La Commission a simplement rappelé qu’une étude sur les effets à long terme des OGM avait été lancée », poursuit-on au secrétariat. Une façon élégante de faire savoir que la Commission n’a pas l’intention de changer de cap aussi radicalement que ne le laisse entendre Paris.
Dans un élan d’enthousiasme, le ministre français aurait-il un peu exagéré la portée de ses propos ? C’est une hypothèse plausible. A moins que la véritable raison d’être de la proposition française soit à chercher ailleurs. Par exemple dans la préparation de la réaction du ministère de l’Environnement au rejet très probable de la clause de sauvegarde déposée par la France le 10 février dernier. Après avoir mis en cause l’évaluation française des biotechnologies réalisée jusqu’ici par la Commission du génie biomoléculaire (CGB) et par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), le gouvernement peut en effet difficilement se permettre de se voir infliger un tel camouflet par les experts de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Aesa). Ce qui expliquerait pourquoi, dans son texte, la délégation française indique vouloir « améliorer la procédure de décision d’autorisation des OGM » et « approfondir la méthodologie d’évaluation des OGM » de ladite agence. Ainsi, si celle-ci rejette effectivement la clause de sauvegarde – ce que pensent de nombreux experts –, la France pourra toujours expliquer avoir déjà émis « des doutes sérieux » quant à sa méthodologie...

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