OGM : Un jugement à effet boomerang

actualités 25 | 01 | 2011

OGM : Un jugement à effet boomerang

Avec la condamnation du Pr Marc Fellous, président de l’Association française des biotechnologies végétales, pour « diffamation envers un fonctionnaire public, en la personne de Gilles-Eric Séralini », le tribunal de grande instance de Paris a lancé un signal clair : laisser entendre que les résultats des travaux d’un chercheur sont conditionnés par ses sources de financement est passible du délit de diffamation. En effet, les magistrats ont estimé qu’un chercheur – en l’occurrence le Pr Séralini – pouvait parfaitement rester « indépendant », bien que certaines de ses études aient été intégralement financées par des organismes militants et de droit privé, notamment Carrefour, Greenpeace, la Fondation pour le progrès de l’homme et la Fondation pour une Terre humaine, qui tous affichent clairement leur opposition aux OGM. « L’ensemble des interviews et documents produits par Marc Fellous (…) ne permet nullement d’établir que les conclusions scientifiques et les convictions [du Pr Séralini] ne sont que la conséquence de sa prétendue dépendance financière », notent en effet les magistrats.

Ce jugement balaie donc d’un revers de main la thèse développée par Pierre Méneton, chargé de recherche à l’Inserm et sympathisant de la Fondation pour une science citoyenne, qui prétend avoir établi un lien entre source de financement et résultats des études. « Le plus souvent, la source de financement des études, publique ou privée, n’est pas prise en compte dans l’évaluation. Or, ce peut être un facteur confondant à la fois des résultats des études et des conclusions de l’expertise », note l’auteur du livre Sel, un tueur caché, qui ajoute : « Cela a bien été montré pour le bisphénol ou l’aspartame, par exemple, où pratiquement toutes les recherches financées par le public démontrent un effet nocif sur la santé alors que toutes les études financées par le privé démontrent l’absence d’un tel effet. (…) Entre une recherche sous financement public et une recherche sous financement privé, la différence des résultats va toujours dans le sens du secteur privé. C’est presque une tautologie. [1] ».

Ce raisonnement n’a pas été suivi par les magistrats du tribunal de Paris, qui ont estimé qu’il n’y avait pas d’automatisme entre dépendance financière et conclusions des travaux scientifiques. Un postulat pourtant régulièrement martelé par le CRII-GEN dès lors qu’il s’agit des travaux de chercheurs pro-OGM. Au final, si la réputation du Pr Séralini sort renforcée de ce bras de fer juridique – bien que le qualificatif de « chercheur militant » n’ait pas été considéré comme diffamatoire, pas plus que l’assimilation à un « marchand de peur » –, il sera dorénavant difficile à ses amis de contester la légitimité des travaux accomplis par les chercheurs des agences publiques au motif qu’ils auraient quelques liens financiers avec l’industrie.

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