Pesticides : l'avertissement de la Fédération nationale des producteurs de fruits

actualités 14 | 10 | 2008

Pesticides : l’avertissement de la Fédération nationale des producteurs de fruits

Quelles seront les conséquences des deux projets de révision de la Directive 91/414 sur la production fruitière française, proposés par le Parlement européen et la Commission européenne ? C’est à cette question que tente de répondre une note interne de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) en date du 10 septembre 2008, dont A&E s’est procuré une copie [1]. Depuis de nombreuses années, « la situation des fruits au regard des moyens disponibles pour la protection des cultures est critique », indique en préambule la FNPF. La fédération rappelle qu’hormis les cultures de pommiers, de poiriers et de pêchers, « la quasi-totalité des espèces fruitières cultivées sont des cultures dites mineures », c’est-à-dire d’un intérêt très relatif pour les firmes de l’agrochimie. Avec « 52% des usages vides ou précaires », elles sont déjà très démunies pour lutter contre les ravageurs et les maladies. Or, selon les auteurs de la note, l’adoption d’une des deux propositions en débat à Bruxelles aggravera encore la situation des producteurs, en créant davantage d’usages clés [2].
non pourvus, « ce qui conduirait inévitablement à des impasses techniques et à l’abandon de certaines productions ».

C’est le cas des noisetiers, qui ne disposeraient d’aucun moyen de lutte contre le balanin et les phytoptes, ou encore des abricotiers, très sensibles aux maladies de conservation et au Monilia sur fleur. « Les propositions de la Commission condamneraient la culture des abricotiers de la vallée du Rhône, soit 50% de la production française, représentant une valeur de 80 à 100 millions d’euros », indique la FNPF. Le risque d’abandon ne concerne pas uniquement les cultures « marginales ». Deux des principales cultures fruitières françaises sont également menacées, avertit la FNPF. Ainsi, toutes les variétés de saison et tardives de pêches exigent une protection contre la moniliose sur fruits. Cette protection est impossible à assurer sans la possibilité de jouer sur plusieurs familles de molécules afin éviter les résistances. Or la procymidone est interdite depuis mi-2008, alors que les Triazoles, l’iprodione et le Cyprodinyl + Ioxynil pourraient tomber selon les critères d’exclusion. Si les autorités ne prennent garde, elles mettront donc en péril « 60% de la production », pour une valeur de 212 millions d’euros, estime la FNPF.

En ce qui concerne les pommiers, c’est essentiellement l’éclaircissage qui est menacé. « L’éclaircissage permet de contrôler la charge des arbres fruitiers ; il est réalisé via des substances actives de synthèse et un éclaircissage manuel en complément. (…) L’éclaircissage manuel seul est incompatible avec la viabilité ou la durabilité économique du verger, puisqu’il correspond à une augmentation de charge de 12% (coût de main d’œuvre), soit environ 16.000 euros/ha. Sur le résultat moyen de 808 €/ha sur la période 2000/2006, le surcoût lié à la disparition de l’éclaircissage chimique induirait un résultat moyen négatif de – 1.008 €/ha, rendant l’exploitation de pommes non rentable » , note le syndicat des professionnels.

Un avertissement d’autant plus crédible que la législation actuelle est déjà une catastrophe pour la protection, comme le montre l’exemple du verger de Charles Benedetti (Lot-et-Garonne). Ce dernier s’est porté volontaire pour conduire une expérience sur 15 hectares de pommes en appliquant l’arrêté phytos de 2006. « L’interdiction d’entrer sur une parcelle après traitement pendant 48 h a rendu le travail impossible », a indiqué l’arboriculteur lors d’un point presse. Sa récolte a été entièrement perdue malgré trente-quatre traitements, alors que 15 autres hectares de verger, conduits en respectant la charte de la filière dans des conditions climatiques similaires, ont donné une récolte qui montre un état sanitaire parfait. Et avec moins de traitements !

[2Un usage clé est un usage qui protège une culture à un moment décisif de son évolution

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