actualités 22 | 01 | 2008

Petit cours élémentaire de biologie à l’attention de M. Sarkozy

Lors de son discours de clôture du Grenelle de l’environnement, le président Sarkozy avait utilisé le terme d’« OGM pesticide » pour qualifier le maïs transgénique MON 810. Or, il s’agit d’un abus de langage, comme l’a opportunément rappelé Jean-François Bouhours, directeur de recherches émérite à l’Inserm, dans une tribune publiée le 17 janvier 2008 dans Ouest France.

« Le maïs Monsanto 810 produit une petite protéine, appelée Cry, issue de Bacillus thuringiensis et utilisée depuis 60 ans en agriculture biologique. Cette protéine est, certes, insecticide, mais de façon ciblée. […] Elle est biodégradée par les protéases, ces enzymes omniprésents dans tous les organismes et les micro-organismes. La protéine Cry ne s’accumule donc ni dans les animaux, ni dans l’environnement. Dans le tube digestif des animaux, les protéines transgéniques, comme les autres protéines alimentaires, sont démontées par les protéases en briques élémentaires appelées acides aminés, qui sont absorbés pour refaire les protéines nécessaires à l’individu. […] Considérer les plantes OGM comme des plantes “pesticides” est donc un slogan facile à communiquer, mais c’est un abus de langage caractérisé », a expliqué Jean-François Bouhours.

Mais alors, d’où Nicolas Sarkozy a-t-il tiré ce « slogan facile à communiquer » ? Dans le livre d’Edgar Morin, Pour une politique de civilisation ? Pas du tout. Ces termes sont utilisés habituellement par deux militants anti-OGM notoires, Gilles-Eric Séralini et Jean-Pierre Berlan, qui ne cessent de répéter que « 99 % des OGM sont des plantes pesticides ». Or, ces OGM ne font au final que reproduire un phénomène des plus classiques dans le monde végétal. En effet, de nombreuses plantes répondent à une agression en sécrétant des pesticides « naturels », dont certains sont toxiques pour l’homme – contrairement à la protéine Cry du MON 810. « C’est le cas de la coumarine, qui nous a posé un problème au moment des fêtes de Noël », explique le toxicologue Gérard Pascal. « La coumarine est présente en petite quantité dans le thé vert et la cannelle. Or, des pâtisseries traditionnelles très riches en cannelle (ou le vin chaud) sont consommées en fin d’année en Allemagne, mais aussi dans l’est de la France, ce qui entraîne facilement un dépassement de la dose journalière admissible (DJA) de la coumarine, qui est responsable à forte dose de toxicité hépatique, pulmonaire et de cancers chez le rongeur de laboratoire ». En outre, en cas d’exposition aux UV, les coumarines du céleri peuvent provoquer de sérieuses lésions de la peau. « Je me souviens d’une femme qui avait consommé 450 grammes de céleri avant de se rendre dans un solarium. Elle s’est retrouvée à l’hôpital, avec des symptômes de brûlures », relate Otto Daniel, du service de toxicologie de l’Office fédéral de la santé publique de Zurich. On peut aussi citer les problèmes qu’entraînent la solanine ou la chaconine (glyco-alcaloïdes), présentes dans les pommes de terre. Celles-ci peuvent engendrer maux de tête, troubles digestifs ou troubles de l’activité nerveuse. En toute cohérence, M. Sarkozy devrait également parler de « cannelle pesticide », de « céleri pesticide » et de « pomme de terre pesticide » !

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