actualités 11 | 12 | 2006

Plutôt laisser mourir que changer d’opinion

« Nous décourageons l’utilisation du DDT dans le traitement contre le paludisme, d’autant que dans la conduite des opérations de pulvérisation intra-domiciliaires, il y a de fortes probabilités que le produit chimique se répande dans l’air et engendre d’autres problèmes sur la santé et l’environnement », a déclaré le Dr Abou Thiam, coordinateur de l’association écologiste PAN Africa, lors d’une conférence de presse qui s’est tenue en marge de la Journée internationale sans pesticides, le 4 décembre à Dakar (Sénégal).

Entonnant une vieille rengaine, PAN Africa affirme que « des études américaines ont révélé que le DDT est une substance potentiellement cancérigène pour l’homme », et qu’il « serait identifié comme un facteur de troubles neurologiques, de retard de la croissance chez les nouveau-nés et de la réduction de la production de lait maternel chez les nourrices ». Propos contestés par le Pr Ousmane Faye, responsable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a immédiatement réagi en rappelant que « l’aspersion intra-domiciliaire d’insecticides persistants, dont le DDT, aux doses indiquées, est sans danger sur la santé ». C’est également l’avis du Dr Arata Kochi, directeur du Programme mondial de lutte antipaludique à l’OMS, qui expliquait récemment que « sur la douzaine d’insecticides que l’OMS juge sans danger pour la lutte contre le paludisme, le plus efficace est le DDT ».

Pour le Pr Esidor Ntsoenzok, président de la Ligue contre le paludisme (LCP), les propos du PAN sont extrêmement graves car ils semblent ignorer les ravages créés par le paludisme dans les pays africains. « Quand une maladie tue jusqu’à 3 millions de morts tous les ans, dont 80 % de ces victimes sont des enfants de moins de 5 ans, il faut savoir faire preuve de réalisme. Il faut savoir sortir de l’idéalisme dogmatique ». « Est-ce que les dégâts induits par cette pulvérisation très limitée (et contrôlée) justifient qu’on continue à laisser un enfant de moins de 5 ans mourir toutes les 15 secondes ? », s’interroge le président de la ligue. Le Pr Ntsoenzok précise que l’Agence internationale pour la recherche sur le cancer (IARC) a classé le DDT dans la catégorie 2B, « peut-être cancérogène pour l’homme ». « C’est la catégorie la plus basse des substances qui peuvent présenter un risque. L’IARC a en effet jugé qu’il y avait des preuves de risque suffisantes chez l’animal, mais pas de preuve convaincante chez l’humain », poursuit-il.

Même au sein de plusieurs associations environnementalistes, l’interdiction du DDT n’est plus à l’ordre du jour. L’Environmental Defense Fund, qui avait lancé la campagne contre le DDT dans les années 60, approuve désormais son usage à l’intérieur des habitations. De même que le Sierra Club et l’Endangered Wildlife Trust. Visiblement, les autres sont plus préoccupées par le maintien d’un discours idéologique que par la vie des enfants africains...

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