actualités 04 | 12 | 2006

Quand les spéculateurs misent sur les militants anti-OGM

« La lutte anti-OGM incarnée en France par José Bové et ses fauchages illégaux vient de trouver un allié inattendu dans le monde de la finance », constate la journaliste de RFI, Dominique Baillard, dans son émission du 29 novembre 2006.

Diapason Commodities Management SA, un fonds d’investissement domicilié à Lausanne, a en effet lancé le 27 novembre dernier un indice regroupant exclusivement des produits agricoles non-OGM.

Créé en 2003, ce fonds d’investissement gère environ 5 milliards de dollars, et se vante d’être l’un des deux leaders mondiaux de la gestion spécialisée dans les matières premières. A l’origine de Diapason, on retrouve notamment un responsable de fonds hyperspéculatifs (hedge funds) très renommé : l’Américain Jim Rogers, cofondateur (avec le célèbre spéculateur George Soros) du Quantum Fund.

La stratégie du fonds suisse est simple. Elle part du constat que les cultures OGM vont devenir majoritaires. Dans ce contexte, si une réticence se développe à l’égard des produits OGM dans certains pays, une forte demande risque d’émerger pour les cultures minoritaires non OGM, faisant du coup grimper leurs prix. Comme l’explique Dominique Baillard, « ces gérants atypiques parient sur la prime à la rareté que les cultures conventionnelles pourraient dégager dans les années qui viennent ». Frédéric Hervouet, directeur des ventes de Diapason, a d’ailleurs confié au Financial Times que « cet index a été créé afin de prendre en considération les difficultés des consommateurs de l’Union européenne et du Japon à accepter les produits génétiquement modifiés ». Ainsi, selon un courtier cité par la journaliste, « sans le débouché espagnol, il n’y aurait guère d’offre pour les 50 000 tonnes de maïs OGM récoltés cette année en France, car la filière animale bardée de ses labels rejette les graines OGM qui effraient le consommateur ». Pour le fonds d’investissement suisse, la cible est donc clairement identifiée : « le Japon et l’Union européenne, les deux bastions anti-OGM du monde occidental ». D’où le choix de la composition de « l’indice non OGM » : 42 % de soja coté à la bourse des céréales de Tokyo ; puis du blé (28 %), du colza (21 %) et du maïs (9 %) cotés sur Euronext.

Pour rendre attractif cet indice, il faut absolument que l’hostilité contre les cultures OGM perdure. C’est pourquoi les meilleurs alliés de Diapason sont - comme le souligne à juste titre Dominique Baillard - les activistes anti-OGM. Un comble pour des militants dont la plupart sont de farouches opposants au capitalisme financier !

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