actualités 31 | 08 | 2006

Qui est responsable de la mort de Palouma ?

Palouma n’aura pas survécu plus de quatre mois aux montagnes des Pyrénées. Premier des cinq plantigrades slovènes réintroduits dans les Pyrénées françaises depuis ce printemps, elle a été retrouvée morte, victime d’une chute accidentelle, près de Loudenvielle (Hautes-Pyrénées), près du pic de Quartau, à 2.050 m d’altitude.

Son corps sans vie n’a pas été découvert par l’équipe de suivi des ours de l’Office national des forêts, mais par deux randonneurs, qui ont averti la gendarmerie. Le cadavre se trouvait « en contrebas d’une barre rocheuse dans un endroit très escarpé » et présentait des « fractures aux différents membres arrière et avant », souligne un communiqué du ministère de l’Ecologie daté du 26 août 2006, qui précise que « la mort semble remonter à quelques jours ». Cette affaire est prise très au sérieux par le ministère, qui a mis tous les moyens nécessaires - y compris un hélicoptère - pour récupérer la dépouille de Palouma. L’ourse a ensuite subi une autopsie à l’Ecole vétérinaire de Toulouse, qui a confirmé l’hypothèse de l’accident.

Cette macabre découverte interpelle à plusieurs égards. Tout d’abord, elle laisse planer de sérieux doutes sur l’efficacité de l’équipe de suivi de l’ours. En effet, comment expliquer qu’étant dotée d’un collier émetteur ultra-moderne, Palouma ait pu rester plusieurs jours inerte, c’est-à-dire morte, ou pire encore, agonisante, sans que cela ne déclenche aucune alerte ? Ce n’est que lors de l’autopsie qu’il a été établi que Palouma est morte sur le coup. Ensuite, comme le remarque l’un des porte-parole de l’Association pour la sauvegarde du patrimoine d’Ariège-Pyrénées, Stéphane Lessieux, dans Le Figaro du samedi 24 août, « si l’hypothèse de la mort accidentelle est la bonne, cela confirme que la présence de l’ours slovène, peu adapté à nos altitudes pyrénéennes, est une erreur ». Les pouvoirs publics auraient donc envoyé cet animal au casse-pipe. Des propos que rejette la ministre de l’Ecologie Nelly Olin. Dans La Nouvelle République des Pyrénées du 28 août, la ministre explique que « 10 % des ours bruns disparaissent chaque année et que les chutes représentent l’un des facteurs de mortalités naturelles les plus importantes avec la vieillesse chez cette espèce ». Or, comme l’affirme Didier Hervé, directeur de l’Institution Patrimoniale du Haut Béarn (IPHB), « depuis plus de trente ans que je m’occupe d’ours, je n’ai ni constaté, ni entendu, ni même lu dans la biographie scientifique, que de tels accidents avec des ours autochtones avaient eu lieu dans les Pyrénées ».

Au moment où un autre ours, Balou, avait « disparu » - se baladant aux portes de Toulouse -, Nelly Olin avait alors lancé en guise d’avertissement sur France Bleu que si elle « retrouve Balou assassiné, d’abord il y aura un dépôt de plainte et, si [elle] retrouve les coupables, ils seront sévèrement punis ». Faut-il s’attendre à ce que Madame Olin fasse de même avec les responsables de la mort de Palouma, c’est-à-dire ceux qui l’ont convaincue d’aller retirer le plantigrade de sa Slovénie natale, où il serait sûrement encore en vie aujourd’hui ? Car, comme le souligne Bernard Moules, responsable de la Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles de Midi-Pyrénées (FRSEA), « cette mort n’est à imputer qu’à la méconnaissance totale des équipes de suivi de l’inadaptation des ours slovènes dans les Pyrénées ».

De fait, en 1998, lorsque l’IPHB s’était rendu en voyage d’étude en Croatie, Slovénie et Autriche, pour choisir le pays d’origine des ours que l’on souhaitait introduire dans les Pyrénées, la délégation composée de treize personnes (dont Jean-Jacques Camarra, coordinateur du Réseau Ours Brun, et Michel Caperan, directeur au ministère de l’Environnement), s’était clairement prononcée en faveur de la Croatie, et non de la Slovénie. Intitulé « Voyage d’étude Croatie-Slovénie-Autriche », ce rapport est d’ailleurs disponible... au ministère de l’Environnement !

environnement décryptage

Articles analogues