actualités 08 | 02 | 2008

Réponse de la rédaction à la lettre du sénateur Jean-François Le Grand

Je vous remercie d’avoir réagi à mon éditorial de janvier 2008, intitulé La communauté scientifique mise hors jeu. Je ne doute pas que dans le dossier des OGM, votre volonté a été de servir l’intérêt général. C’est donc sûrement dans cet esprit que vous m’avez communiqué ce que vous estimiez être « un élément de réflexion » au sujet du débat sur les OGM.

Dans votre courrier, vous faites référence à un article publié le 28 janvier 2008 dans le Journal du développement durable, selon lequel un rapport rédigé par « 4000 scientifiques et experts internationaux souligne [qu’au sujet des OGM], il existe un large éventail de perspectives sur l’environnement, la santé humaine et les risques économiques, que nous ignorons encore. » Vous notez : « 4000 scientifiques et pas 14 !!! » , laissant entendre qu’il y aurait une opposition de points de vue entre ces quatre mille scientifiques et les quatorze membres de la Haute autorité provisoire, qui ont fait connaître leur désaccord quant aux conclusions politiques que vous avez tirées de leur rapport.

Or, je ne vois aucune opposition entre l’avis des 14 experts français et celui de ces 4000 scientifiques ! En effet, dans la phrase à laquelle vous faites référence, il est clairement indiqué que les 4000 scientifiques affirment justement que les OGM apportent « un large éventail de perspectives sur l’environnement et la santé humaine », tout en s’interrogeant également sur les éventuels risques économiques qu’implique l’utilisation, en général, des biotechnologies. C’est plutôt une déclaration optimiste sur les OGM !

En revanche, il est tout naturel qu’un rapport émis par l’International Agriculture Assessment of Science and Technologies for Developpment (IAASTD) – une initiative de la Banque mondiale et des Nations-Unies – se pose également la question de l’utilité économique des OGM. Ce qui n’était bien entendu pas l’objet de la mission de la Haute autorité provisoire, que vous avez présidée.

Mais là n’est pas le plus important.

Que vous ayez des doutes sur l’utilité des OGM peut se comprendre. Il y a de nombreuses interrogations, légitimes, sur un sujet aussi complexe que celui des biotechnologies. En revanche, il me semble bien dangereux de revêtir des atours de « l’expertise scientifique » un avis qui, comme tout le monde l’a bien compris, relève du politique.

En effet, le fait d’affirmer qu’une nouvelle instance, sortie du néant, aurait mis en évidence de « nouveaux éléments » qui auraient été négligés par les experts qui ont participé depuis plus de 10 ans à l’évaluation des OGM ne fait qu’entretenir le doute et la méfiance des citoyens envers la communauté scientifique française ! Que le président de la République désire, pour des raisons qui lui sont propres, imposer une pause dans les cultures OGM en France, est un choix qui lui appartient. N’aurait-il donc pas été plus raisonnable de l’assumer tout simplement comme un choix politique ?

Car que fera le gouvernement si les experts européens estiment que les conclusions de votre rapport n’apportent pas d’éléments nouveaux susceptibles de mettre en cause la culture du maïs MON 810 ? Or, cette hypothèse est aujourd’hui plus que probable. Que retiendront alors les citoyens du travail de votre Comité ? Le gouvernement tentera-t-il de se justifier en mettant en cause l’expertise européenne ? Pensez-vous que cela améliorera la confiance envers le président Sarkozy, au moment même où il prendra la présidence du Conseil européen ?

Toutes ces interrogations me laissent à penser que le dossier des OGM a été traité avec beaucoup trop de légèreté. Ce n’est pas ce que les citoyens attendent de la majorité.

Télécharger la lettre que Jean-François Le grand a adressée à Gil Rivière-Wekstein rédacteur d’Agriculture et Environnement

écologie politique

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