Riz doré : la conversion d'un ancien de Greenpeace

actualités 23 | 10 | 2014

Riz doré : la conversion d’un ancien de Greenpeace

La scène est plutôt insolite. Le 17 juin dernier, Patrick Moore, l’un des 13 cofondateurs de Greenpeace, aujourd’hui âgé de 67 ans, a manifesté à Paris devant le bureau de l’association écologiste. En cause : les campagnes de Greenpeace contre le riz doré, un riz transgénique enrichi en bétacarotène, qui pourrait prochainement être disponible aux agriculteurs de plusieurs pays asiatiques.

Conçu par une équipe de scientifiques dirigés par le Pr Ingo Potrykus, le riz doré est destiné aux populations qui présentent un déficit en vitamine A. « La carence en vitamine A est responsable chaque année de 2 millions de morts et de 500000 cas de cécité irréversible », explique Patrick Moore. Depuis environ un an, le Canadien, qui s’était fait connaître dans les années 1970-80 par son investissement dans la lutte contre les chasseurs de baleines et de bébés phoques, s’est lancé dans une nouvelle campagne intitulée « Allow Golden Rice Now – Autorisons le riz doré maintenant ». « Des gars bien nourris de Greenpeace, à Hambourg ou au Canada, empêchent des enfants des pays pauvres à accéder à un riz alors qu’une ration quotidienne de 40 grammes par jour suffit pour protéger ces enfants contre la cécité », s’indigne Patrick Moore, qui a lâché Greenpeace après quinze années de loyaux services. Les raisons de cette rupture sont relatées dans son livre Confessions d’un ancien de Greenpeace – la naissance d’un environnementaliste raisonnable, paru en 2013.

La mutation de Greenpeace

« J’ai quitté Greenpeace en raison d’un changement radical de la philosophie de l’association », a expliqué Patrick Moore à A&E. « À l’origine, notre combat s’articulait autour de deux concepts humanistes : préserver l’environnement et la paix dans le monde. C’est ce qui a donné le nom de Greenpeace. Or, quand je l’ai quitté, en 1986, Greenpeace s’était transformée en une organisation radicale qui considère les hommes comme les ennemis de la Terre » , analyse-t-il.
 
Et la charge de Patrick Moore contre Greenpeace ne s’arrête pas là : le Canadien reproche également à l’association de sélectionner ses campagnes en fonction des gains qu’elles peuvent lui rapporter. « Greenpeace récolte des subventions, principalement en Allemagne, sur la base de combats qu’elle ne gagnera jamais : la lutte contre les OGM ou contre l’énergie nucléaire. Par la nature même de ces campagnes, celles-ci représentent une manne financière intarissable, dont l’objectif est de faire vivre l’organisation écologiste », explique-t-il.

Certes, Patrick Moore sait que sa campagne en faveur du riz doré ne changera certainement pas les pratiques de la multinationale aux 26 bureaux internationaux et aux plus de 2000 employés. Mais il espère au minimum obtenir de Greenpeace une exception en ce qui concerne le riz doré. « Je ne demande pas à Greenpeace d’accepter les OGM en général, mais de laisser tomber sa tolérance zéro et de faire pour le riz doré une exception humanitaire », a-t- il précisé lors d’un colloque organisé par la Société des Agriculteurs de France, le 18 juin dernier.

Contrairement à Greenpeace, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a, lui, déjà franchi le pas. Au détour d’une interview sur RTL en février 2014, il a clairement apporté son soutien au riz doré. « Le riz doré, dans lequel on augmente la teneur en vitamine A, est absolument nécessaire pour lutter contre la cécité », a-t-il affirmé. Un avis que conteste le militant anti-OGM Marc Dufumier. « Mieux vaut ajouter des tomates ou des carottes dans son assiette pour avoir de la vitamine », a-t-il déclaré au Nouvel Observateur. Des propos qui évoquent ceux de l’empereur chinois Jin Huidi (3ème siècle E.C.), à qui on rapportait que son peuple n’avait plus de riz à manger, et qui aurait répondu : « Pourquoi ne mangent-ils donc pas de viande ? »...

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