actualités 29 | 01 | 2008

Selon les syndicats apicoles français, le protozoaire Nosema ceranae n’est pas dangereux !

Au cours d’un colloque organisé par l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf) à Castres, durant l’automne 2007, le vétérinaire Marc-Edouard Colin a développé une thèse plutôt suprenante : il a affirmé que la présence de Nosema ceranae était généralisée en France (89 % des colonies suivies) – et ce depuis très longtemps –, et que les ruches atteintes par ce protozoaire étaient cependant parfaitement saines !

Nosema ceranae n’est donc pas dangereux pour les abeilles, et les apiculteurs ne devraient « surtout pas paniquer », a conclu le vétérinaire, conseiller de l’association militante Terre d’Abeilles. Ces propos ont été repris par un autre vétérinaire, Jean-Marie Barbançon, co-président de la Fédération nationale des organisations sanitaires apicoles départementales (Fnosad). Ce dernier a fait le point sur l’état de ses connaissances dans un article intitulé « Nosemas, Nosémoses ? Quelques informations glanées pour vous », qui a été publié dans la revue La Santé de l’Abeille.

Voilà donc qu’après avoir nié l’existence de Nosema ceranae, ces deux syndicats apicoles français admettent enfin que ce protozoaire est présent dans une très grande partie des ruchers français. Bravo ! Félicitations ! Malheureusement, l’honnêteté de M. Barbançon ne va pas jusqu’à citer les excellents travaux réalisés par Higes et al. en 2006, par Robert J. Paxton et Ingemar Fries en 2007, et par Marie-Pierre Chauzat et Jean-Paul Faucon, également en 2007. Tous ces travaux, qui mettent en évidence la présence de Nosema ceranae sur le territoire national, sont bien antérieurs à ceux réalisés par M. Colin.

En revanche, prétendre, comme le font MM. Colin et Barbançon, qu’«  à ce jour aucun symptôme n’a été décrit suite à l’infection par Nosema ceranae, que ce soit chez Apis cerana ou chez Apis mellifera », ne peut que tromper les quelques apiculteurs qui ne sont pas encore familiers du dossier. Contrairement à cette affirmation, le principal symptôme est précisément la dépopulation des ruches ! Un examen clinique des intestins (blancs et laiteux) des abeilles restantes permet alors d’établir que la ruche est bien atteinte de Nosema ceranae. M. Barbançon, qui cite M. Colin, poursuit : « Le nombre de spores nécessaires pour infecter expérimentalement des abeilles Apis mellifera est de 10.000 spores de N. apis, contre 125.000 pour N. ceranae ». Encore une fois, c’est faux ! Il suffit de lire attentivement l’étude de Higes et al., Detection of infective Nosema ceranae (Microsporidia) spores in corbicular pollen of forager honeybees, publiée le 20 juin 2007 dans le Journal of Invertebrate Pathology. Ses auteurs y indiquent avoir provoqué la maladie avec seulement 5.000 spores par abeille, et non 125.000 ! Ce chiffre de 125.000 spores provient en fait d’une autre étude de Mariano Higes, qui a effectivement utilisé une telle concentration pour un essai très particulier, effectué en laboratoire. Il est d’ailleurs assez significatif que le nom de Mariano Higes ne soit jamais mentionné dans l’article de M. Barbançon… Serait-ce pour mieux dissimuler aux lecteurs de La Santé de l’Abeille l’ensemble des travaux du chercheur espagnol, qui invalident les conclusions de M. Colin ?

Le vétérinaire de Montpellier affirme en effet que « toutes ces colonies infectées [par Nosema ceranae] sont saines et ne présentent aucun symptôme. Comme dans le cas espagnol, il ressort que l’infection par Nosema ceranae est beaucoup plus répandue que celle occasionnée par N. apis. Et cela sans que des catastrophes soient signalées dans les ruchers. Au point qu’il est loisible de se demander si N. ceranae est réellement pathogène dans les conditions de terrain. » Selon le vétérinaire, Nosema ceranae serait donc inoffensif pour les abeilles ! Pourtant, ce n’est pas ce qu’affirment les plus grands spécialistes de la nosémose, qu’ils soient d’outre-Pyrénées ou non. Si M. Barbançon avait pris le temps de « glaner » un peu plus, il aurait aisément trouvé l’étude du Pr Robert J. Paxton et du Pr Ingemar Fries, intitulée Nosema ceranae has infected Apis mellifera in Europe since at least 1998 and may be more virulent than Nosema apis, (Apidology). Elle conclut : « Nos résultats suggèrent que N. ceranae induit un taux de mortalité significativement plus élevé que celui relatif à N. apis ». M. Barbançon aurait également pu consulter les actes du Congrès de l’International Bee Research Association (IBRA), qui a eu lieu à Helsinski en mai 2007. Ceux-ci traitent largement de ce sujet.

Enfin, des résultats complémentaires concernant les effets de Nosema ceranae en conditions de terrain vont bientôt être publiés.

apiculture

Articles analogues