Séralini et les miracles d'Invitation à la Vie

actualités 10 | 11 | 2014

Séralini et les miracles d’Invitation à la Vie

Sacré Séralini ! Après les révélations d’A&E en décembre 2012 sur les curieuses relations entre Sevene Pharma, la petite société pharmaceutique cévenole pour laquelle il a réalisé plusieurs études et dont il a promu les produits, et Invitation à la Vie (IVI), l’étrange mouvement fondé en 1983 par Yvonne Trubert, et qui a été classé en 1995 et 1999 dans la catégorie « secte guérisseuse pseudo-catholique » par la Commission d‘enquête parlementaire sur les sectes en raison des multiples témoignages concernant ses visées thérapeutiques basées sur deux « outils spirituels » (l’harmonisation et les vibrations), le professeur de Caen avait soutenu mordicus ignorer tout de l’existence et des activités d’IVI. Il avait même parlé de « ragot, qui rappelle l’histoire de “l’homme qui a vu la femme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours” ». De son côté, Daniel Chauvin, respectivement président d’IVI et du directoire de Sevene Pharma, avait nié « formellement toute influence de l’association IVI [...] sur [Sevene Pharma] et ses activités ». « Nous n’avons aucun lien avec le Professeur Séralini, qui n’est ni adhérent, ni sympathisant, ni donateur de notre association », avait-il ajouté.

Ces quelques déclarations ont suffi à dissuader les journalistes – et en particulier Stéphane Foucart, du Monde – de poursuivre l’enquête inachevée d’A&E. En effet, de très nombreux points obscurs restaient à élucider. Notamment le rôle exact de la mystérieuse société d’investissement luxembourgeoise Wagram Investment SA, qui détient un tiers du capital de Sevene Pharma, et celui de l’homme d’affaires britannique Christopher Wise, président du conseil de surveillance de Sevene Pharma et dont le fils est administrateur d’IVI.

Le manque de sincérité du Pr Séralini n’est pas établi. Pourtant, il a invité une militante d’IVI à prendre la parole lors d’un séminaire organisé par le CRIIGEN en octobre 2014.

Certes, le manque de sincérité de Gilles-Éric Séralini n’est pas établi. Pourtant, deux ans plus tard, le professeur anti-OGM a invité une militante d’IVI, Béatrice Milbert, à prendre la parole lors du séminaire organisé du 9 au 12 octobre 2014 par le CRIIGEN (dont il préside le comité scientifique), sur le thème Pollutions et détoxications. Médecin généraliste, homéopathe et spécialiste en médecine chinoise, Béatrice Milbert reçoit ses patients dans le centre médical de Boulogne-Billancourt où officient plusieurs autres médecins fidèles d’Yvonne Trubert. Rien d’étonnant, quand on sait que Béatrice Milbert a notamment préfacé le livre de la fondatrice d’IVI, Au service de la multitude.
« [Yvonne Trubert] a su me faire prendre le chemin qui mène à mon âme, à la joie de pouvoir vivre chaque instant de ma vie. Le corps humain est son, lumière, énergie ; il est vibratoire. Ce sont là les découvertes de la médecine quantique, qui découlent de l’application de la physique de l’atome à la biologie et à la médecine depuis 1993. [...] Depuis les années 1998, Yvonne nous l’enseignait déjà, avec l’harmonisation et la compréhension vibratoire de l’homme qu’elle nous a transmises », écrit-elle avec enthousiasme.

Communication avec les cellules cancéreuses

En mars 2013, Béatrice Milbert a donné une conférence en Italie sur cette fameuse « médecine quantique », seule capable de prendre en compte le fait que « le corps humain est énergie, lumière, sons et vibrations ». S’appuyant sur les propos de Mae Wan Ho, qui « parle également des vibrations moléculaires qui créent des sons, ce qu’elle appelle le “quantum jazz” de la vie » – et se trouve par ailleurs présider l’association anti-OGM britannique ISIS –, Béatrice Milbert a noté l’importance de « communiquer avec nos cellules, y compris avec les cellules cancéreuses ou infectées et aussi avec les virus et les bactéries ». La conférencière a ensuite insisté pour donner la parole à une amie, Galina. De retour de Russie, cette dernière « a vécu des choses extraordinaires ». Présentée comme membre d’IVI, Galina a donc pu expliquer en quoi consistent ces fameuses pratiques d’harmonisation. « L’harmonisation, c’est une prière. L’harmonisation, dans la Bible, tout au long, dans les Évangiles [...], le Christ a été le premier juge et le premier médecin. Certaines personnes dans l’univers connaissent le secret de cette harmonisation qui a été perdu. Et les Russes sont très sensibles à cela. Il y a eu beaucoup de guérisons. [...] Ils ont des miracles ». Galina pratique l’harmonisation avec un franc succès : « J’ai harmonisé un jeune homme de 20-25 ans. Je lui ai appris à prier, comme Béatrice me disait que comme nous sommes énergie, donc la prière agit. Et donc, je lui ai dit que s’il a envie vraiment de guérir, il faut que lui aussi prie, participe à sa guérison. La prière Notre Père, Je Vous salue Marie. Je l’ai harmonisé quatre fois et lui m’a dit après : “ Vous savez, madame, vous m’avez guéri alors que j’ai dépensé une fortune à voir des médecins qui ne comprenaient rien à ma maladie. Et vous, après quatre harmonisations, vous m’avez guéri et j’ai retrouvé la joie de vivre” ».

Bref, qui pourrait encore en douter ? L’harmonisation, ça marche ! En tout cas certainement aussi bien que les remèdes « détoxifiants » de Sevene Pharma, dont Gilles-Éric Séralini assure encore aujourd’hui la promotion...

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