actualités 22 | 01 | 2008

Sueurs froides sur le marché du maïs et du soja

« Le comportement des agriculteurs américains donne des sueurs froides au marché du maïs et du soja », peut-on lire dans La Tribune du 15 janvier 2008. Le quotidien économique réagit sur la forte hausse du prix de ces deux céréales : le soja vient en effet de marquer un nouveau record historique, avec 13,13 dollars le boisseau, et le maïs revient à 5,12 dollars le boisseau !

Selon les chiffres de la prospective américaine publiés le 11 janvier 2008, la récolte mondiale de maïs devrait cette année encore accuser un nouveau déficit de production de 6 millions de tonnes (772,7 Mt de consommation pour 766,7 Mt de production). Or, les 37,9 millions d’hectares consacrés à la culture de maïs aux Etats-Unis en 2007 – soit le plus haut niveau depuis 1944, où les surfaces de maïs couvraient 38,6 millions d’hectares – ont permis une récolte américaine record : 332 millions de tonnes, en hausse de 24 % par rapport à 2006. Il est vrai que grâce à un climat exceptionnellement favorable, mais aussi grâce au progrès technologique – les Américains utilisent des semences traitées Gaucho ou Cruiser, et ils disposent de plusieurs types de maïs OGM, qui représentent aujourd’hui 73 % de leur production –, les rendements sont également au rendez-vous : en maïs grain, le rendement moyen pour la récolte 2007 a encore progressé de 4 %, pour atteindre 9,6 tonnes à l’hectare en moyenne, alors que les surfaces cultivées ont progressé de 20 % vers des zones traditionnellement non maïsicoles. « Non seulement les Américains ont rattrapé les 10 quintaux à l’hectare de retard qu’ils avaient sur l’Europe, et cela pour plus de 37 millions d’hectares, mais ils ont même pris 5 à 7 q/h d’avance sur nous », explique Jean-Paul Renoux, ingénieur agronome à l’institut du végétal Arvalis. Ce dernier se félicite néanmoins de l’excellente récolte française : « Nous avons bénéficié d’un climat particulièrement favorable, sans contrainte d’eau. C’est ce qui a garanti une excellente production ».

Ces bons résultats n’ont pas empêché les stocks mondiaux de poursuivre leur chute, pour atteindre un niveau d’alerte. Ce qui devrait garantir la bonne tenue des cours du maïs encore cette année. Déjà en 2007, les surfaces de soja, en baisse de 16 %, avaient été délaissées au profit du maïs, considéré comme plus rentable. Mais comme le souligne La Tribune, la concurrence avec le blé, dont « les performances sont encore plus séduisantes », est forte. Dans ces conditions, il est difficile de savoir comment les agriculteurs américains arbitreront leurs semis.

Comme le résume un analyste économique cité dans La Tribune, « l’évolution des prix se fait dans le vide : non en fonction des fondamentaux, mais de perspectives, et aussi de la météo. Or, les premières estimations fiables des surfaces plantées aux Etats-Unis ne devraient pas intervenir avant la fin du printemps ». Bref, que des incertitudes, qui ne pourront qu’alimenter diverses formes de spéculation qui, dans le long terme, ne profiteront ni aux agriculteurs, ni aux consommateurs.

« Plutôt que d’abandonner aux marchés spéculatifs la mission première de l’agriculture qui consiste à garantir la sécurité alimentaire, le préalable à toute révision des aides doit être une gestion des productions et du marché en Europe, assortie de prix minima garantis », rappelle ainsi la Coordination rurale dans un communiqué de presse daté du 16 janvier 2008.

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