Un agent de lutte biologique devenu tueur en série

actualités 08 | 07 | 2009

Un agent de lutte biologique devenu tueur en série

Réunis le 30 juin 2009 au Salon d’Eté de la Science de la prestigieuse Royal Society, des spécialistes du Centre pour l’écologie et l’hydrologie de Grande-Bretagne ont lancé un appel solennel indiquant qu’aujourd’hui, une coccinelle asiatique du nom de Harmonia axyridis « menace les 46 espèces de coccinelles insulaires, mais aussi près de 1.000 espèces locales d’insectes ». Introduite en Europe dans le cadre de la lutte biologique contre les pucerons et chenilles, cette coccinelle a franchi la Manche en 2004. A l’époque, le professeur Michael Majerus, généticien à l’université de Cambridge, avait déclenché l’alerte peu de temps après avoir observé sa présence dans le sud et à l’est de l’Angleterre. « Harmonia axyridis est une menace mortelle pour nos coccinelles britanniques. Nous devons la surveiller de très près pour évaluer l’ampleur de sa diffusion et son impact », avait-il averti. A la différence des espèces européennes, Harmonia axyridis se nourrit d’un grand nombre de variétés d’insectes, y compris les larves d’autres coccinelles.

L’histoire d’Harmonia axyridis remonte aux années soixante, lorsqu’elle a été introduite aux Etats-Unis. Toutefois, c’est seulement dans les années quatre-vingts qu’elle a été plus massivement importée, à cause de sa voracité pour les nuisibles et les ravageurs de cultures. Suivant l’exemple américain, d’autres pays comme le Canada, l’Argentine et le Brésil, mais aussi la France, la Belgique l’Allemagne et la Suisse, se sont également laissés séduire et lui ont ouvert leurs territoires. En France, l’Inra s’y est intéressé dès 1982, important Harmonia axyridis de Chine afin d’étudier ses performances comme agent de lutte biologique et les possibilités de conduire des élevages à l’échelle industrielle. Commercialisée par différentes sociétés spécialisées dans le biocontrôle à partir de 1995, la coccinelle s’est rapidement acclimatée. Dans un premier temps la méthode s’est avérée efficace, mais très rapidement, on a rencontré des pullulations capables de causer des dommages dans les vergers ou dont la prolifération gêne le bon déroulement des vinifications. Plus grave, il est apparu que l’auxiliaire s’attaquait aussi avec voracité aux larves des coccinelles indigènes, dont la célèbre Coccinella septempunctata, notre traditionnelle Bête à Bon Dieu. Ainsi, lors d’un symposium organisé en octobre 1999 par le complexe International de lutte biologique Agropolis, des spécialistes américains ont présenté des observations alarmantes sur le devenir des coccinelles nord-américaines et mis en garde contre l’emploi débridé d’Harmonia axyridis. Ce qui n’a pas empêché la poursuite de sa promotion en France. Depuis l’an 2000, seule une variété dont les ailes sont atrophiées est encore mise sur le marché par la société Biotop.

Pour le Dr Helen Roy, du Centre pour l’écologie et l’hydrologie, « son taux de prolifération est dramatique et sans précédent ». En quatre ans, elle s’est répandue dans la plupart des régions du Royaume-Uni et s’attaque aux nombreux autres insectes indigènes, au point où un service de surveillance a dû être mis en place. « Ce que nous avons vu, c’est que leur présence est massive dans le sud-est, mais elles ont également atteint les zones d’Orkney, de l’Irlande du nord, des extrêmes-ouest de Galles et de Cornwall », précise le Dr Helen Roy. Depuis 2005, ses itinéraires de développement et de déplacement sont suivis par un groupe d’inspecteurs, qui constatent que rien n’arrête son expansion vers les pays du Sud et du Nord. Quelques cas ont en effet été découverts au Danemark, a révélé le quotidien Politiken le 2 juillet dernier.

Lors du colloque de la Royal Society, le Dr Remy Ware, de l’Université de Cambridge, a indiqué que des mouches et guêpes ennemies naturelles des coccinelles britanniques sont en train de s’adapter pour s’attaquer aussi à l’espèce asiatique. Ils espèrent que cela pourra limiter son expansion. Toutefois, le Dr Remy Ware envisage d’introduire un autre prédateur sexuellement transmissible, qui rend infertiles ces coccinelles indésirables. « Nous ne suggérons pas que nous devrions introduire en Grande-Bretagne une nouvelle espèce ennemie. En réalité, elle y est déjà et nous espérons qu’elle se chargera à temps de ces Harmonia axyridis », souligne le Dr Ware, qui envisage d’inoculer cette mite en laboratoire chez Harmonia axyridis, puis de relâcher la coccinelle dans la nature...

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