Un marché à terme pour stabiliser les prix du lait ?

actualités 12 | 10 | 2009

Un marché à terme pour stabiliser les prix du lait ?

Pour stabiliser le cours du lait, le ministre français de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche, Bruno Le Maire, veut « inventer une régulation européenne ». Il propose ainsi plusieurs mesures-phares, dont la plus détonante est incontestablement l’instauration d’un marché à terme de la poudre de lait et du beurre. Cela devrait, selon lui, rendre la fixation des prix plus transparente. On ne peut que l’espérer. Cependant, utiliser les marchés à terme « afin de combattre la spéculation » relève d’une idée bien pittoresque, comme le confirme l’exemple du dysfonctionnement des marchés à terme du blé outre-Atlantique. En effet, l’écart entre le prix du blé tendre roux d’hiver (soft red winter, SRW) sur le marché à terme de Chicago et le prix au comptant de cette culture est « anormalement élevé » (de 7,61 à 5,92 dollars le quintal pour un prix au comptant de 9,19 à 10,88 dollars), note Jean-Christophe Debar dans le numéro de septembre d’Agri US Analyse. Des faiblesses identiques ont été signalées sur le marché de blé de force roux (hard red winter), coté sur le marché à terme de Kansas City. Conclusion de Jean-Christophe Debar : « Les problèmes observés depuis trois ans sur les marchés à terme du blé aux Etats-Unis ne sont toujours pas résolus ».

Pour Darrel Good, agro-économiste de l’université de l’Illinois, ces dysfonctionnements sont le signe d’« une déconnection fondamentale entre la valeur du SRW pour les utilisateurs et la valeur établie sur le marché à terme ». Le spécialiste note surtout que « l’incapacité du prix au comptant et du prix à terme à converger, aux points de livraison prévus, lorsque les contrats à terme expirent », pose un sérieux problème. « Ce défaut de convergence fausse la gestion du risque de prix par les producteurs et les utilisateurs de blé. A l’évidence, les modifications apportées au contrat à terme du blé, il y a quelques mois, n’ont pas suffi », indique pour sa part Jean-Christophe Debar, qui rappelle que selon le rapport récent d’une commission sénatoriale américaine, le dysfonctionnement du marché à terme du blé à Chicago résulterait de la « spéculation excessive » pratiquée par les fonds indiciels. Ces fonds auraient artificiellement gonflé les prix à terme, entraînant deux effets majeurs : d’une part, l’écart signalé de convergence entre les prix des contrats à terme et ceux du marché physique, et d’autre part, un surcoût pour les négociants en blé au titre des appels de marge, et ceci au détriment, in fine, des agriculteurs. Certes, cette analyse a été contestée par le Commodity Futures Trading Commission (CFTC), l’organisme responsable de la régulation des marchés à terme, qui estime que des facteurs autres que les fonds indiciels seraient responsables de la volatilité des prix.

En réalité, le marché à terme est un instrument utile, qui permet de lisser les faibles variations dans un marché déjà organisé. Mais dès la moindre secousse, il a un effet contraire, amplifiant les mouvements et devenant ainsi un instrument de spéculation. C’est pourquoi on peut se poser la question de sa pertinence dans le dispositif de régulation que veut instaurer Bruno Le Maire. A moins que le ministre n’ait dans sa poche d’autres cartes pour garantir une véritable régulation...

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