Une association de producteurs bio encourage ses adhérents à utiliser un insecticide interdit

actualités 15 | 04 | 2010

Une association de producteurs bio encourage ses adhérents à utiliser un insecticide interdit

La semaine « sans pesticides » du MDRGF à peine terminée, voilà qu’un groupe de producteurs bio, soutenus par la Confédération paysanne, Nature & Progrès et les Amis de la Terre, manifeste pour exiger des pouvoir publics l’autorisation immédiate d’un... insecticide ! Comme quoi il est difficile de cultiver bio sans pesticides. Interdites en France, les formulations à base d’Azadirachta indiça (communément appelé Neem) seraient en effet indispensables à la protection sanitaire des cultures, souligne l’appel à manifestation, qui distingue arbitrairement les insecticides « naturels » des pesticides. C’est d’ailleurs ce que les arboriculteurs de l’Association Rhône-Loire de développement de l’agriculture biologique (Arbab) – également organisateurs de la manifestation – ont déclaré le 22 mars 2010, lors d’une rencontre avec des représentants du Service régional de l’alimentation de Rhône-Alpes (SRP). « Nous avons exprimé avec beaucoup de détermination que nous voulions vivre de notre activité, et que cela passait pour l’instant par l’utilisation de ces produits, particulièrement la Bouillie sulfo-calcique (BSC) et les produits à base de neem », indique un courrier relatant la rencontre, qu’A&E a pu se procurer. Daté du 23 mars 2010, ce courrier se félicite que les interlocuteurs du SRP, « MM. Marie et Courderc », aient, « semble-t-il, entendu [leur] message ». Le message n’exprimant pas uniquement le désir de pouvoir utiliser un insecticide, mais d’informer le SRP que, bien qu’interdit d’usage en France, ce produit est déjà largement utilisé par les arboriculteurs bio, qui sont bien déterminés à continuer à enfreindre la loi !

La réponse des représentants du SRP est stupéfiante. En tout cas à en croire le courrier de l’association bio. En effet, MM. Marie et Couderc auraient déclaré que la Direction régionale « pourrait faire preuve de pragmatisme et se montrer bienveillante au niveau des contrôles ». Autrement dit : fermer les yeux sur ces usages illicites ! Conclusion de l’association des producteurs bio, qui n’hésite pas à encourager les producteurs bio à ne pas respecter la loi : « Notre position est claire, nous continuerons en 2010 à utiliser ces produits. » Au moins, la répression des fraudes sait ce qui lui reste à faire ! Etonnamment, aucune association de protection des consommateurs (comme Que Choisir ou 60 millions de consommateurs) n’a relevé ce sujet, l’agriculture biologique bénéficiant d’une aveugle bienveillance. Comme s’il importait peu que les citoyens consomment des pommes bio traitées avec un insecticide interdit, de surcroît connu pour être un perturbateur endocrinien (il est notamment utilisé comme moyen de contraception en Inde [1] ), pour être un carcinogène génotoxique [2] , pour provoquer des atrophies sur les jeunes abeilles [3] et, enfin, des lésions dans le foie et les poumons des rats [4] . C’est ce que ces arboriculteurs bio appellent un « produit naturel peu préoccupant »  !

[1Antifertility Effects of Neem (Azadirachta indiça) Oil in Male Rats by Single Intra-Vas Administration : An Alternate Approach to Vasectomy, Shakti N. Upadhyay, Suman Dhawan, GP Tawar, Journal of Andrology, 1993.

[2An examination of the potential « genotoxic » carcinogenicity of a biopesticide derived from the neem tree, Rosenkranz HS, Klopman G, Environ Mol Mutagen, 1995.

[3Effets de l’huile de neem sur l’acarien Varroa et les abeilles, Peter Schenk, Anton Imdorg, Peter Fluri, Centre suisse de recherches apicoles, 2001.

[4Biochemical effects of vepacide (from Azadirachta indica) on Wistar rats during subchronic exposure, Rahman MF, Siddiqui MK., Ecotoxicol Environ Saf., 2004.

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