actualités 30 | 04 | 2007

Une étude génétique révèle que l’expansion rapide du H5N1 en Afrique est due aux échanges commerciaux

Publiée en avril 2007 par la revue Emerging Infectious Diseases, une étude génétique détaillée d’échantillons de grippe aviaire H5N1 prélevés en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique (région EMA) a mis en évidence une souche euro-africaine distincte de cette maladie [1]. « C’est la première fois que l’on examine tous les génomes du H5N1 en Occident », explique le Dr Steven Salzberg, de l’Université de Maryland (Etats-Unis), auteur principal de cette étude qui a été en partie financée par l’Union européenne et a réuni des chercheurs du monde entier. « Cette étude montre que le virus s’étend vers l’Ouest, et que trois introductions distinctes du H5N1 ont eu lieu en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique », poursuit le Dr Salzberg. Or, selon les chercheurs, le lignage partagé des virus suggère une source génétique unique pour l’introduction de l’influenza (H5N1) en Europe de l’Ouest et en Afrique du Nord et de l’Ouest, source dont l’origine est localisée soit en Russie, soit dans la province de Qinghai en Chine.

Elément crucial révélé par l’étude : ce sont les échanges commerciaux, et non la migration des oiseaux sauvages, qui sont responsables de l’expansion rapide du H5N1. « Les voies migratrices des oiseaux sauvages ne correspondent pas au mouvement des génomes que nous avons séquencés », souligne le Dr Salzberg. « Les humains transportent des poulets à travers de nombreux pays faisant partie de notre étude, souvent sur de longues distances. Associé à des normes de biosécurité faibles dans la plupart des zones rurales, le déplacement de la volaille vivante par les humains est à l’origine de l’introduction du H5N1 dans certains pays », affirme le chercheur. « Ces découvertes montrent l’importance de l’analyse du génome entier des virus de l’influenza pour une meilleure compréhension de l’évolution et de l’épidémiologie de cette infection », souligne l’étude.

Le 22 juin 2006, Jean-Louis Thillier, spécialiste de la grippe aviaire, avait déjà apporté des éléments prouvant que la propagation du H5N1 était consécutive aux activités humaines, lors d’une émission spéciale intitulée « Ces virus qui nous font peur...danger ou psychose ? », diffusée sur la chaîne télévisée Encyclopedia. Contacté par la rédaction d’A&E, ce spécialiste de l’analyse et de l’évaluation des risques en santé publique et animale conclut aujourd’hui que « le résultat de ces travaux est très important, car il doit permettre de mieux comprendre la dynamique réelle de l’infection entre les populations d’oiseaux sauvages et domestiques, afin de mettre enfin en place des stratégies efficaces de contrôle et de prévention, basées sur des faits et non sur des suppositions fantaisistes. » En effet, on se rappelle qu’en mars 2006, le gouvernement avait fortement recommandé de procéder à la vaccination des canards, craignant une infection à cause des oiseaux voyageurs. Une mesure qui n’avait heureusement été suivie que par un département sur trois.

L’étude constitue par ailleurs un bel exemple de collaboration réussie entre des chercheurs venus de nombreux pays, dont l’Égypte, la Côte d’Ivoire, l’Iran et l’Afghanistan. « De telles collaborations sont vitales si la communauté scientifique souhaite suivre la voie de la grippe aviaire, mais la majorité des chercheurs sur l’influenza continue de travailler dans l’isolement », regrette le Dr Salzberg. « La grippe n’a pas de frontières, et nous devons non seulement collaborer de façon large, mais également partager nos données librement, comme nous l’avons fait dans le cadre de cette étude », conclut-il.

Sources :

 [1] : Salzberg, SL et al. (2007) Analyse du génome reliant les virus de l’influenza (H5N1) récents entre l’Europe et l’Afrique. Maladies infectieuses émergentes Vol. 13, No. 5.

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