Une forte tête aux rênes du Haut Conseil des biotechnologies

actualités 10 | 04 | 2009

Une forte tête aux rênes du Haut Conseil des biotechnologies

Finalement, ce sera Catherine Bréchignac ! Le dernier obstacle à la nomination de cette femme de caractère, spécialiste de la physique atomique et auteur de plus de 150 publications, a été levé le mercredi 8 avril 2009, lorsque le Sénat a approuvé à l’unanimité sa candidature à la présidence du Haut Conseil des biotechnologies. La Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale en avait fait autant après son audition du 2 avril 2009. La présidente du CNRS a en effet toutes les qualités requises pour un poste aussi sensible.

Un sérieux bagage scientifique

Fille de Jean Teillac, un élève d’Irène Joliot-Curie qui dirigea l’Institut du radium et l’Institut de physique du CNRS avant d’être nommé haut-commissaire à l’énergie atomique, et d’une mère professeur de physiologie, Catherine Bréchignac a toujours baigné dans l’univers de la recherche, avec un parcours somme toute classique : Ecole normale supérieure de Fontenay-aux-Roses, agrégation de physique, doctorat, et une thèse « dans la grande tradition de la physique nucléaire ». Puis successivement attachée, chargée et directrice de recherche au CNRS. Récompensée par une médaille d’argent en 1994 pour sa recherche sur les agrégats, petits amas de quelques milliers à quelques millions d’atomes, elle garde un souvenir extrêmement fort de ces moments « à en perdre le sommeil ». « Quand vous vous lancez sur une piste nouvelle, vous êtes toujours aux limites de ce qui est connu, au bord du vide. La science, comme la marche, procède du déséquilibre », relate-t-elle dans Le Monde du 14 février 2006, lorsqu’elle prend les commandes du CNRS, décapité par la démission de son président Bernard Meunier et par le limogeage de son directeur général, Bernard Larrouturou.

Reconnue et appréciée

« Dans la communauté scientifique, vous ne trouverez personne pour en dire du mal », déclarait alors à son sujet Henri Audier, du Syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS-FSU). « C’est une femme autoritaire, mais qui sait écouter et être souple quand c’est indispensable ». Une qualité qui ne sera pas superflue pour le nouveau poste de cette « Jeanne d’Arc du CNRS au cerveau bien fait et un caractère bien trempé », comme le note le journaliste Patrick Le Hir dans Le Monde. « Elle a cette capacité de combiner une vision globale des enjeux de la recherche et un intérêt intact pour une manip’ pointue. Ce n’est pas si courant ! », indique un collègue qui l’a connue étudiante.

Reste à savoir si elle saura garder la même distance avec le monde politique que celle dont elle a fait preuve en tant que directrice générale du CNRS face au ministre de l’Education de l’époque, Claude Allègre. Catherine Bréchignac avait su s’opposer avec succès à la tentative du ministre de réduire le rôle de son institution au profit des universités ; un combat qui lui a coûté son poste un an plus tard, et qu’elle assume d’autant mieux qu’il lui a apporté un solide capital de confiance parmi ses pairs.

Aujourd’hui, on la dit plutôt proche de l’UMP, dont elle a participé à la préparation du programme sur les questions scientifiques, à l’automne 2005. « Nous sommes en démocratie, l’UMP est majoritaire et n’avait pas beaucoup d’idées sur la science. C’était mon devoir d’y aller », préfère-t-elle corriger. D’ailleurs, elle n’hésite pas à rappeler avoir signé l’unique pétition de sa vie en 1981... en faveur de François Mitterrand, qu’elle considérait alors « très à droite, beaucoup plus [qu’elle] ». Ce qui la touche ? « C’est la valeur ajoutée par l’homme, la façon dont il modèle la nature », a confié au Monde celle qui aime autant « les villes, les ponts, l’architecture » que « la poésie ». Cela tombe bien : l’histoire du Haut Conseil est déjà tout un poème...

ogm biotechnologie

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