Une nouvelle étude épidémiologique confirme le rôle des pathologies dans les pertes de colonies d'abeilles en Espagne

actualités 29 | 03 | 2010

Une nouvelle étude épidémiologique confirme le rôle des pathologies dans les pertes de colonies d’abeilles en Espagne

L’Environmental Microbiology reports vient de publier une étude « épidémiologique préliminaire » réalisée par le chercheur espagnol Mariano Higes et son équipe, spécialiste de l’abeille au sein du Laboratoire des pathologies de l’abeille (Castilla-La Mancha). Cette étude concerne les différents facteurs liés aux pertes de colonies d’abeilles en Espagne.

A partir de prélèvements répartis sur 11 provinces, l’équipe espagnole a recherché les principaux pathogènes connus de l’abeille (Varroa, Nosema, virus). En Espagne, le rôle prédominant du protozoaire Nosema ceranae est incontestable, estime Mariano Higes : « Nous avons trouvé ce protozoaire dans 97,5% des colonies atteintes de dépopulation, contre seulement 9,5% dans les colonies saines ». Un pourcentage supérieur à celui du Varroa, présent dans 22,9% des échantillons. « Plusieurs études ont clairement établi un lien entre la dissémination rapide de Nosema ceranae et le développement des pertes de colonies en Espagne », poursuit le chercheur, qui rappelle cependant que l’objectif de cette étude n’est pas tant de confirmer l’association des syndromes de dépopulation des abeilles et de ce protozoaire, que de comprendre le rôle potentiel d’autres facteurs ; et surtout d’évaluer l’influence de la combinaison de ces autres facteurs à risques et de Nosema ceranae.

C’est pourquoi, cette fois-ci, Mariano Higes et son équipe sont également parti à la recherche des pesticides les plus utilisés (herbicides, acaricides, insecticides, néonicotinoïdes). «  Nous avons effectué une analyse multi-résidus sur 40 pesticides. Résultat : 49% du pollen analysé contenait des résidus de quatre insecticides et de cinq acaricides, notamment du fluvalinate et du chlorfenvinphos, utilisé pour contrôler le varroa », indique-t-il. « Aucune relation statistique entre la présence de ces pesticides et les symptômes de dépopulation n’a cependant pu être établie », tempère Mariano Higes, qui se refuse à établir un lien de causalité entre le syndrome d’effondrement des colonies et les pesticides. « Dans notre pays, la combinaison de pathogènes (surtout Nosema spp and Varroa destructor) et de virus qui leur sont associés suffit à expliquer la force des mortalités observée dans les colonies infectées dans toute le pays. Ce qui ne veut pas dire que les pesticides ne peuvent pas être responsables de pertes d’abeilles dans des cas spécifiques ou dans d’autres pays », poursuit le chercheur.

Autre enseignement de son étude : le manque de cohérence entre le pollen dominant retrouvé dans les ruches et les indications fournies par les apiculteurs concernant les cultures de butinage des abeilles. « Certains apiculteurs espagnols affirment que les dépopulations de colonies seraient liées à la présence des cultures de tournesol ou de maïs. Or, dans la majorité de nos échantillons, aucun pollen de tournesol ou de maïs n’a été retrouvé. Et dans ceux qui en contenaient, la présence de résidus de pesticides était la plus faible », note Mariano Higes. Seul bémol de son étude : le nombre très faible de prélèvements, qui ne dépasse pas la centaine. « C’est pourquoi nous avons clairement indiqué qu’il s’agit d’une étude préliminaire », indique l’expert, qui prépare déjà la rédaction d’une nouvelle étude, avec, cette fois-ci, plus de 2000 échantillons...

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