Y a-t-il quelque chose de pourri au royaume de l'écologie ?

actualités 17 | 03 | 2009

Y a-t-il quelque chose de pourri au royaume de l’écologie ?

Dans une enquête datée de 2003, l’inspection générale des finances (IGF) avait mis en évidence quelques dysfonctionnements de la « cogestion » entre le ministère de l’Environnement (MEEDAD) et le monde associatif. L’IGF avait ainsi indiqué que la situation financière de certaines associations n’était « pas prise en compte dans le calibrage de la subvention de fonctionnement accordée [par le ministère] », ce qui avait entraîné une augmentation de 40% en un an des dépenses à destination des associations. Parmi celles épinglées par l’IGF figurait France Nature Environnement (FNE), qui bénéficiait alors d’une aide de 580.000 euros du ministère. Cinq ans plus tard, le montant accordé par le MEEDAD à FNE a presque doublé. Il s’est élevé en 2008 à un million d’euros, soit 44% des recettes totales perçues par l’association la même année. S’y ajoutent 500.000 euros de partenariats avec des organismes publics et para-publics, dont 100.000 euros de la Caisse des Dépôts et Consignations et 117.000 euros de la SNCF, auxquels il faut additionner 182.000 euros de diverses subventions publiques et 87.00 euros d’aides à l’emploi. Bref, un montant total largement suffisant pour financer les charges de personnel (1,2 million d’euros) et les frais fixes (357.000 euros) de l’association. « Le ministère de l’Environnement, c’est le ministère des associations d’environnement », expliquait en 2003 Yves Cochet à la mission parlementaire sur le pastoralisme dans les zones de montagne. Depuis, rien n’a visiblement changé, bien au contraire !

C’est d’ailleurs l’un des principaux reproches que formule sur son blog le journaliste Fabrice Nicolino à l’égard de FNE. A la veille du 33e congrès de la fédération, qui s’est déroulé à Lille les 12 et 13 mars 2009, le militant écologiste radical a rédigé une série de tribunes intitulées « Les amitiés particulières de France Nature Environnement », qu’il souhaitait « faire circuler massivement ». Ainsi, il écrit : « Née en 1969, FNE est devenue au fil des années une petite bureaucratie, chargée de gérer les intérêts communs. Si j’emploie le mot de bureaucratie, c’est simplement pour dire que ses responsables se sont peu à peu, sans s’en rendre compte je pense, éloignés des pratiques démocratiques ». « Donc, une lente mais irrésistible décadence de l’esprit de liberté, entretenue par une source de financement majeure : l’État. C’est l’État, depuis des lustres, qui paie les factures. Le ministère de l’Écologie, à lui seul, offre près de 45 % du budget. Bien que les chiffres ne soient pas transparents, on peut estimer que les financements publics représentent au moins 65 % des dépenses de FNE. Peut-être davantage. À quoi il faut ajouter des partenariats avec des entreprises privées, dont on va reparler. »

En clair : au fil du temps, FNE est devenu le prolongement du MEEDAD, perdant ainsi toute indépendance au point d’accepter de fâcheux « partenariats avec des entreprises privées ». Ce sont ceux-ci qui ont déclenché le « coup de gueule » de Fabrice Nicolino. Si le journaliste ne fait pas état des 117.000 euros accordés par la SNCF, il n’a pas du tout apprécié le partenariat « avec la société Compo, spécialisée dans les pesticides, et associée depuis 2005 avec le géant de l’agrochimie Syngenta ». De quoi s’agit-il exactement ? FNE a signé une convention pour la promotion de deux produits de traitement anti-limaces agréés en agriculture biologique. « Ce partenariat a pour objectif de présenter aux consommateurs et plus particulièrement aux jardiniers amateurs une solution de traitement anti-limaces plus écologique », peut-on lire dans le rapport d’activité 2008 de l’association. Or, ces deux produits sont commercialisés par la société Compo, qui a accordé en 2008 un versement de 12.500 euros (soit 0,55% des recettes totales de FNE) pour cette promotion ! Pas vraiment de quoi crier au scandale.

En fait, le journaliste écolo se fait le porte-parole de l’association bretonne Eau et Rivières de Bretagne (ERB), qui a adressé le 23 février 2009 une lettre à FNE « qui mérite bien cette publicité » : « Ce partenariat [avec Compo] est pour nous inacceptable », écrit ERB, qui ajoute : « Au-delà de FNE, il ternit l’image de nos associations engagées de longue date dans un combat difficile contre ce type de pratiques : cf. procès Monsanto, actions menées en Bretagne dans le cadre du programme eau & pesticides, etc… Nous vous demandons de bien vouloir nous informer des conditions dans lesquelles ce partenariat a été engagé (quelle concertation préalable, qui a décidé ?) et souhaitons qu’il y soit mis fin rapidement ».

En réalité, la pomme de la discorde dépasse le simple cas de Compo. Elle est révélatrice d’un malaise bien plus profond que ce banal partenariat, comme en témoigne la « vigoureuse et douloureuse interrogation » qui conclut la lettre citée par Nicolino : « Notre conseil d’administration s’interroge sur la promiscuité grandissante entre FNE, la FNSEA et les tenants de l’agriculture raisonnée : présence largement médiatisée de J.C. Bevillard [chargé de mission de FNE] le 21 février aux côtés du ministre de l’Agriculture et du président du réseau FARRE au lancement de « Terres 2020 », présence de deux représentants de la FNSEA (P. Ferrey, R. Bailhache) au prochain congrès, mais par contre… absence de tout représentant de l’agriculture durable et biologique à ce congrès ! »

Tant que FNE n’était « que » le bras armé du ministère de l’Environnement, personne n’avait apparemment rien à dire. Mais adresser la parole à la FNSEA, voilà qui est inacceptable, estime Fabrice Nicolino, qui ajoute : « Il y a quelque chose de pourri au royaume de l’écologie ».

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