Fraude au bio : une filière démantelée et sept personnes sous les verrous

Fraude au bio : une filière démantelée et sept personnes sous les verrous

« Les produits bio vraiment plus sains ! », titrait la Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB) au lendemain de la récente publication du document de Générations Futures concernant la faible présence des pesticides dans les denrées issues de l’agriculture biologique]. Mais encore faut-il s’assurer de bien consommer des produits bio ! En effet, comme l’a révélé la presse italienne à l’occasion du démantèlement d’un vaste réseau de fraude au bio, le label AB ne fournit pas toujours cette garantie.

Ce scandale tombe au plus mal pour la filière bio, encore marquée par l’affaire des graines germées bio à l’origine de 51 décès et de plus de 4 000 hospitalisations en Allemagne, il y a sept mois. Fort heureusement pour les producteurs bio, l’affaire italienne est passée inaperçue dans la presse. Pas un mot sur le site de l’Agence Bio, et rien dans les grands médias.

Pourtant, le cas n’est pas banal. Début décembre 2011, la Guardia di finanza, la brigade financière italienne, a démantelé un vaste trafic portant essentiellement sur des céréales (orge, maïs, blé, soja, tournesol, colza, millet et avoine), commercialisées sous l’étiquette bio depuis 2007 alors qu’il s’agit de produits conventionnels. Le 6 décembre, 2500 tonnes ont été saisies et 19 entreprises mises en cause, notamment Sunny Land et Bioagri Sas. Cinq dirigeants d’entreprises agricoles [1] et deux responsables d’organismes de certification ont également été arrêtés et écroués.

Les faiblesses du secteur bio

Dès l’annonce de cette affaire, Alessandro Triantafyllidis, le président de l’organisation de l’agriculture biologique italienne (AIAB), a vivement réagi, admettant certaines « faiblesses du secteur du bio [2] ». Il a notamment pointé du doigt un réel problème concernant les matières premières importées à destination de l’alimentation animale, mais aussi un problème concernant la farine pour le pain et les pâtes. « Nous avions plusieurs fois tiré la sonnette d’alarme sur un secteur en pleine expansion, pouvant attirer la spéculation et la criminalité. Nous ne pouvons qu’applaudir l’action de la Guardia di finanza, et renouveler l’invitation à resserrer les mailles des contrôles alimentaires tout le long de la filière, particulièrement à l’importation », indique le président de l’AIAB.

Des faux à gogo

Selon les résultats préliminaires de l’enquête [3], de fausses zones de productions bio avaient été validées par un responsable de certification régionale « bienveillant ». Ce qui a permis à un certain nombre de sociétés agricoles – dont Sunny Land, au cœur du scandale – de justifier un potentiel de production de denrées bio. Grâce à ces faux certificats, fournis par l’inspecteur local, cette activité prétendument bio était notifiée aux autorités légitimes. Toutefois, certaines exploitations agricoles se rétractaient peu après avoir obtenu le label bio, afin de ne pas figurer sur la liste obligatoire exigée par les instances de certification le 31 décembre de chaque année. Elles évitaient ainsi un contrôle supplémentaire de l’agence centrale de contrôle.
Ensuite, Sunny Land achetait soit directement, soit à travers ses nombreuses filiales, des céréales conventionnelles roumaines et moldaves, accompagnées de faux certificats bio fournis par QC&I International Romania (un organisme de certification apparenté à QC&I Allemagne). Ces denrées importées étaient mélangées à de véritables céréales bio, issues de producteurs bio honnêtes, selon les quantités que chaque parcelle bio recensée pouvait « potentiellement » produire. Sunny Land aurait ainsi mis en place un complexe système de traçabilité portant sur 4000 hectares de surfaces agricoles dans le nord de l’Italie, 4000 ha dans le centre, 16000 ha en Roumanie et 9300 ha en Moldavie.

[1Il s’agit de Caterina Albiero, de Bioagri sas et La Spiga srl ; Andrea Grassi, de la Società agricola Fattoria della Speranza ; Angela Nazaria Siena, de Bioecoitalia srl, Terrasana sas, Centro cereali srl, Agridea SA (Switzerland), Life Group Holding sa (Switzerland), Agripoint società agricola srl ; Luigi Marinucci, de Sunny Land Spa et de Società Agricola Marinucci ; Davide Sca- pini, de Sunny Land et Terre del sole.

[2Contro le frodi alimentari nel bio più controlli sull’import e più filiera corta, AIAB, décembre 2011

[3« Organic Fraud » in Italy – The facts, Organic Market-Info, 10 déc. 2011

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