Quel rendement en 2009 pour les blés bio ?

Quel rendement en 2009 pour les blés bio ?

Obtenir les résultats départementaux ou régionaux de la production des céréales bio en France est un exercice ardu. Que FranceAgriMer n’ait pas mis en place un observatoire de la production bio n’est pas surprenant étant donné l’insignifiance économique d’un secteur qui représente à peine 1 % du chiffre d’affaires de la production agricole totale. En revanche, il est plus étonnant que ces données ne suscitent pas davantage d’intérêt de la part de l’Agence bio.

Certes, FranceAgriMer publie chaque année une synthèse de la situation des marchés des céréales biologiques (blé, maïs et triticale), mais elle se cantonne à des données nationales. En mai dernier, elle a publié les chiffres des moyennes de production pour l’année 2008, soit avec un décalage de près d’un an (27 q/ha pour le blé, 28 q/ha pour le triticale et 58 q/ha pour le maïs). Si ces valeurs permettent d’avoir une image assez fidèle de l’évolution de la production et de l’adéquation éventuelle entre l’offre et la demande, elles ne mettent pas en évidence les spécificités locales. « Les données régionales sont pourtant indispensables pour suivre l’évolution de la filière », affirme Claire Touret, responsable à la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab). En effet, les chiffres des rendements, bien plus que ceux des surfaces et des conversions, représentent un indicateur économique fondamental pour une filière que les pouvoirs publics entendent développer. « Il est regrettable que ces informations ne soient pas disponibles plus rapidement », poursuit la responsable de la Fnab. Fin septembre, A&E a donc mené l’enquête à partir d’un échantillon de plus de 1 000 producteurs bio [1]. Le constat est clair : non seulement les rendements en blé tendre (qui représente plus de la moitié de la collecte des céréales bio en France) varient considérablement du Nord au Sud, mais on observe une très forte hétérogénéité locale, avec des variations pouvant atteindre un facteur de cinq !

Des chiffres provisoires

Pour la zone qui s’étend du grand Sud-Ouest à la Drôme, la moyenne des rendements de blé se situe aux alentours de 22 q/ha, soit 30 à 40 % de moins qu’en 2008. Plusieurs départements (comme le Tarn-et-Garonne, la Haute-Garonne et l’Ariège) accusent cette année des rendements moyens de blé inférieurs à 20 q/ha. Ce qui place le cru 2009 de blé bio au troisième rang des plus mauvais crus depuis dix ans (juste après celui de 2007).

En revanche, pour les départements de la façade atlantique, du Centre, du Bassin parisien, de la Bourgogne et de la Picardie – où le rendement des blés conventionnels avoisine facilement les 90 quintaux –, les moyennes de blés bio se situent pour l’essentiel dans une fourchette comprise entre 30 et 45 q/ha (35 à 40 q/ha pour les départements des Pays de la Loire et de la région Poitou-Charentes, 35 pour le Cher, 39 pour le Loir-et-Cher, 48 pour l’Eure-et-Loir, 48 pour l’Essonne et les Yvelines et 45 pour la Côte d’Or) ; soit une hausse d’environ 15 % par rapport à l’année dernière. Seul l’Indre-et-Loire fait figure d’exception, avec à peine 20 q/ha. Ces faibles rendements résultent de la conjonction entre des semis tardifs, des terres lourdes et un climat défavorable en octobre-novembre 2008.

En ce qui concerne la teneur en protéines, de fortes disparités sont également constatées. « Alors que dans le Sud-Ouest, les rendements sont inférieurs à ce que nous observons dans notre région, le taux protéinique semble meilleur : environ 12 %, contre une moyenne de 10,5 % chez nous », estime Gilles Renard, en charge de la collecte bio pour Agralys. Cette évaluation est confirmée par Jacques Guignard, chargé du secteur bio pour le groupe coopératif agricole Cavac, qui souligne que tous ses blés « restent cependant meuniers ». « En bio, la bonne tenue des rendements se fait naturellement au détriment des teneurs en protéines, car le facteur limitant est toujours la disponibilité en azote », explique-t-il.

Enfin, selon Claude Choux, directeur de Probiolor, une coopérative qui collecte la production d’une centaine d’agriculteurs bio des quatre départements lorrains, de la Marne et de l’Alsace, les rendements de cette année restent très moyens dans l’est de la France. « En tout cas, rien à voir avec l’envolée qu’ont observée nos collègues en blé conventionnel », ajoute-t-il. Le patron de Probiolor constate lui aussi un recul de la qualité protéinique, qui est passée de plus de 12 % en 2008 à moins de 11,5 % cette année. N’ayant pas relevé de rendements particulièrement élevés, il s’interroge quant à la responsabilité de la baisse des températures en fin de cycle de végétation, qui aurait pu entraîner un retard de la minéralisation de l’azote.

Des disparités locales

À ces différences régionales – dont les résultats restent à affiner – s’ajoutent de très fortes disparités locales. Dans les régions Midi-Pyrénées, Aquitaine et Languedoc-Roussillon, des écarts allant de 10 à 55 q/ha ont été observés, tandis que dans les Yvelines, un écart de rendement compris entre 10 et 50 q/ha a été enregistré dans une coopérative dont le secteur bio est pourtant très limité. Dans les deux cas, il s’agit d’une variation d’un facteur de cinq ! Pour Gilles Renard, les conditions climatiques et la qualité de la terre, même si elles sont significatives, n’expliquent pas à elles seules ces fortes différences de rendements dans les productions bio. « La conduite agricole (très extensive, le type de rotation avec l’incorporation de légumineuses, la gestion de l’engrais, etc.) constitue un élément clairement déterminant », indique-t-il.

« À structure de sol identique, de tels écarts ne sont pas observables en culture de blé conventionnel (sauf accident de traitement), car l’usage de produits de protection des plantes concourt justement à stabiliser les rendements », rappelle Pascal Hurbault, responsable à l’Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB), qui note toutefois que des écarts d’un facteur de 1 à 2 sont toujours possibles. C’est ce qu’a constaté cette année Didier Le Ray, un agriculteur-éleveur de la région d’Angers. « Dans l’une de mes parcelles de blé, j’ai obtenu 110 q/ha, mais il est vrai que les conditions étaient idéales : rotation de blé sur de la féverole, permettant une disponibilité en azote tout au long du cycle végétatif, et précipitations au moment adéquat », témoigne l’agriculteur angevin, qui n’a obtenu en revanche que 50 q/ha sur une autre parcelle, suite à un problème mécanique lors de semis tardifs. « Les conditions climatiques de cette parcelle n’ont pas permis un bon démarrage de la végétation », explique-t-il.

Une faiblesse de la filière

Les écarts constatés en bio constituent une faiblesse considérable, qui posera sans aucun doute un problème majeur pour la filière. Surtout dans le contexte d’une demande accrue de la part des consommateurs ! En effet, les principaux acteurs de la transformation se doivent de garantir leurs circuits d’approvisionnement, au risque de privilégier les importations (comme cela a été le cas en 2007). Que feraient-ils s’ils se trouvaient face à une récolte dévastée par la carie du blé ? À l’inverse, un excès de production entraînerait inévitablement une chute des prix, à l’instar de ce que l’on constate dans les autres secteurs agricoles. Or, comme le remarque avec pertinence Jacques Guignard, « dans nos régions à charges de structure élevées, le prix du blé et les rendements restent des facteurs fondamentaux. À 20 q/ha, et avec un prix du quintal sur la base de 300 euros par tonne, la culture du blé bio sera très vite abandonnée. » Le calcul est simple : à ce prix, même à 30 q/ha, le blé bio est moins rentable que le tournesol ou le maïs bio.

[1Enquête menée par téléphone du 21 au 27 septembre 2009 auprès de divers opérateurs bio.

agronomie agriculture biologique

Articles analogues