Vive Coca Cola !

agro-alimentaire 09 | 03 | 2012

Vive Coca Cola !

Philippe Bernard, envoyé spécial du quotidien Le Monde aux États-Unis, a enquêté sur l’obésité outre-Atlantique [1]. Ce phénomène serait essentiellement causé par des régimes alimentaires déséquilibrés. Le journaliste évoque les food deserts, ces zones éloignées de plus d’un mile (1,6 km) du premier commerce alimentaire, mais qui possèdent un fast-food. La carte de ces zones « désertiques » correspond d’ailleurs largement à celles de la pauvreté et de l’obésité, note-t-il.

Selon son enquête, deux-tiers des adultes américains souffriraient de surpoids. Ce qui explique pourquoi aux États-Unis, la lutte contre l’obésité est devenu un enjeu politique et financier majeur. « Plus vous êtes pauvre, plus vous risquez le surpoids, parce que la nourriture la meilleur marché est aussi la plus malsaine », explique le docteur Caroline Apovian, directrice du Centre de nutrition et de contrôle du poids au Boston Medical Center.

Sur le banc des accusés : chips, pizzas, nourriture industrielle et boissons gazeuses. Des produits dont les prix ont baissé de 30 % hors inflation ces dernières années, alors que les produits frais ont, eux, augmenté de 40 % durant la même période. Si bon nombre de responsables politiques –dont Michelle Obama– ont fait de l’alimentation saine une cause nationale, ils doivent cependant affronter la « force de frappe financière et les plantureux budgets de marketing des lobbies des boissons sucrées, des burgers et des céréales », déplore Philippe Bernard.

Coca-Cola et le WWF

Le journaliste aurait pu ajouter à sa liste le WWF ! En effet, l’association écologiste, connue en Europe pour son engagement en faveur de l’ agriculture biologique –notamment avec sa campagne « Goûtons un monde meilleur » –, n’hésite pas à promouvoir outre-Atlantique... Coca Cola, la boisson de la malbouffe par excellence. Certes, le prétexte est louable : il s’agit de venir au secours des ours polaires. À ce titre, le WWF a engagé en 2011 un partenariat avec le mastodonte économique, qui symbolise à lui seul la toute-puissante Amérique. Partenariat bien lucratif, qui devrait lui permettre de se refaire une petite cagnotte. Un premier don de 2 millions de dollars a déjà été effectué par Coca-Cola, qui a promis de doubler chaque don de consommateur dans la limite d’un million de dollars supplémentaires. Avec des ventes de l’ordre de 17000 cannettes par seconde, soit 1,5 milliard de cannettes par jour, nul doute que l’objectif sera atteint.

Contrairement à l’eau du robinet, dont la qualité est régulièrement épinglée par la multinationale de l’écologie, la boisson gazeuse ultra-sucrée, très certainement innocente dans l’augmentation des problèmes mondiaux d’obésité, se subit jamais les foudres du WWF. On comprend désormais mieux pourquoi.

Les « portes tournantes » de l’écologie

Mais les liens entre les deux multinationales ne s’arrêtent pas là. Le vice-président du WWF USA n’est en effet autre que Neville Isdell, l’ex-incontournable PDG et président du conseil d’administration de Coca Cola Company [2] ! La journaliste anti-malbouffe Marie-Monique Robin, dont le sport favori consiste à dénoncer les « portes tournantes », ces allers-retours entre fonctionnaires du service public et secteur privé, aurait là un vaste sujet d’investigation... D’autant plus que Neville Isdell n’est pas un cas unique. L’actuel président du WWF Belgique, Ronald Biegs, est lui aussi un ancien de Coca-Cola. Engagé par le géant en 1974, il a été promu PDG de Coca-Cola Belgique en 1978. Et c’est sous sa direction que la Belgique, l’Islande et le Luxembourg ont rejoint le groupe de pays ayant la plus forte consommation de Coca par tête d’habitant. Il reste juste au WWF de recruter un ancien directeur de Mc Do...

[1La grande malbouffe, Philippe Bernard, Le Monde, 4 janvier 2012.

[2Neville Isdell est également membre du Center for Strategic International Studies (CSIS), un puis- sant cercle de réflexion et d’influence américain, fondé en 1964 par l’amiral Arleigh Burke et qui compte dans son conseil d’administration Zbigniew Brzezinski, Henry Kissinger et James Woolsey.

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