Irrigation : que de temps perdu !

agronomie 21 | 07 | 2013

Irrigation : que de temps perdu !

Dès juillet 2012, c’est-à-dire à peine arrivé au pouvoir, le gouvernement socialiste a pris une singulière mesure : l’abandon de deux décrets visant à faciliter la création de retenues collinaires, qui étaient pourtant en cours de validation.

Trois mois plus tard, en octobre 2012, l’ex-ministre de l’Écologie Delphine Batho a enfoncé le clou. Alors que la mise en place d’un Plan eau, financé à hauteur de 100 millions d’euros, avait été actée par l’ancien gouvernement, la ministre a exigé des agences de l’eau qu’elles ajournent tout engagement financier nécessaire à la création de nouvelles retenues collinaires. Une décision qui n’a pas manqué de créer un émoi certain dans la profession.

« Différer les soutiens financiers à la création de retenues d’eau met en péril les projets déjà engagés », s’est insurgé Guy Vasseur, le président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA). Du côté du ministère de l’Agriculture, on a joué l’apaisement en confiant au député du Gers Philippe Martin la mission d’organiser une consultation afin de proposer « une nouvelle vision pour la gestion quantitative de l’eau en agriculture ».

« Il est indéniable que l’irrigation, comme les autres formes d’optimisation de la production agricole, est favorable à l’emploi », reconnaît le député socialiste Philippe Martin.

Très attendu, le rapport a été rendu public le 5 juin dernier. Ses conclusions témoignent d’un réel retour à la réalité. Certes, Philippe Martin prend acte du fait qu’atteindre « un consensus global et définitif paraît actuellement hors d’atteinte ». Mais il déplore surtout que « les pouvoirs publics en France [aient] presque abandonné toute incitation publique au développement de l’irrigation, tout au moins au niveau national ». Ce choix, qu’il n’hésite pas à qualifier de « regrettable », conduit à des pertes d’emplois, alerte l’élu du Gers. « Il est indéniable que l’irrigation, comme les autres formes d’optimisation de la production agricole, est favorable à l’emploi », affirme-t-il.

« Les conclusions du rapport Martin devraient permettre le déblocage du financement des dizaines de projets mis en veille par Delphine Batho », estime Daniel Martin

Quelques exemples illustrent clairement son propos. « À production identique (maïs grain), une exploitation du Sud-Ouest est réputée viable si elle est irriguée à moins de 100 hectares de SAU, alors qu’en culture pluviale, près du double de surface serait nécessaire », peut-on lire dans le rapport. Le même type de raisonnement est valable pour l’élevage, souligne le document. L’irrigation permet en effet de garantir l’autonomie alimentaire d’exploitations de taille intermédiaire, qui seraient irrémédiablement menacées si elles ne pouvaient recourir à l’irrigation. Enfin, l’arboriculture et le maraîchage sont également concernés. « Une extension de 100 hectares de productions méditerranéennes intensives irriguées (arboriculture, maraîchage, etc.) est réputée induire 22 emplois directs et indirects », note le député du Gers. Par ailleurs, Philippe Martin n’hésite pas à rappeler le rôle essentiel du développement de l’irrigation dans les produits à valeur ajoutée. « La recherche d’une valeur ajoutée plus élevée en production végétale passe assez souvent par l’irrigation, même dans la partie nord de la France (pomme de terre, etc.). Mais en sens inverse, le développement de l’irrigation, s’il accroît bien la production, n’est pas toujours synonyme d’une valeur ajoutée beaucoup plus élevée, ni d’emplois induits beaucoup plus nombreux », indique-t-il.

Au temps pour celles et ceux qui, à force de raisonnements simplistes, assimilent irrigation et « agriculture intensive » et alimentent des « affrontements nationaux stériles » ! Ce qui est précisément le cas d’Europe Écologie-Les Verts, les alliés politiques du gouvernement, qui font du refus des retenues d’eau un dogme ou peu s’en faut, au prétexte que ces retenues auraient « un impact néfaste sur plusieurs plans ». « L’irrigation par des bassines artificielles est partie prenante d’un système agricole intensif dont les petits paysans sont les premières victimes », résume Véronique Massonneau, députée EELV de la Vienne. Une fois encore, le rapport du député met en lumière les profondes dissonances entre le PS et les écologistes.

« Après une longue période d’immobilisme, ce rapport représente un bon point de départ », se réjouit pour sa part Daniel Martin, le président des Irrigants de France. Toutefois, il reste très attentif aux suites qui y seront données par les ministres de l’Agriculture et de l’Écologie. « Les conclusions du rapport Martin devraient permettre le déblocage immédiat du financement pour les dizaines de projets mis en veille suite au moratoire décidé par Delphine Batho », ajoute le responsable agricole, qui espère que certaines recommandations du rapport seront suivies d’effet.

La nomination de Philippe Martin au poste de ministre de l’Écologie devrait en effet faciliter la mise en place des principales préconisations... du député Martin !

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