Le Gaucho et le Régent auraient-ils été incriminés à tort ?

apiculture 01 | 12 | 2006

Le Gaucho et le Régent auraient-ils été incriminés à tort ?

Lors de la présentation de son livre « Abeilles, l’imposture écologique », qui a eu lieu dans les locaux de l’Association française des journalistes agricoles (Afja), Gil Rivière-Wekstein a révélé comment deux insecticides accusés d’être impliqués dans les mortalités inhabituelles des colonies d’abeilles ont fait l’objet d’une application du principe de précaution motivée notamment par des raisons politiques, aux dépens des considérations scientifiques. Véritable plaidoyer contre la recherche facile du bouc émissaire, ce livre met en garde contre les discours alarmistes et les raisonnements simplistes.

Dans Abeilles, l’imposture écologiste, Gil Rivière-Wekstein dévoile les dessous d’une affaire que tout le monde croyait pourtant classée : celle du Gaucho et du Régent TS, deux insecticides interdits d’utilisation sur maïs et tournesol en 2004 car soupçonnés d’être des « tueurs » d’abeilles.

Cette enquête de plus de 300 pages met en lumière une réalité bien plus complexe. L’auteur est parti de plusieurs faits troublants. Ainsi, les inhabituelles mortalités d’abeilles déplorées par certains apiculteurs de plusieurs régions françaises n’ont pas été constatées dans d’autres régions apicoles, où l’on utilisait pourtant les insecticides incriminés. Hormis la France, personne, dans les autres pays où le Gaucho et le Régent sont employés, n’a jamais désigné ces insecticides comme étant responsables de ces mortalités, y compris les plus ardents défenseurs de l’environnement. Aucun des essais réalisés en présence d’experts n’a pu mettre en évidence ces mortalités d’abeilles. Enfin, dès le départ, d’autres pistes sérieuses ont été volontairement négligées.

Pas moins de deux années d’investigations ont été nécessaires à Gil Rivière-Wekstein pour rassembler toutes les pièces du puzzle et pour le reconstituer. Abeilles, l’imposture écologiste est donc un livre très documenté, où l’on découvre comment un petit groupe d’apiculteurs - de très loin minoritaire dans la profession - a réussi à imposer son point de vue, en aménageant parfois la « vérité ». Pour des raisons multiples, ces apiculteurs ont été suivis par des chercheurs, des politiques, des militants écologistes, chacun trouvant dans ce nouveau combat des intérêts qui lui étaient particuliers. Selon l’auteur, il s’agit d’un cas exemplaire de dévoiement du principe de précaution pour des raisons politiques au détriment des considérations scientifiques.

Loin d’être un réquisitoire en faveur du Gaucho et du Régent, ce livre pose avant tout un problème de fond. Il met en lumière le décalage qui peut exister entre une réalité souvent complexe et un discours simplificateur ; entre ceux qui cherchent à conforter leurs préjugés et ceux qui cherchent des explications, quitte ensuite à changer d’avis. Or, le préjugé sur lequel ont convergé les différents opposants au Gaucho et au Régent - pourtant de sensibilités politiques ou idéologiques très différentes - s’est construit sur un paradigme récent : la croyance naïve et aveugle dans le fait que le « naturel » est porteur de valeurs exclusivement positives, alors que le synthétique et l’artificiel sont devenus symboles de danger. En lanceur d’alertes, Gil Rivière-Wekstein rappelle donc l’importance de rester intellectuellement vigilant afin de ne pas tomber dans le piège des discours apocalyptiques, des raisonnements simplificateurs et surtout de la recherche facile du bouc émissaire.

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