L'apport globalement positif des OGM

biotechnologie 10 | 08 | 2016

L’apport globalement positif des OGM

Le 17 mai dernier, l’Académie des Sciences des États-Unis (NAS) a rendu public un rapport rédigé par une vingtaine d’experts afin de faire le point sur les plantes génétiquement modifiées. Directeur de recherche au CNRS au sein du Laboratoire de physiologie cellulaire végétale et enseignant à l’Université Grenoble-Alpes, Marcel Kuntz fait partie du panel d’experts qui ont procédé à sa relecture avant publication.

Quels sont les principaux enseignements du dernier rapport de l’Académie des Sciences des États-Unis (NAS) ?

Il y en a beaucoup ! C’est un long rapport, réalisé sur une période de deux ans par une vingtaine de spécialistes qui ont examiné toutes les questions habituellement posées dans ce débat (l’impact sur la santé, l’environnement, les aspects sociaux-économiques, etc.).

Ce rapport s’appuie sur de très nombreuses publications (plus de 1000), qui concernent tous les domaines (sélection des plantes et biotechnologies, agronomie et écologie, alimentation et toxicologie, réglementations, économie, sociologie). En effet, il existe un corpus important de données scientifiques, principalement de la recherche publique. Mais le rapport a également pris en compte les opinions du public, qui a pu envoyer ses avis (700 au total). Il y a eu aussi des auditions : 500 personnes y ont participé, y compris certaines personnes très controversées en raison de la modeste qualité de leurs travaux.

Au final, le rapport confirme les conclusions du rapport publié en 1987 par la NAS, à savoir qu’il n’y a pas fondamentalement de différence entre les risques des organismes « genetically engineered » et ceux des autres techniques d’amélioration des plantes, alors que ces dernières ne subissent pas les mêmes exigences en termes d’analyses de biosécurité.

Enfin, les auteurs confirment encore une fois que les plantes issues de ces techniques ne posent aucun problème environnemental ou sanitaire qui soit directement attribuable aux cultures d’OGM. Ils notent toutefois quelques erreurs dans la gestion de ces plantes, notamment une prise en compte insuffisante concernant le risque d’apparition de mauvaises herbes résistantes à l’herbicide associé à certaines de ces cultures. Le rapport souligne également les bénéfices de ces cultures, tant pour les agriculteurs que pour l’environnement, en précisant que ces bénéfices et leur durabilité sont dépendants du contexte socio- économique plus large, comme par exemple des soutiens institutionnels et de l’accès à des marchés locaux ou mondiaux rentables.

Quelle a été la réaction du lobby anti-OGM ?

Comme toute force politique mise en difficulté, ce lobby essaie d’allumer des contrefeux. Faute d’avoir des arguments scientifiques à faire valoir, les lobbies de l’écologie politique et leurs porte-parole dans les médias utilisent ce qu’Arthur Schopenhauer appelle l’« ultime stratagème », à savoir les attaques ad hominem. Dans le cas des OGM, mais plus largement des techniques ou produits issus de l’industrie, le thème des conflits d’intérêts est devenu l’arme de destruction massive de la crédibilité des scientifiques. Dès qu’un chercheur a réalisé la moindre expertise pour une entreprise privée, il est marqué à vie du sceau de l’infamie. Pire, certains lobbyistes de l’écologie n’hésitent pas à inventer des « liens » lorsque ces financements privés n’existent pas ! Ainsi se propage sur internet et sur certains médias complaisants l’idée que les auteurs d’un tel rapport ont forcément été payés pour le réaliser.

Malheureusement, cette question de la crédibilité touche aujourd’hui également les institutions nationales ou internationales d’évaluation des risques. C’est devenu un véritable problème politique, auquel il est urgent d’apporter des réponses afin de retrouver la confiance des consommateurs.

Ce rapport est-il de nature à débloquer la situation en Europe ?

Si les autorités politiques en Europe ou en France étaient à l’écoute des rapports scientifiques, cela se saurait ! Les seules études –même les plus douteuses– qui semblent les intéresser sont celles qui leur permettent de « justifier » des interdictions, souvent pour honorer des accords avec les représentants de l’écologie politique, ou bien pour apparaître aux yeux des électeurs comme étant attentifs à leur santé.

Ceci étant dit, les parties du rapport qui font état des nouvelles biotechnologies –ce qu’on appelle aujourd’hui le gene editing– méritent d’être attentivement étudiées, car décider de leur statut juridique pose des problèmes inextricables dans le cadre actuel des directives OGM en Europe.

Or, les avis scientifiques sur ce sujet ne sont pas unanimes, tant le concept même d’OGM est scientifiquement absurde : donner un avis technique au sujet d’un concept juridique déconnecté de la réalité technique n’a d’ailleurs pas de sens. C’est pourquoi le rapport du NAS estime que la réglementation devrait se concentrer sur les nouvelles caractéristiques de la variété végétale et le niveau de risque réel, et non pas se focaliser sur la méthode d’obtention.

Selon le rapport, ces « technologies émergentes devraient augmenter la précision, la complexité et la diversité » dans le développement des nouvelles variétés au grand bénéfice de l’agriculture et des consommateurs.

Si toutefois les responsables politiques ne mettent pas de frein à leur développement....

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