Agriculture et climat : halte a la panique !

climat 05 | 07 | 2007

Agriculture et climat : halte a la panique !

Alors que les discussions sur les causes du changement climatique vont bon train, les chercheurs s’interrogent quant à ses conséquences sur l’agriculture.

Le 6 avril dernier, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a rendu public le résumé du quatrième rapport de son groupe de travail Impacts, adaptation et vulnérabilité. Sans aucun doute, c’est dans le domaine « impacts » que la nature idéologique du Giec est la plus manifeste. Tous les effets du réchauffement climatique sont en effet censés être catastrophiques : pénuries d’eau, inondations, salinisation des sols, baisse des rendements agricoles, déclin de la biodiversité, etc. A l’inverse, aucun exemple d’impact positif n’est évoqué, comme notamment la baisse de la mortalité dans les zones tempérées [1]. Est-ce parce que le rapport est davantage le fruit d’un consensus politique que le résultat d’un groupe de travail scientifique indépendant ? Comme le rappelle Stéphane Foucard dans Le Monde du 8 avril 2007, « politiquement sensible, le résumé, adopté in extremis au terme de cinq jours de discussions - dont une séquence finale de plus de vingt-quatre heures ininterrompues - a vu chacun de ses termes âprement discuté ».

Le consensus mis à mal

Au cours des dernières années, la science du changement climatique a en effet été largement récupérée à des fins politiques. Le Giec s’est d’ailleurs privé de l’expertise de scientifiques de renommée lorsque ces derniers ne partageaient pas son orientation générale. A cet égard, le cas du Pr Paul Reiter est exemplaire. Après avoir été chercheur pendant vingt et un ans au prestigieux Center for Disease Control and Prevention (CDC) d’Atlanta, ce dernier dirige aujourd’hui l’unité Insectes et maladies tropicales de l’Institut Pasteur. Il est considéré comme l’un des meilleurs spécialistes mondiaux de la biologie des moustiques et de l’épidémiologie des maladies qu’ils transmettent (paludisme, dengue, fièvre jaune, etc...). Aussi aurait-on pu s’attendre à ce qu’il figure parmi les principaux auteurs du chapitre consacré aux impacts du réchauffement sur la santé humaine. Or, il n’en est rien. Le Giec lui a même préféré deux personnes dépourvues de compétences dans ce domaine. Il s’agit de Bettina Menne, une spécialiste de l’hygiène industrielle, qui n’a jamais écrit le moindre article de recherche médicale, et d’Ulysses Confalonieri, un spécialiste de paléoparasitologie, qui n’en a écrit que cinq - d’après la base de données Medline. Il est vrai que le Pr Reiter avait refusé de cautionner les contre-vérités flagrantes contenues dans les précédents rapports du Giec, notamment celle prétendant que les moustiques ne survivent pas à une température hivernale inférieure à 16° C.

Autrefois cantonnés aux congrès spécialisés, de nombreux spécialistes « sceptiques » interviennent aujourd’hui dans les médias grand public. Martin Durkin, le réalisateur du documentaire « The Great Global Warming Swindle » (la grande arnaque du réchauffement climatique) diffusé le 8 mars dernier sur la chaîne de télévision britannique BBC Channel 4, leur donne ainsi la parole pour la première fois dans un média plus habitué aux schémas catastrophistes.

En Suède, l’Institut Royal de Technologie avait déjà organisé un débat entre « sceptiques » et « warmers » (partisans du réchauffement global) en septembre 2006. L’ensemble des arguments critiques de la théorie dominante avaient ainsi pu être exposés, notamment ceux expliquant les modifications climatiques par la dynamique de l’atmosphère. Au cours de ce débat, le climatologue français Marcel Leroux a pu affirmer que les observations quotidiennes des satellites météorologiques ne se conforment pas au modèle de l’effet de serre, et que les vagues de chaleur estivale et de sécheresse, à la fois plus fréquentes, plus longues et plus intenses, observées depuis plusieurs années, s’expliquent par les anticyclones mobiles polaires (AMP), vastes lentilles d’air glacial générées quotidiennement par les pôles et se déplaçant vers l’équateur. De manière plus générale, de nombreux climatologues contestent la notion de température moyenne du globe utilisée par les modélisateurs. Marcel Leroux souligne par exemple que dans l’Arctique, l’Alaska se réchauffe, alors que la Sibérie orientale connaît un refroidissement. « Une moyenne de comportements thermiques aussi divers, et même carrément opposés, a t-elle une valeur climatique globale ? », s’interroge-t-il.

En France, l’Académie des Sciences a également organisé un débat sur la responsabilité humaine dans le changement climatique. La réunion s’est certes limitée à un atelier de travail d’une journée ouvert aux seules personnes invitées, suivi d’une réunion publique d’une demi-journée. Néanmoins, d’autres spécialistes « sceptiques » ont pu y faire valoir leurs thèses. C’est le cas des chercheurs de l’Institut de physique du Globe Vincent Courtillot et Jean-Louis Le Moël, qui estiment que les corrélations entre la température et les différents paramètres de l’activité solaire (tâches solaires, mais aussi magnétisme et éjection de particules à haute énergie) sont suffisamment importantes pour que l’on étudie cette hypothèse. Celle-ci a d’ailleurs été récemment renforcée par la découverte d’un réchauffement global... sur Mars [2]Les visites successives des sondes autour de la planète rouge ont effectivement mis en évidence une fonte rapide des glaces polaires ainsi qu’une augmentation générale de la température. Or, dans le cas de Mars, il est difficile d’accuser les émissions humaines de gaz à effet de serre !

Le débat scientifique est donc très loin d’être clos, comme en témoignent une série d’articles parus dans la presse allemande. Dans une tribune du Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) du 23 mars 2007, le journaliste Christian Schwägerl se demande si « le réchauffement climatique [n’est pas] qu’une vaste escroquerie ». Quelques jours plus tard, c’est au tour de Christian Bartsch, l’un des principaux météorologues allemands, de s’insurger (toujours dans le FAZ) contre « les scénarios d’horreur promouvant la peur et qui vont dans la mauvaise direction ».

Les effets sur l’agriculture

Certes, personne ne conteste la modification actuelle du climat - que le monde agricole constate d’ailleurs sur le terrain. Nadine Brisson, chercheuse à l’unité Climat, sol, environnement de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) d’Avignon, souligne ainsi que « les moissons et les vendanges sont avancées dans le temps [et que] les semis des cultures d’été sont plus précoces ». Selon elle, ce décalage serait de dix à quinze jours par rapport aux données enregistrées il y a vingt ans. Dans le sud-ouest de la France, on constate également un net déficit pluviométrique pour la période 1951-2000, qui dépasse 30 % sur le rivage méditerranéen et 20 % sur la façade sud de l’Atlantique. Cependant, ces signes ne semblent pas avoir affecté la hausse continuelle du rendement moyen des céréales. L’année caniculaire 2003 a même produit des vins exceptionnels, comme l’année 1976 ! Pour l’instant, l’agriculture française s’est remarquablement bien adaptée à la hausse des températures enregistrée au cours du siècle dernier. Bernard Seguin, lui aussi chercheur à l’unité Climat, sol, environnement d’Avignon, affirme qu’« il n’apparaît pas encore de signe tangible de déplacement géographique des systèmes de production ».

Mais qu’en sera-t-il à l’avenir ? Dans sa conférence du dernier salon de l’Agriculture, Nadine Brisson a présenté une simulation sur la culture du blé à Avignon : actuellement, la floraison a lieu autour du 22 mai, et la moisson vers le 15 juillet. Le rendement est de 83 q/ha, pour un blé contenant 11 % de protéines. La simulation d’un climat futur avec températures élevées et pluviométrie en baisse donne une floraison et une moisson avancées, respectivement aux 11 mai et 30 juin. Le rendement chute à 50 q/ha mais la qualité augmente, avec 13 % de protéines. Cependant, cette simulation a été faite sans tenir compte de l’effet CO2. Dans une atmosphère enrichie en carbone, la plante suit en effet un cycle différent. En intégrant ce paramètre, la simulation aboutit à une floraison et une moisson encore plus précoces (respectivement aux 5 mai et 25 juin). Le rendement est de nouveau élevé (à 83 q/ha), mais la qualité est en baisse (8 % de protéines). Toutefois, la prudence reste de mise car il ne s’agit que de simulations dont la fiabilité est encore très problématique. On peut néanmoins retenir les tendances. Jean-François Soussana, directeur de recherches à l’Inra de Clermont-Ferrand, estime quant à lui que les effets sur la carte agricole française seront contrastés. « Une hausse des rendements de blé tendre pourrait survenir dans la partie nord du pays, alors qu’au Sud, le maïs, la vigne, les arbres fruitiers et les fourrages souffriraient d’un climat devenu plus aride », explique-t-il dans l’hebdomadaire Agriculture Horizon. Les plantes de type C3 (blé, riz, orge...) tirent en effet un meilleur profit du changement climatique que les plantes de type C4 (maïs) [3]. Pour un doublement du taux de CO2 dans l’atmosphère, l’augmentation de la photosynthèse est de 30 % pour les premières, contre 15 % pour les secondes.

S’affranchir des contraintes

Si le choix des cultures et l’ajustement des cycles biologiques constituent les principaux outils d’adaptation, les températures élevées et le manque d’eau restent les contraintes essentielles. Or, la résistance au stress hydrique représente un problème complexe, qui résulte de mécanismes parfois antagonistes. En effet, lors de l’apparition d’un déficit hydrique, la plupart des plantes réagissent en fermant leurs stomates [4]. Or, le CO2 nécessaire à la photosynthèse circule également par les stomates. Leur fermeture implique donc une réduction de la transpiration et de la production de la biomasse.

Comme l’explique Jean-Michel Gravoueille, de l’institut technique du végétal Arvalis, « les objectifs d’amélioration génétique doivent donc être définis en termes d’optimisation de processus partiellement contradictoires, et non d’amélioration pure. On ne peut pas, à chaque instant au cours du cycle, favoriser à la fois la protection de la plante et le maintien du potentiel de rendement qui implique l’inverse. » Ce problème constitue le principal obstacle à l’obtention de variétés à la fois résistantes à la sécheresse et capables d’offrir un rendement élevé. D’où les difficultés actuelles, tant en sélection classique qu’en sélection OGM. Plusieurs stratégies sont d’ores et déjà étudiées, comme celle de « l’esquive », qui consiste à épargner à la plante un déficit hydrique en garantissant suffisamment d’eau pendant le cycle de développement, celle de « l’évitement », qui s’attache à réduire la conductance stomatique, ou encore celle qui consiste à améliorer l’efficience de l’eau dans la plante. En attendant l’aboutissement de l’une ou l’autre de ces stratégies, il est indispensable d’instaurer une véritable politique de gestion de l’eau. Faut-il rappeler qu’en France, le problème est davantage lié à la disponibilité de l’eau qu’à sa quantité ? Dans certains pays du pourtour méditerranéen, où le manque d’eau est chronique, des solutions ont pourtant été trouvées. Elles sont largement appliquées, comme peut en témoigner Zeev Rachman, directeur général de l’exploitation agricole du kibboutz Mishmar Hanegev, situé dans le nord du désert du Negev (Israël). « Bien que nous disposions de moins de 250 millimètres d’eau de pluie par an, nous cultivons dans le désert des pommes de terre et du persil que nous exportons en Europe, ainsi que du maïs doux pour la consommation intérieure », se réjouit-il. L’eau étant dans cette région une ressource rare, il est vrai qu’aucun gaspillage n’est toléré...

[1Laaidi M. et al., Temperature-related mortality in France, a comparison between regions with different climates from the perspective of global warming, Int. J. Biometeor, 2006

[2National Geographic, February 28, 2007

[3Les plantes de type C4 concentrent le gaz carbonique en un composé à quatre atomes de carbone, les plantes de type C3, en un composé à trois atomes de carbone.

[4Un stomate est un orifice de petite taille présent dans l’épiderme des organes aériens des végétaux. Il permet les échanges gazeux entre la plante et l’air ambiant (dioxygène, dioxyde de carbone, vapeur d’eau, etc.).

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