Générations Futures ou l'art de créer de l'angoisse
écologie politique 13 | 06 | 2017

Générations Futures ou l’art de créer de l’angoisse

Décidément, Delphine Batho a du souci à se faire ! Dans un document intitulé EXPPERT 9, rendu public en février 2017, Générations Futures (GF) avait révélé la présence de 36 perturbateurs endocriniens dans les cheveux de la députée socialiste des Deux-Sèvres, à savoir 14 PCB, 9 plastifiants et 13 pesticides. Parmi ces derniers, seule l’alléthrine (un parasiticide non agricole utilisé contre les puces, les poux et les moustiques) avait toutefois été quantifiée, mais à un taux surprenant de 5 367 pg/mg.

Dans le cadre de sa dernière enquête, Générations Futures s’est intéressée au glyphosate. Et Delphine Batho s’est de nouveau prêtée au jeu, avec une trentaine d’autres « cobayes », qui ont confié leurs urines à l’association de François Veillerette. Résultat : selon les analyses effectuées par le laboratoire allemand Biocheck, l’ancienne ministre de l’Écologie présente le taux le plus élevé de glyphosate dans les échantillons, en l’occurrence 2,4 μg/l d’urine, soit largement plus que la concentration moyenne, qui est de 1,25 μg/l.

« 100% des échantillons analysés contenaient du glyphosate à une concentration supérieure à la valeur minimale de quanti cation du test », note Générations Futures. La députée, elle, déplore l’obstination de l’Europe « à ne pas reconnaître sa toxicité pour la santé humaine, sous la pression de puissants lobbies ».

Ce n’est pas la première fois que des associations antiglyphosates présentent de tels résultats. Sauf que ceux-ci sont en totale contradiction avec les résultats d’analyses effectuées par la toute dernière étude de l’InVS, publiée en décembre 2016.

Réalisée par l’unité mixte Ined-Inserm-EFS, elle concerne l’imprégnation des femmes enceintes par les polluants de l’environnement, et a été effectuée sur plus de 4100 femmes enceintes ayant accouché en France en 2011. Pour les herbicides (dont le glyphosate), les insecticides et les antiparasitaires (pesticides organophosphorés et pyréthrinoïdes), des analyses par dosage urinaire ont été effectuées sur 1077 femmes enceintes.

On est donc très loin des 30 « cobayes » de Générations Futures. Et les résultats sont autrement plus rassurants. « Moins de 1% des femmes enceintes présente un niveau quantifiable d’herbicide (atrazine et ses métabolites, glyphosate et son métabolite) », indique l’étude hautement plus représentative.

Autrement dit, 100% pour Générations Futures et moins de 1% pour l’étude de l’InVS, alors que la limite de quantification est inférieure pour les échantillons de l’InVS (0,05 μg/l contre 0,075 μg/l pour GF). Très curieux... Incapable d’apporter une réponse à ce mystère, la direction de la communication de Santé public France constate simplement « qu’il n’est pas possible de comparer les résultats des deux études » en raison de la différence de l’échantillonnage.

En réalité, tout cela importe peu. Delphine Batho peut être rassurée : même avec ce très surprenant taux de glyphosate dans ses urines, son exposition est largement inférieure à la dose journalière admissible (DJA), elle-même établie avec un facteur de sécurité de 100 par rapport aux premiers effets sur des animaux. Un petit calcul facilement reproductible permet de constater que ses 2,4 μg/l correspondent à une ingestion journalière de 32 μg de glyphosate. Or, pour une personne de 60 kg, la DJA du glyphosate est de... 18000 μg. En clair, Générations Futures communique sur une présence du glyphosate correspondant à 0,18% de la DJA. Peut-on faire plus pathétique ?

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