Haro sur les sacs plastiques !

écologie politique 31 | 05 | 2005

Haro sur les sacs plastiques !

Symboles de la société de consommation, les sacs en plastique jetables ont mauvaise presse. Pourtant, leur interdiction ne diminuerait que de 0,22% le total des déchets ménagers !

« Faut-il remballer les sacs plastiques ?  », s’interroge le magazine 60 millions de consommateurs, dans un article paru dans son numéro de janvier. C’est ce que propose le député Yves Jego, qui a déposé cet été à l’Assemblée nationale un projet de loi tendant à interdire, d’ici à 2010, l’utilisation des sacs plastiques non biodégradables dans les grandes surfaces.

Cependant, cette belle idée ne fait pas l’unanimité. Faut-il, comme le souhaiteraient certaines associations agricoles à la recherche de nouveaux marchés, les remplacer par des sacs biodégradables ? C’est que le bilan environnemental de ces derniers est très mitigé, et implique un surcoût non négligeable. Faut-il les interdire ? C’est que la baisse brutale de la consommation des sacs en plastique, fabriqués à 60% en France, mettrait en danger une partie des 1.000 salariés de la filière et, comme le note Françoise Gérardi, déléguée générale de la chambre syndicale des industries de plastique, « les sacs cabas rigides sont fabriqués en Asie.  » Faut-il imposer aux sacs jetables une sorte de TGA (Taxe générale sur les activités polluantes), à l’instar des produits phytosanitaires ? C’est que les associations de consommateurs n’apprécient pas vraiment. « Cela reviendrait à les faire payer deux fois aux clients  », explique Dorothée Quickert-Menzel, chargée de la mission Environnement à la Confédération de la consommation, du logement et du cadre de vie.

L’arbre et la forêt

En réalité, le tout est de savoir si le jeu en vaut réellement la chandelle. Les sacs en plastique représentent environ 2 kg sur les quelque 450 kg de déchets ménagers produits annuellement par personne en France. L’objectif de diminuer de 50% l’utilisation des sacs jetables réduirait donc d’1 kg par personne les déchets ménagers, soit environ... 0,22% du total ! D’un point de vue purement écologique, c’est plutôt l’arbre qui cache la forêt, surtout quand on sait par exemple que la publicité dans les boîtes aux lettres représente plus de 17 Kg par habitant et par an ! D’autant plus que la majorité des sacs en plastique gratuits ont de multiples usages. Ils servent souvent de poubelles, utilisation qui ne saurait être éliminée avec leur simple disparition. En Irlande, l’utilisation des sacs plastiques a chuté de 90% depuis la mise en place en mars 2002 d’un prélèvement de 15 centimes d’euros par sachet, mais elle a déclenché une hausse spectaculaire des achats de sacs poubelle.

Les bouteilles d’eau

En revanche, si l’on veut vraiment réduire les fameux gaz à effet de serre, l’utilisation des matières premières et la consommation d’énergie, on pourrait plutôt s’interroger sur l’utilité des bouteilles d’eau en plastique. Depuis plus de 50 ans, nous avons investi des milliards d’euros dans un formidable réseau national qui alimente chaque domicile, jusqu’à la maison la plus isolée de France, d’une eau non seulement potable mais dont l’excellente qualité a été prouvée. Or, à force de campagnes alarmistes concernant la pollution de nos rivières par les pesticides, de plus en plus de citoyens inquiets achètent l’eau au supermarché. D’après le rapport parlementaire du sénateur Gérard Miquel (mars 2003), « en France, la consommation d’eau en bouteille a été multipliée par 2 en 20 ans  », grâce aux multiples campagnes publicitaires de Volvic, Evian et autres fournisseurs, qui ne se lassent pas de communiquer sur la « pureté » et les prétendus bienfaits de leurs produits (sans nitrates, peu minéralisés, sources de calcium ou de magnésium, etc..). Alors que si l’on appliquait la réglementation de l’eau du robinet aux eaux minérales, beaucoup d’entre elles ne seraient pas conformes et donc qualifiées de non potables ! Certaines eaux en bouteille contiennent en effet jusqu’à 9 mg de fluor par litre, alors qu’au-delà d’1 mg, le fluor peut devenir toxique, entraînant nausées ou diarrhées.

Et quid du coût énergétique et environnemental que nécessitent la production et le transport de l’eau en bouteille de la source au consommateur, alors que le réseau existe déjà ? Pourquoi si peu de voix s’élèvent-elles contre l’usage - abusif et superflu - des bouteilles en plastique, alors que leur poids annuel excède largement celui des sacs jetables ? Diminuer seulement de moitié l’utilisation de l’eau en bouteille économiserait environ deux fois la consommation totale des sacs en plastique jetables ! Mais encore faudrait-il pour cela réhabiliter la qualité de l’eau de nos rivières. Un discours qui ne fait pas recette...

Comme le note avec pertinence Frank Seuret dans 60 millions de consommateurs, si les sacs plastiques sont à l’index, c’est parce qu’ils représentent « le symbole de la société du jetable  ».

Encore une fois, l’écologie a bon dos...

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