Les forces cosmiques de la biodynamie

écologie politique 23 | 09 | 2010

Les forces cosmiques de la biodynamie

Ultra-minoritaire dans le paysage de l’agriculture biologique, la biodynamie a pourtant joué un rôle considérable dans la formation de l’agriculture bio. Analyse des origines et des fondements de ce courant marginal.

Avec moins de 300 exploitations agricoles possédant aujourd’hui en France
la certification Demeter, on peut légitimement se demander s’il est utile de s’intéresser aux pratiques plutôt curieuses de l’agriculture biodynamique, représentée par le très discret Mouvement de culture biodynamique. Or, deux raisons justifient un tel intérêt : d’une part, « il est impossible d’expliquer la genèse de la méthode d’agriculture biologique sans évoquer Rudolf Steiner, qui est le père de cette méthode [biodynamique] [1] », comme le notait déjà en 1966 André Louis, l’un des fondateurs de Nature & Progrès ; d’autre part, Steiner apporte aux partisans de l’agriculture biologique un semblant de corpus « scientifico-philosophique », que ces derniers peuvent opposer aux arguments « matérialistes » de la science dite dominante. Ce corpus réintroduit la notion païenne d’une terre vivante, qui interagit avec des « forces cosmiques ». S’y conjugue l’idée d’un cycle clos du vivant, assez similaire à ce que l’agronome britannique Sir Albert Howard baptisait la loi du retour, sorte d’éternel transfert de « forces » vivantes s’opérant à travers le recyclage de la matière organique. Le rejet de la société moderne représente un autre aspect essentiel de l’enseignement de Rudolf Steiner. On le retrouve chez les pionniers de l’agriculture biologique comme Howard, Balfour, Muller, Rusch, Fukuoka, etc [2] .

En France, deux courants ont défendu l’agriculture biologique au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Ils ont été incontestablement influencés par les théories du père de l’agriculture biodynamique. Le premier est représenté par l’association Nature & Progrès, dont la revue a donné la parole à de très nombreux membres de l’anthroposophie (voir encadré). Parmi ceux-ci figure le Dr Jacques-Vivian Bas, administrateur de Nature & Progrès, anthroposophe et président de l’Association française pour le retour à une alimentation normale (AFRAN), une association ésotérique créée dès 1952. Claude Aubert, premier rédacteur de la revue de Nature & Progrès, et André Birre, l’un de ses fondateurs et animateurs pendant plus de vingt ans, ont rédigé plusieurs ouvrages qui regorgent de références à Steiner.

Le second grand courant de l’agriculture biologique en France est représenté par le duo Jean Boucher-Raoul Lemaire, fondateurs du principal syndicat d’agriculture biologique des années soixante et soixante-dix : l’Association française d’agriculture biologique. Ce courant s’est lui aussi très largement appuyé sur les thèses de la biodynamie afin d’asseoir de manière « scientifique » sa fameuse méthode « Lemaire-Boucher », qui consiste, pour l’essentiel, à remplacer la fertilisation chimique par une formulation à base d’algues.

Quelques grands principes

L’agriculture biodynamique est présentée comme une agriculture « assurant la santé du sol et des plantes pour procurer une alimentation saine aux animaux et aux Hommes [3] ». Elle « se base sur une profonde compréhension des lois du vivant, acquise par une vision qualitative/
globale de la nature »
. Plus concrètement, l’agriculture biodynamique exclut tout usage de produits chimiques, qu’elle remplace par des engrais d’origine organique, diverses infusions ou préparations à base d’absinthe, d’ortie, de fougère ou de quartz (silice), ainsi qu’accessoirement par des cendres de mulots ou de lapins. Une attention particulière est portée aux cycles lunaires et planétaires, qui sont suivis grâce au « calendrier des semis ». Détachée de ses fondements ésotériques, elle s’apparente à une forme d’agriculture qui prend en compte la « globalité » et le respect des lois de la nature. « On peut emprunter à la biodynamie de nombreuses techniques, comme l’emploi du purin d’ortie, du calendrier […], mais on n’en fait pas pour autant de la biodynamie », met toutefois en garde Xavier Florin, formateur en agriculture biodynamique [4]. Car « la greffe d’une main humaine à un singe ne le transforme pas pour autant en homme ». En effet, l’agriculture biodynamique est inséparablement liée à la vision ésotérique dont elle émane. « Ce n’est pas une agriculture biologique quelconque, plus des préparations, infusions, décoctions, macérations spéciales, plus l’emploi d’un calendrier agricole […]. C’est avant tout : Penser, Sentir, donc Agir tout autrement qu’on ne le fait à notre époque », souligne Xavier Florin. Lors de ses interventions publiques, Rudolf Steiner avait déjà noté l’importance de la « disposition intérieure » de celui qui pratique la biodynamie. « Il n’est pas mauvais que celui qui s’occupe d’agriculture puisse méditer. Par là, il se rend réceptif aux révélations de l’azote. Sa réceptivité aux révélations de l’azote ne cesse d’augmenter. Et l’on vient à pratiquer l’agriculture dans un tout autre style, dans un tout autre esprit quand on s’est rendu ainsi réceptif aux révélations de l’azote. On sait soudain toutes sortes de choses. Elles surgissent. On connaît alors toutes sortes de choses sur les secrets qui sont à la clé d’un domaine ou d’une ferme [5]. », affirmait le père de la biodynamie.

Les recettes ésotériques de Rudolf Steiner

Ces « secrets » ont été dévoilés lors d’un cycle de conférences données par le maître autrichien en juin 1924 au château du Comte Karl von Keyserlingk, propriétaire et gérant d’un cartel familial agricole situé à Koberwitz (Silésie). Une trentaine de personnes – une soixantaine, selon certaines sources – y ont assisté. Il s’agissait pour l’essentiel d’adeptes de l’anthroposophie et de propriétaires d’importants domaines agricoles. Après avoir souligné le rôle de la modernité dans l’émergence de la crise agricole – notamment celui de l’usage d’engrais chimiques artificiels et de l’abandon des pratiques « héritées de l’ancien temps » –, Steiner a concentré son enseignement sur le rôle des « forces cosmiques » dans l’agronomie. C’est pourquoi à l’expression « agriculture biodynamique », Xavier Florin préfère celle « d’agriculture cosmo-biologique ». « C’est essentiellement une Agriculture Cosmo-Biologique [qui] se repose sur le savoir de tous les processus donc de toutes les Forces de Vie autant que Forces de mort, Forces Formatrices à l’origine de la matérialisation des Formes substantielles autant que Forces Électriques, Magnétiques, Nucléaires, résultat, déchets résultant de la dématérialisation des substances créées par les forces formatrices [sic] [6] », enseigne Xavier Florin...

Le cycle de la loi du retour – développée à la même époque par Sir Albert Howard – est ainsi élargi pour prendre en compte l’ensemble des forces de l’univers. Steiner en identifie deux : la « terrestre », qui agit de l’intérieur des êtres vivants vers l’extérieur, et la « cosmique », émise par les grands corps célestes (Mars, Vénus, Jupiter, Lune, etc.). « Si vous passez à la fleur colorée, en elle vit non seulement l’énergie cosmique du soleil mais aussi le soutien que reçoivent les forces cosmiques du soleil par l’intermédiaire des planètes lointaines, Mars, Jupiter, Saturne », indique Steiner, qui poursuit : « On voit dans le rouge de la rose la force de Mars. […] La force de Jupiter […] colore les fleurs en blanc et en jaune. […] Dans une pomme, c’est effectivement Jupiter que vous mangez, dans une prune, c’est Saturne. » Selon l’ésotérisme autrichien, la ramure du cerf permet à cet animal d’entretenir « un rapport particulièrement étroit, non pas tellement avec la terre qu’avec l’environnement de la terre, avec ce qui dans cet environnement est de nature cosmique ». « D’où la présence dans la vessie du cerf – si mince soit-elle en substance – de forces qui sont en liaison non pas avec l’intérieur de l’organisme, comme par exemple chez le bovin, mais avec les forces du cosmos », explique-t-il. C’est la connaissance du rôle de ces forces intérieures qui permet de comprendre pourquoi il est préférable de faire pousser les tomates sur leur propre fumier. « La tomate ne veut absolument pas sortir d’elle même, sortir de sa forte vitalité, elle s’y refuse. Elle y est, elle y reste », explique Steiner, qui ajoute : « La tomate est l’être le plus asocial de tout le monde végétal [7] » !

Du bon usage de la corne de vache

Lors de sa conférence du 12 juin 1924, Steiner a enseigné comment préparer le meilleur fumier : « Ayant enfoui la corne de vache remplie de fumier, nous conservons dans celle-ci les forces que la corne de vache avait l’habitude d’exercer à l’intérieur même de la vache, à savoir réfléchir l’éthérique et l’astral ». « [La corne étant] entourée de terre, tous les rayons qui vont dans le sens de l’éthérisation et de l’astralisation convergent et pénètrent dans la cavité qu’elle constitue », a-t-il ajouté. Question d’un agriculteur : « D’où peut-on faire venir les cornes de vache ? Faut-il les prendre en Europe de l’Est ou en Europe du Centre ? ». Réponse du maître : «  Il n’est pas de meilleure solution que de prendre les cornes dans la région où l’on se trouve. Il existe une affinité extrêmement puissante entre les forces présentes dansles cornes de vache d’une contrée et les autres forces propres à cette contrée, tandis que les forces des cornes provenant de bêtes étrangères au pays peuvent entrer en conflit avec les forces attachées à la terre de ce pays [8]. »

Curieuse leçon d’agronomie ! Pourtant, ces enseignements sont à l’origine de la première des neuf principales préparations biodynamiques. Baptisée « bouse de corne » ou Préparation 500, celle-ci « occupe une place primordiale », comme le souligne le site officiel du mouvement biodynamique. La deuxième préparation, à base de silice, porte le nom de « silice de corne » ou Préparation 501. « Non seulement elle renforce la lumière solaire, mais elle permet une meilleure relation avec la périphérie cosmique, avec le cosmos tout entier », précise le site. Dans son ouvrage L’Agriculture biologique, Claude Aubert décrit en détail ces préparations. « De nombreuses expériences ont démontré [leur] efficacité », ajoute l’agronome, qui affirme même que « des travaux effectués aux USA ont montré que la dynamisation du compost par les préparations accélère la destruction des résidus de DDT qui s’y trouvent ».

Partiellement reconverti en culture biodynamique, le domaine viticole Schlumberger, situé en Alsace, applique depuis 2006 ces curieuses méthodes sur 30 hectares de ses vignes. La bouse de corne y est pulvérisée entre « 16 heures et 21 heures ». « L’idée soutenue est que la lumière baissant, la bouse de vache a tendance à tirer les racines vers le bas », explique le domaine. En revanche, la silice de corne s’applique « entre 5 heures et 9 heures du matin », car « la lumière augmentant, elle a tendance à tirer la végétation vers le haut [9] ». Cette explication à la limite du rationnel trouve son origine dans l’enseignement de Steiner. Ce dernier indique en effet que « la terre aspire de 2 heures de l’après-midi à minuit puis, après une rétention de trois heures, elle exhale son souffle de 3 heures du matin à midi ; cette expiration est suivie d’une nouvelle période de rétention. » C’est pourquoi « la période considérée comme la plus propice pour l’introduction de préparations dans le compost est l’après-midi, au-delà de trois heures. Les heures voisines de midi ne sont pas appropriées aux pulvérisations [10]. »...

Hygiène corporelle et hygiène mentale

On ne peut passer sous silence le lien étroit qu’établit Steiner non pas entre santé des plantes et santé des hommes, mais plus largement entre forces cosmiques et santé mentale. « Comment se fait-il que, malgré vos directives nombreuses et précises, l’impulsion spirituelle et particulièrement la formation intérieure de l’individu aient eu si peu d’effet ? », lui demandait son disciple Ehrenfried Pfeiffer. « Sa réponse fut mémorable et surprenante : “Ceci est un problème de nutrition. Telle qu’elle est actuellement [c’est-à-dire en 1924], la nourriture ne donne plus à l’être humain la force de manifester l’esprit dans le physique. […] Les plantes alimentaires ne contiennent plus les forces qu’elles devraient donner aux gens », relate Pfeiffer [11]. « Si on veut préserver la santé de la nature et de l’humanité d’une détérioration indescriptible », l’anthroposophie doit être mise en pratique le plus rapidement possible, explique Steiner, qui s’inscrit ainsi dans la lignée des prophètes annonçant les impératifs nécessaires à la survie de l’humanité. « Nous sommes […] à la veille d’une importante transformation au sein de la nature. […] L’humanité n’a que cette alternative : acquérir dans les domaines les plus divers des connaissances nouvelles qu’elle empruntera au contexte de la nature tout entier, au contexte du cosmos, ou bien laisser dépérir, dégénérer la nature et la vie humaine tout ensemble », avertit-il. Dans ce contexte, le rôle de l’agriculteur devient comparable à celui d’un prêtre, souligne John Soper, auteur de Pour comprendre le cours aux agriculteurs de Rudolf Steiner. Dans cet ouvrage, l’auteur souligne le rôle qu’exerce dans l’agriculture la “Force du Christ Cosmique“, dégagée depuis la venue du Christ et qui permet à l’homme de « devenir un membre des hiérarchies spirituelles ». Cette « Force » circule dans les fermes, comme une sorte « d’individualité vivante ». « N’étant pas utilisée par les animaux, elle est rejetée dans leur fumier puis absorbée par les plantes, imprégnant les aliments qui en proviennent. C’est là le plus important des cycles que l’agriculteur doit favoriser et stimuler en toutes circonstances par ses pratiques. C’est là la Force indispensable pour donner à la nourriture le pouvoir de renforcer la volonté de l’homme ». Avec la Préparation 500, le cultivateur réintroduit cette « Force christique ». « Sous cet éclairage, la pulvérisation de la 500 devient plus qu’une pratique agricole bienfaisante ; il s’agit d’une sorte d’acte sacramental, et l’agriculteur devient un prêtre [12] », conclut John Soper.

Le cas Desbrosses

En France, les pionniers de l’écologie des années cinquante, comme Raoul Lemaire, Jean Boucher, Claude Aubert ou André Birre, ont intégré la partie technique de la biodynamie dans leur argumentaire, sans pour autant retenir l’ésotérisme steinerien. Ce n’est peut-être pas le cas de Philippe Desbrosses, qui justifie la nécessité de l’agriculture biologique en invoquant des raisons quasi-religieuses. Comme il le relate lui-même, c’est par la spiritualité qu’il a croisé le chemin de l’agriculture biologique. « Ce qui m’a ramené à l’agriculture biologique, c’est la lecture d’un livre un peu décrié mais qui, moi, m’a fait passer une étape au-dessus : c’était Le Matin des magiciens, de Pauwels et Bergier, en 1968. J’ai fait ma petite crise mystique à cette époque et j’ai découvert l’alchimie. De l’alchimie au retour à la terre – l’alchimie de la terre, l’or noir des étables –, l’importance de cette richesse qui est pourtant une matière nauséabonde m’est apparue de manière flagrante, et c’est comme ça que j’ai quitté le costume à paillettes pour revenir avec les bottes dans le fumier en août 1973 »,a-t-il confié lors du Forum Écologie et Spiritualité, organisé par le WWF en octobre 2004. « Tout mon parcours est émaillé de cette recherche mystique et spirituelle, que je n’ai jamais dévoilée parce que c’est plutôt contre-productif si vous défendez des idées très sérieuses, très rationnelles, et qu’en même temps vous y mêlez une quête spirituelle ; vous êtes vite catalogué comme dépendant d’une secte ou animateur d’une secte », reconnaît-il.

Philippe Desbrosses récuse pêle-mêle « les égarements rationalistes, matérialistes, les utopies marxistes, les décadences des religions et les erreurs capitalistes ». Il estime que « l’humanité a besoin de nouvelles voies, de nouvelles croyances, de nouvelles cathédrales ». « C’est peut-être l’émergence d’une nouvelle foi écologique dans une vision globale de l’univers, d’une nouvelle approche scientifique, d’un nouveau contrat entre les hommes et leur environnement [13] », écrit-il, assimilant clairement par là l’écologie à une religion. Le fonctionnement de l’univers tel que le décrit le père de l’anthroposophie répond à la recherche spirituelle de Desbrosses. « Chaque intervention de l’agriculteur ou du jardinier est renforcée positivement ou négativement selon l’heure et les configurations planétaires. En d’autres termes, la plante reçoit les forces ou les faiblesses des “musiques célestes” du moment [14] », note Philippe Desbrosses. Tout comme Steiner, il dénonce « la science moderne, dans sa volonté obsessionnelle et démesurée d’être objective [15] ». « La pensée moderne doit très vite s’affranchir de cette tendance pour que l’humanité redécouvre enfin sa véritable dimension spirituelle », affirme-t-il. « Le mérite de Rudolf Steiner, c’est d’avoir décrit dès le début du siècle tous les risques, et d’avoir indiqué des pistes pour y échapper », écrit-il. Comme Steiner, le président d’Intelligence verte trouve dans l’ésotérisme une alternative. Sa description du rôle de l’ortie en est une illustration frappante : « Selon ces concepts “occultes”, l’ortie est une plante martienne. Or, quels sont les attributs de Mars dans son principe actif, évoqués par toutes les traditions alchimiques ou astrologiques ? L’ardeur belliqueuse, le sang, le fer, la couleur rouge... Nous retrouvons dans l’ortie cette agressivité qui rougit notre peau en la piquant et active la circulation du sang. Par ailleurs, l’analyse chimique de la plante révèle sa teneur élevée en fer. Dans sa forme même, l’ortie exprime l’influence des forces attribuées à Mars. Ses feuilles pointues, coupées à angles vifs, sa génération “spontanée” pourrait on dire, à proximité des tas de ferraille, montrent ses affinités avec ce métal [16]. »

Évaluer les Forces cosmiques

Quels effets réels ont ces préparations ésotériques ? Dans la mesure où aucune expérience scientifique comparative n’a été réalisée à ce jour, hormis celles, nécessairement partiales, des adeptes de l’anthroposophie, il est difficile de répondre. Beaucoup d’agriculteurs, pas forcément au fait des fondements de l’anthroposophie mais qui pratiquent les méthodes biodynamiques, prétendent constater qu’elles fonctionnent sur le terrain. Si tel est le cas, on peut alors s’inquiéter de voir qu’aucune de ces formulations n’a fait l’objet d’évaluations de sa toxicité pour la santé humaine. Peut-on justifier l’usage de ces « recettes » au seul motif qu’elles sont utilisées depuis des années par des jardiniers et des agriculteurs ? De très nombreux produits d’origine naturelle, comme l’arsenic, la nicotine, la roténone ou le cuivre, se sont d’ailleurs avérés être de redoutables poisons pour la santé humaine ou pour le sol !

En outre, si les forces cosmiques de Steiner ont une telle influence sur le vivant, pourquoi n’en auraient-elles pas sur la santé humaine ? Rudolf Steiner en est d’ailleurs lui-même convaincu. En effet, il déconseille la consommation de tomates aux personnes atteintes de cancer. « Dans certaines conditions, la consommation de tomates à titre de régime a un effet bénéfique sur les personnes qui ont une tendance à une maladie de foie, parce que le foie est celui de nos organes qui a le fonctionnement le plus autonome dans l’organisme », explique-t-il. En revanche, « il faudrait immédiatement interdire de consommer des tomates à une personne qui souffre d’un cancer, puisqu’un cancer crée a priori dans l’organisme humain […] une zone d’autonomie », avertit Steiner, qui porte également un regard sévère sur la pomme de terre : « La pomme de terre a aussi des tendances semblables [à celles de la tomate]. Elle a aussi un comportement indépendant, indépendant au point de traverser de préférence tout le processus de la digestion sans aucun mal, de pénétrer dans le cerveau et de le rendre indépendant, indépendant même de l’action des autres organes humains. » « Et si les hommes et les animaux sont devenus matérialistes depuis l’introduction de la pomme de terre en Europe, c’est entre autres parce qu’ils consomment trop de pommes de terre, précisément [17] », en conclut-il.

Cette théorie – certes caricaturale – d’un lien organique entre nourriture et comportement humain renvoie à une mythologie très présente dans les sociétés primitives, qui affirme que l’on devient ce que l’on mange. Outre les éléments chimiques que contiennent les produits alimentaires, la nourriture apporterait autre chose. Ce qui permet à Claude Aubert, auteur de nombreux ouvrages sur l’alimentation, d’écrire que « si la science moderne nous enseigne que nous nous nourrissons des composés chimiques que contiennent les aliments, rien ne prouve que la “force vitale” des plantes et des animaux ne participe pas également, d’une manière ou d’une autre, à notre nourriture ». Bien entendu, cette « force vitale » échappe à l’analyse chimique...

[1Cité dans L’agriculture biologique en France, écologie ou mythologie ?, ouvrage collectif réalisé sous la direction de P. Cadiou, Presses universitaires de Grenoble, 1975.

[2Voir à ce sujet l’excellente thèse d’Yvan Besson, Histoire de l’agriculture biologique : une introduction aux fondateurs, Sir Albert Howard, Rudolf Steiner, le couple Müller et Hans Peter Rusch, Masanobu Fukuoka, juin 2007.

[4Discours de Xavier Florin lors du Xe Congrès international de Nature & Progrès, publié dans Nature & Progrès, janvier 1975.

[5Agriculture, fondements spirituels de la méthode bio-dynamique. Rudolf Steiner

[6Discours de Xavier Florin lors du Xe Congrès international de Nature & Progrès, publié dans Nature & Progrès, janvier 1975.

[7Agriculture, fondements spirituels de la méthode bio dynamique. Rudolf Steiner

[8Ibidem

[9www.domaines-schlumberger.fr/culture biodynamique-domaines-schlumberger.html

[10Ibidem

[11Agriculture, fondements spirituels de la méthode bio-dynamique. Rudolf Steiner.

[12Pour comprendre le cours aux agriculteurs de Rudolf Steiner, John Soper, Éd. Le courrier du livre, 1980.

[13L’Intelligence verte, l’agriculture de demain, Philippe Desbrosses, Éd. du Rocher,1997.

[14Agriculture biologique, préservons notre futur, Philippe Desbrosses, Éd. du Rocher,1998.

[15Nous redeviendrons paysans, Philippe Desbrosses, Éd. du Rocher, 1999.

[16Ibidem.

[17Ibidem.

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