Ce que Nicolas Hulot ne vous dira pas sur sa fondation #1

écologie politique 19 | 11 | 2010

Ce que Nicolas Hulot ne vous dira pas sur sa fondation #1

Fondation Nicolas Hulot : ce qu’il ne vous dira pas #2

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Bien que financée par les plus grosses industries françaises, la Fondation Nicolas Hulot bénéficie depuis peu des conseils de Jean-Paul Besset, un adepte d’Ivan Illich et de la Décroissance. Au programme, « sevrer l’appétit de richesse » et « renoncer au paradigme de l’opulence infinie ».

S’intéresser à Jean-Paul Besset serait inutile si ce dernier n’avait été choisi par Nicolas Hulot pour être son porte-parole, notamment dans le cadre du Grenelle de l’environnement. Car l’animateur-vedette de TF1 « est un peu le père spirituel de ces états-généraux », comme le note l’AFP. L’absence remarquée du Monsieur nature du groupe Bouygues dans les six groupes de travail du Grenelle ne veut pas dire qu’il ait pris de la distance avec son « bébé ». Bien au contraire, il a simplement « voulu laisser le temps aux différents collèges et aux associations de lancer le débat », explique Jean-Paul Besset, qui officie déjà afin que « les ONG écolos ne se bouffent pas le nez au moment des négociations ». Nicolas Hulot, lui, n’interviendra pas avant la fin. Une division du travail parfaitement réfléchie, qui consiste d’une part à laisser les associations les plus extrémistes - comme La Décroissance, Casseurs de pub, le réseau Sortir du nucléaire, Alter Ekolo et la faction radicale de la Confédération Paysanne - organiser un Contre-Grenelle, et d’autre part à laisser la parole aux associations qui acceptent de siéger dans les groupes de travail du Grenelle de l’environnement en dépit de leurs revendications plutôt radicales - comme Greenpeace, le WWF ou les Amis de la Terre. Le très consensuel Nicolas Hulot, qui aux yeux de l’opinion publique fait figure de personnage modéré, ne formulera qu’à la fin ses recommandations, fort du soutien que représentent les 700.000 signatures apposées au bas de son pacte. Rien dans ses propos ne permet d’entrevoir un extrémisme quelconque, voire une affinité avec les organisateurs du Contre-Grenelle, qui ont par ailleurs lancé leur Pacte contre Hulot.

Un vieux routier de la politique

Pourtant, si Nicolas Hulot a été séduit par Jean-Paul Besset - au point d’en faire son conseiller spécial à l’occasion de sa fausse candidature à l’élection présidentielle -, c’est bien (en dehors de son copieux carnet d’adresses) en raison de la radicalité de son discours, proche de celui de José Bové. Tout comme l’ancien leader syndical, Besset est en effet un vieux routier de la politique. Dans les années soixante-dix, il a commencé sa carrière avec quelques copains comme journaliste à la rédaction de Rouge, la publication des Jeunesses communistes révolutionnaires (l’ancêtre de la LCR). C’était l’époque de la révolution « avec un grand R, qui fait un peu prétentieux », se remémore-t-il avec une pointe de nostalgie dans son livre Comment ne plus être progressiste... sans devenir réactionnaire [1] « Quand des hommes et des femmes crevaient la bouche ouverte, de misère ou d’oppression dans tous les trous du cul du monde, quand les peuples se faisaient massacrer dans les rizières, les pampas, les savanes, et que des mecs serraient les poings pour se défendre, vous auriez fait quoi, vous, si vous aviez été à notre place ? », s’interroge Jean-Paul Besset, qui préfère aujourd’hui laisser ce combat à d’autres. Après un passage de plus de dix ans à la LCR, il quitte la « Révolution » pour faire carrière au Matin de Paris, où il rejoint un autre camarade de cellule et membre du bureau politique du parti,
Denis Pingaud

Quelques années plus tard, en 1984, les deux hommes « se recyclent » au cabinet de Laurent Fabius, devenu le plus jeune premier ministre socialiste de France. La révolution avec un grand R est bien loin ! Denis est nommé chargé de mission, et Jean-Paul, chargé de communication à Matignon ; des postes difficiles à refuser, y compris pour des ex-trotskistes ! Mais toute bonne chose ayant une fin, Besset entre par la suite à Libération. Il en quitte la rédaction en 1988 pour créer une revue davantage engagée, Politis, dont il est rédacteur en chef pendant quatre ans. En 1995, commence une nouvelle aventure lorsqu’il rejoint la rédaction du Monde et retrouve un autre ami de la LCR, Edwy Plenel. « Eduqués au même moule de pensée et d’action, développant les mêmes réflexes, ses anciens [de la LCR] se “trouvent” spontanément », analysent Pierre Péan et Philippe Cohen [2]. Fin 2004, Jean-Paul Besset quitte Le Monde, « par désaccord avec la ligne éditoriale ». Il se retire dans l’Aubrac, où il découvre « un sentiment de perte irréparable, de mutilation sans retour ». « Je venais de m’asseoir sous un arbre, quelque part à la campagne, je respirais mieux. Tout au fond, ça allait mieux. Je regardais les nuages, les montagnes, les vaches, les rivières, j’écoutais le vent, la chaleur, la pluie, les insectes. J’aimais gratter la terre. Et je me disais : voilà mes vraies richesses ! » C’est alors qu’il décide d’écrire son livre. Ce qui le conduit à rencontrer Nicolas Hulot, « le vagabond planétaire » (aux 30.000 euros de salaire mensuel). « Les deux hommes décident de faire un bout de chemin ensemble », relate la journaliste Laure Noualhat dans Libération. Subjugué par les connaissances de son nouvel ami, Nicolas Hulot lui confie la coordination de son pacte écologique et l’organisation de sa campagne présidentielle imaginaire.

Les copains d’abord

Cette rencontre permet aussi à Jean-Paul Besset de retrouver quelques vieux copains de jeunesse. Parmi ceux-ci, une certaine Sophie Bouchet-Petersen, qui s’investit pour imposer une autre candidature, celle de Ségolène Royal, « seule chance pour la gauche de battre Sarko ». Tout comme Jean-Paul, Sophie a été membre de la LCR et a travaillé à Rouge (comme claviste). C’est là qu’elle a rencontré son futur mari, le maquettiste du journal Dominique Bouchet. A l’époque, le couple s’installe dans une maison de Vincennes, qu’ils partagent avec l’ami de Jean-Paul Besset, Denis Pingaud, et sa compagne. Plus tard, en 1983, Sophie Bouchet-Petersen rejoint elle aussi l’armée des conseillers ex-trotskistes de François Mitterrand. Quelques années plus tard, elle se retrouve au cabinet de Ségolène Royal, qui en fait l’une de ses principales conseillères lors de la campagne présidentielle de 2007.

Grâce à Denis Pingaud, un troisième prétendant à l’élection présidentielle est lancé dans l’arène : José Bové. L’ami de Sophie et Jean-Pierre prend en effet en charge la communication et la stratégie de campagne de l’ex-leader syndical. Car depuis son passage chez Fabius, Denis Pingaud est devenu un homme de communication. Et pas n’importe où ! Après avoir lancé sa propre agence, baptisée Staff, il est devenu directeur de la stratégie du prestigieux cabinet de communication Euro-RSCG C&O. Comme l’écrit dans son blog le journaliste à iTélé Laurent Bazin, « Denis Pingaud était un des rares présents autour de José Bové, lorsque nous avions reçu le 30 octobre 2006 l’Astérix des Causses au “Franc-Parler”. Et je parierais ma chemise qu’il n’est pas pour rien dans la pétition de contournement lancée sur le Net pour justifier cette candidature “paysanne”. » Bové et Pingaud se connaissent en effet depuis 1999. Séduit par le militant altermondialiste, Pingaud le suit lors de son déplacement au Forum social de Porto Alegre en 2001. Pendant ce temps, Besset se charge de rédiger plusieurs articles dans Le Monde afin de faire éclore le « mythe Bové ». En 2002, Denis Pingaud rédige une biographie de son ami, intitulée La longue marche de José Bové (Seuil).Trois ans plus tard, lors de la campagne pour le non au référendum sur le traité constitutionnel européen, il favorise la rencontre entre Bové et Fabius, dont il est resté très proche. Comme le note le journaliste David Revault d’Allonnes dans Libération du 18 octobre 2006, « Pingaud soigne le profil de José Bové. Il présente aussi la particularité d’officier chez Euro-RSCG, une sorte de pieuvre de la communication politique qui s’efforce de placer ses billes dans la plupart des écuries pour récupérer la mise finale. » Mais le cabinet de communication de Pingaud ne conseille pas que le chantre de la décroissance : Alstom, Areva, Carrefour, Lagardère, EDF, Danone, bénéficient également des services d’Euro-RSCG. Tout comme derrière la Fondation Nicolas Hulot se profile l’argent de TF1, L’Oréal et EDF. Comme quoi écologie et big business peuvent eux aussi faire bon ménage...

Le changement de logiciel de Besset

Devant ses sponsors, Nicolas Hulot tient un discours très modéré. Au terme de décroissance, il préfère celui de « décroissance sélective, avec un découplage dans la production - c’est-à-dire une réduction des flux de certaines matières et des ressources énergétiques ».Pourtant, la proximité de son nouveau mentor intellectuel lui fait opérer « un petit virage dans sa pensée politique », comme le décrit Laure Noualhat. Car si Jean-Paul Besset a abandonné les amis de Trotsky, il n’a pas pour autant changé d’adversaires - le capitalisme, « les lobbies industriels » et « la cléricature scientifique » -, ni de méthodes, celles qui consistent à décrire les évènements selon une vérité bien approximative, comme en témoigne son article sur l’affaire Baudis-Alègre (voir encadré en bas de page). Son ralliement à l’armée des écologistes est avant tout stratégique. Il estime en effet que « les grandes organisations écologistes -
Greenpeace, Friends of the Earth, WWF - occupent, dans la contestation de l’ordre du monde, la place qui était hier celle de l’Internationale ouvrière »
. S’il néglige la lecture de Lev Davidovitch Bronstein, de Daniel Bensaïd, d’Ernest Mandel et d’autres théoriciens de la IVe Internationale, c’est pour mieux s’initier à ces « quelques pionniers qu’il faut bien qualifier de prophètes - Ivan Illich, Hans Jonas, René Dubos, Rachel Carson, Jacques Ellul, René Dumont, Barry Commoner, Nicolas Georgescu-Roegen, François Partant ». Précisément ceux qui ont formé la structure idéologique de José Bové ! Avant de signer un chèque en blanc à Nicolas Hulot, Nicolas Sarkozy ferait donc bien d’y réfléchir à deux fois ! Car que partagent l’hôte de l’Elysée, qui veut à tout prix 3% de croissance pour son pays, et l’ex-journaliste de Rouge, qui écrivait en 2005 : « Les “godillots” du principe de négation nous rabâchent qu’il faut continuer à accélérer notre consommation pour soutenir la croissance et diffuser le bien-être. Alors que, justement, c’est la croissance qui est le problème » ?

JEAN-PAUL BESSET ET L’AFFAIRE ALÈGRE
Dans son livre Le Cauchemar médiatique, le journaliste Daniel Schneidermann explique comment Le Monde, et plus particulièrement Jean-Paul Besset, ont traité l’affaire Alègre avec la plus grande désinvolture, allant même jusqu’à publier de sordides fausses informations. Dans un article intitulé « Affaire Alègre : les enquêteurs reconstituent l’histoire de “la maison du lac de Noé” », paru le 17 juin 2003 et co-signé par Jean-Paul Besset, Le Monde apprenait en effet à ses lecteurs que « derrière les tentures qu’ils ont arrachées, les gendarmes ont découvert dans les murs plusieurs fixations d’anneaux qui avaient été meulés. Ces anneaux étaient situés bas, à une cinquantaine de centimètres du sol, à hauteur d’enfant ou d’une personne devant se tenir accroupie ou à quatre pattes. » Cette information participait ainsi à alimenter la machine médiatique infernale sur le prétendu volet pédophile de l’affaire dans laquelle Dominique Baudis était injustement mis en cause. Le lendemain, le procureur de Toulouse Michel Bréard avait formellement démenti « les prétendues constatations contenues dans cet article » et regretté « le manque manifeste de recoupements ayant précédé une telle annonce ». Or, comme le souligne Daniel Schneidermann, ni la rédaction du quotidien, ni Jean-Paul Besset, n’ont daigné formuler leur mea culpa, « laissant ainsi les lecteurs se débrouiller avec le paquet cadeau des révélations cauchemardesques et de leur démenti »

Fondation Nicolas Hulot : ce qu’il ne vous dira pas #2

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[1Comment ne plus être progressiste... sans devenir réactionnaire, Jean-Paul Besset, Fayard, 2005..

[2Dans La Face cachée du Monde, paru aux éditions des Mille et une nuits en 2003.

Nicolas Hulot