Pourquoi les vacances de M. Hulot s'imposent

écologie politique 30 | 08 | 2017

Pourquoi les vacances de M. Hulot s’imposent

Au vu de sa proximité assumée avec les ONG, héritières de la pensée décroissante du Club de Rome, et de sa dépendance financière des grandes entreprises du CAC-40, Nicolas Hulot est-il vraiment à sa place dans le gouvernement d’Edouard Philippe ?

Présentée comme un coup de maître du Président Emmanuel Macron, la nomination de Nicolas Hulot en tant que ministre de la Transition écologique et solidaire pourrait virer au cauchemar. Il a pourtant tout pour plaire : en tête du baromètre de popularité des personnalités politiques, détenteur d’une image d’homme indépendant et affranchi des clivages partisans, Nicolas Hulot incarne parfaitement ce renouveau auquel aspire désormais une majorité de Français. Sauf qu’il s’agit à double titre d’une erreur de casting, qui pourrait entraver fortement le bon déroulement des activités du gouvernement d’Edouard Philippe.

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Partenaires mécènes et ONG de Nicolas Hulot

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Le retour de la société postindustrielle

Sur le fond d’abord. Le numéro deux dans l’ordre protocolaire des ministres a transmis à Edouard Philippe la feuille de route détaillant son « projet de société ». Nicolas Hulot « n’entend pas simplement s’occuper du sort des abeilles, de la finance verte ou de la biodiversité ; il compte faire de l’écologie une orientation globale pour l’ensemble du gouvernement », note Yves de Kerdrel dans une chronique du Figaro. D’après l’éditorialiste, « avec Nicolas Hulot et ses jactances, c’est le retour d’une écologie idéologique qui prétend vouloir changer le monde malgré les hommes et les femmes qui le font tourner (...) C’est enfin un chèque en blanc signé à toutes les ONG, même les plus obscures, largement financées par des capitaux étrangers, notamment l’obscur George Soros, et qui font déjà la pluie et le beau temps à Bruxelles ».

Yves de Kerdrel résume ainsi la menace que fait peser Nicolas Hulot sur la France, avec son projet censé nous mener à la « sobriété heureuse » qu’il appelle de ses vœux : « C’est s’attendre à voir fleurir de nouvelles “taxes sodas” ou “taxe Nutella”, alors que notre pays compte déjà plus de 365 impôts, dont 100 ont vu le jour sous le mandat de François Hollande. C’est surtout voir les héritiers du Club de Rome mettre en place tout un système qui milite en faveur de la décroissance. Comme cela a déjà commencé avec moins de travail, moins d’usines, et moins de crédits bancaires en faveur de l’investissement productif. »

Le projet de société de Nicolas Hulot s’inscrit en effet parfaitement dans le sillage de celui du Club de Rome, ce groupe d’industriels, d’économistes et de scientifiques qui prônait dès le début des années 1970 de mettre un terme à la croissance économique au motif que les ressources naturelles étaient limitées. On retrouve ce thème dans un discours récent de l’ex-animateur de TF1, prononcé à l’occasion de l’ouverture des troisièmes Assises de l’économie circulaire.

« Longtemps nous avons cru que l’abondance était la norme. On découvre que la norme c’est la rareté  », a-t-il déclaré. Brandissant la menace de la pénurie, il reste convaincu que « l’humanité devrait passer d’une économie de cow-boys à une économie de cosmonautes », conscients de la limite des ressources. Il s’agit ainsi pour le ministre de la Transition écologique d’orienter l’économie exclusivement vers les secteurs certes innovateurs mais faiblement consommateurs de matières premières. C’est le retour du dogme de la société postindustrielle, à la mode dans les années 1980.

Or, dans un remarquable ouvrage intitulé La France sans ses usines (Editions Fayard), paru en 2011, Marie-Paule Virard et Patrick Artus nous mettaient déjà en garde contre un tel projet : « Dans les années 1980, on nous a expliqué que l’avenir appartenait aux services dans le giron d’une société postindustrielle débarrassée des contingences du “secondaire”. Dans les années 1990, la mode fut à la “nouvelle économie” avec Internet et la finance comme principaux leviers de croissances. Au tournant des années 2000, quelques beaux esprits imaginèrent l’entreprise sans usine : les cerveaux en Europe, les jambes en Chine. On sait aujourd’hui ce qu’il en est advenu », écrivent les auteurs qui ne croient pas à l’émergence de cette France sans usine, censée offrir « ses hôtels de charme et de passe » à une « horde de touristes russes, indiens et chinois » venant se balader dans les belles campagnes du Limousin et de l’Auvergne. L’arrivée de Nicolas Hulot signe pourtant le retour de « ces erreurs de politique économique et choix hasardeux » à l’origine de la dramatique désertification industrielle régionale, de la baisse du niveau des emplois et des salaires, du déficit extérieur et d’une dette en croissance exponentielle.

Bien entendu, il ne s’agit pas de balayer d’un revers de main l’immense potentiel que représentent les secteurs innovants du recyclage et de l’usage plus performant de l’énergie. Ni de faire l’impasse sur les incubateurs de startups, à l’instar de la Station F inaugurée à Paris le 29 juin dernier. C’est là que se dessine le futur de l’agriculture française, bien davantage qu’au sein des comités de réflexion de la Fondation Hulot, débordant d’imagination au point de fantasmer sur un monde à la fois décarbonisé et privé de l’apport de l’énergie nucléaire. Sans un savant mélange entre l’innovation et son application dans le secteur dit « primaire », encourageant le maintien sur le territoire français d’une industrie transformatrice et d’une agriculture compétitive et productive, la France ne retrouvera ni le plein emploi, ni la croissance. Une croissance que Nicolas Hulot et ses amis de l’écologie politique combattent au prétexte qu’elle détruit la planète.

Deux casquettes peu compatibles

La nomination de Nicolas Hulot pose également un réel problème de forme. L’animateur populaire de TV porte en effet deux casquettes peu compatibles : d’une part, une dépendance incontestable vis-à-vis de diverses multinationales, de l’autre une proximité assumée avec des ONG écologistes, certaines assez radicales dans leur approche. Ces embarrassantes accointances placent le ministre dans une situation difficilement tenable sur le long terme. « D’après Le Canard Enchaîné de ce mercredi, le ministre de la Transition écologique, au parcours bien rempli, pourrait en effet se retrouver en situation de conflit d’intérêts à de multiples reprises », constate la revue Capital dans son édition du 5 juillet dernier.

La voix écolo du CAC-40

Lancée par Le Canard dans un article intitulé « Le développement durable des profits de Nicolas Hulot », la polémique se concentre sur le côté « business » du président de la fondation éponyme avec ses riches mécènes issus du monde des entreprises, et sur sa très lucrative société commerciale Eole Conseil créée dès 1990. « Jusqu’en 2012, EDF a versé 460000 euros par an à la fondation créée (et présidée) par Hulot. Depuis, l’électricien a réduit la voilure, mais il allonge encore 100000 euros par an, confirme EDF au Palmipède. “Un soutien déterminant”, saluait Hulot, le 19 mai 2016, en serrant chaleureusement la pogne de Jean-Bernard Lévy, le patron d’EDF, devant les photographes », note Le Canard. Il aurait pu ajouter qu’EDF, qui fut longtemps « partenaire-fondateur » de la FNH, ne se contente pas de mettre la main à la poche. En 2016, l’électricien a mis à disposition un salarié à temps partiel afin de rédiger « un rapport sur le rôle et la place de la publicité dans la transition écologique » , peut-on lire dans le dernier Rapport financier de la FNH.

D’autres sociétés ont également accordé quelques faveurs à sa fondation. Notamment Veolia, le groupe Vinci, L’Oréal, Bouygues Télécom mais aussi Carrefour, Avril, Triballat Noyal, Lesieur, La Poste, ou encore RTE. Le Canard précise : « De 2012 à 2017, Veolia a casqué 200000 euros par an à la Fondation, et ce généreux mécène siège même à son conseil d’administration ! Autre sponsor garanti vert, Vinci (...) a financé la Fondation, en 2014 et en 2015, à hauteur de 30000 euros. Et TF1, Bouygues Télécom, la SNCF ou encore L’Oréal versent chacun une obole comprise entre 30000 et 250000 euros par an. » Rien d’illégal ni de mystérieux, bien entendu.

Il en va de même pour la plus discrète société Eole Conseil, détenue à 99,9% par l’ex-animateur de TF1. Officiellement, Eole Conseil serait « juste une structure juridique pour réceptionner [ses] droits d’auteurs ». Or, comme l’a constaté la journaliste Bérengère Bonte, « la part des droits d’auteurs dans le total est minime. La plus grosse partie du chiffre d’affaires vient des produits dérivés Ushuaïa ». Ce qui explique l’ampleur impressionnante du pactole, permettant une « sobriété » certaine à son unique actionnaire. « A partir des années 2000, selon une dizaine de comptes annuels consultés par “Le Canard”, Eole Conseil a dégagé entre 480000 et 715000 euros de chiffre d’affaires par an. Une vraie machine à cash pour l’écolo de Saint-Lunaire (...) Au fil des années, la société a ainsi accumulé quelque 3 millions d’euros de fonds propres. Ce trésor de guerre n’appartient qu’à Hulot et s’ajoute à ses émoluments annuels : 290000 euros de salaires en 2013, complétés par 66000 euros de dividendes, soit 356000 euros de revenus au total, selon les comptes déposés par Hulot cette année-là », note Le Canard Enchaîné.

A l’occasion des primaires écologistes de 2011, Nicolas Hulot avait vainement tenté de se justifier face à ses potentiels électeurs, adeptes d’une société décroissante, expliquant que la marque Ushuaïa appartient à TF1. « (...) la chaîne qui a exploité cette marque a cru bon de me verser un certain nombre de redevances – je n’allais pas les refuser –, que j’ai mises dans une petite société au cas où je veuille faire des documentaires ou des longs-métrages de mon côté. Mais j’avais dit qu’à partir du moment où je serais candidat, ces royalties serviront intégralement à des ONG. Notamment à racheter des terres aux indiens Kogis et Arouacos en Colombie. Et elles seront aussi affectées à une ONG tchadienne. Au moins on saura à quoi sert cet argent, je préfère qu’il aille là qu’ailleurs. » La belle mélodie du malheureux candidat semble toutefois s’effacer face à la réalité, car depuis les 27 ans d’existence d’Eole, difficile de savoir vraiment à quoi cet argent a pu servir. Or, il ne semble pas que sa société ait financé beaucoup de documentaires ou d’ONG du Sud...

Fait d’autant plus troublant que depuis 2013, Nicolas Hulot a choisi l’opacité plutôt que la transparence. « Depuis, le guide vert fait preuve d’une obscure transparence : les comptes des années 2014 et 2015 ont été déposés sous le régime de la confidentialité et, ceux de 2016 ne sont pas encore connus », constate Le Canard qui poursuit : « Plutôt gênant, en pleine loi sur la moralisation. » Peut-on en effet croire un instant à l’indépendance de Nicolas Hulot au regard des sommes considérables qui lui ont déjà été versées par ces grandes entreprises ? Comment écartera-t-il le risque de conflit d’intérêts dans des dossiers comme celui des déchets, et donc sur l’économie circulaire ? Le ministre sera en effet amené à prendre des décisions alors même que Veolia, administrateur de sa fondation, est un acteur majeur du secteur. Il en va de même dans le domaine de l’énergie avec le « partenaire » EDF. Lorsque Nicolas Hulot s’invitera dans les Etats généraux de l’alimentation, pourra-t-il s’affranchir de ses mécènes, Carrefour, Avril, Triballat Noyal ou Lesieur ? En ce qui concerne la question des perturbateurs endocriniens, dont la présence est de loin plus préoccupante dans les cosmétiques que dans les pesticides, peut-on s’attendre à ce que le ministre de la Transition écologique traite du sujet avec objectivité alors que L’Oréal est l’un de ses sponsors historiques ? Au fil des concertations et arbitrages, comment pourra-t-il attester de son impartialité en portant tout le poids de cette suspicion ? Bien entendu, les entreprises concernées n’attendront certainement pas de l’écologiste qu’il reprenne un « copié-collé » de leurs arguments. La politique est davantage un jeu d’acteurs dans un théâtre d’ombres qu’un simple exercice de confrontation ouverte d’opinions divergentes.

L’agacement des écolos radicaux

Le fait que Nicolas Hulot s’associe à la sphère du CAC-40 a toujours fortement agacé les écologistes les plus radicaux. C’est le cas du journal La Décroissance, qui a lancé en 2007 un « Pacte contre Hulot ». Celui-ci est « avant tout le produit d’un système : nous ne le voyons pas comme un “écolo” mais comme l’agent des multinationales qui financent son entreprise », écrit Vincent Cheynet, directeur du mensuel décroissant, tandis que le journaliste écologiste Fabrice Nicolino classe Hulot parmi ceux qui ont « tué l’écologie ».

Moins sévère, Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre, qui apprécie Hulot, critique toutefois le mode de financement de sa fondation : « Avais-tu vraiment besoin d’ajouter récemment à tes soutiens Avril, le groupe agro-industriel dirigé par Xavier Beulin ? Tu connais le rôle néfaste de ce groupe sur l’agriculture française. Comment ne pas mettre ce soutien en regard avec les passages de ton livre, Osons, qui appelle à une nouvelle agriculture, quand tu écris : “ Cette nouvelle vision de l’agriculture heurte de plein fouet les intérêts de certaines multinationales.” Mais tu acceptes qu’elles soutiennent ta Fondation ! »

Il est plutôt curieux toutefois de constater que les ONG écologistes plus classiques prennent la défense du ministre. D’ordinaire, celles-ci hurlent aux lobbies dès que le moindre lien, même ténu, est établi entre un élu ou un scientifique et une entreprise. « C’est anecdotique par rapport à l’état du rapport de force dont dispose Nicolas Hulot », tempère Charlotte Mijeon, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire. Et d’ajouter : « On a un Premier ministre qui a travaillé trois ans chez Areva, c’est sans doute plus cela qui va peser. Nicolas Hulot a de toute façon admis qu’il suivrait les conclusions de l’Autorité de sûreté nucléaire. Et puis ce partenariat entre EDF et la FNH n’est pas une surprise, il existe depuis des années. » Michel Dubromel, porte-parole de France Nature Environnement (FNE), refuse de lui faire « de procès d’intention », tandis que Florent Compain, président des Amis de la Terre, estime qu’il n’y a rien de nouveau : « (...) au sujet des financements, on connaît déjà tout cela. On ne va pas jouer à ce jeu de se balancer entre ONG ou de rapporter cela à des histoires de con it d’intérêts. »

Sous l’influence des écologistes

Cette bienveillance de la part des ONG écologistes est en réalité compréhensible. Elle révèle le bien-fondé d’une autre suspicion au sujet du ministre de la Transition écologique : celle d’être « sous influence » des associations écologistes avec lesquelles il collabore depuis tant d’années dans le cadre d’opérations de lobbying, notamment sur les questions agricoles. Ainsi, la FNH a rejoint dès 2007 le Groupe PAC2013, une structure de lobbying agricole regroupant une vingtaine d’associations françaises, parmi lesquelles Agir pour l’Environnement, Les Amis de la Terre, la Confédération Paysanne, la FNAB, Générations Futures, la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), le Réseau Action Climat France, le WWF France, etc. Ce groupe dénonce « le modèle agricole dominant, essentiellement productiviste et largement financé par les aides de la PAC ». En 2008, la FNH s’était associée à FNE et à la LPO pour mener un long et intense lobbying auprès des parlementaires a n d’orienter la loi sur les OGM de la manière la plus contraignante possible. Comme l’expliquait la FNH dans son Rapport d’activité de 2009 : « La Fondation Nicolas Hulot exerce une activité de veille parlementaire en commun avec la Fédération France Nature Environnement, la Ligue Roc [aujourd’hui rebaptisée Humanité et Biodiversité] et la Ligue pour la Protection des Oiseaux. En 2009, ce collectif a suivi les deux lois Grenelle ainsi que le projet de loi organique sur la réforme du Conseil Economique, Social et Environnemental. »

Au niveau européen, la FNH s’est associée dès 2010 à la Convention agricole et rurale (ARC), une plateforme de lobbying rassemblant une centaine de structures européennes « autour de propositions pour une PAC plus écologique et sociale ». En outre, Nicolas Hulot multiplie les collaborations, voire plus si affinités, avec différents responsables écologistes comme Pierre Rabhi, Yann Arthus-Bertrand, Philippe Desbrosses ou encore François Veillerette dont il a préfacé le livre sur les perturbateurs endocriniens. Bref, les exemples ne manquent pas.

Une co-gestion assumée

Parfaitement assumées, ces collaborations se poursuivent depuis la nomination de Hulot au gouvernement. Les associations écologistes, qui auparavant ne menaient leur lobbying que de l’extérieur, ont désormais la possibilité de le faire également de l’intérieur. « Nicolas Hulot met la priorité sur les consultations avec les ONG et les différents acteurs de terrain », admet un proche du ministre, tandis que Le Monde révèle l’osmose parfaite entre les ONG et le ministre de la Transition écologique : « Président de France Nature Environnement, Michel Dubromel est l’un des témoins de ces consultations à tout va. Les ONG sont conviées à au moins “une ou deux réunions par jour” au ministère, sur des sujets comme l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, les perturbateurs endocriniens, la mer, le climat... ». Une à deux réunions par jour ! Cela ressemble furieusement à une cogestion du ministère de Hulot avec les ONG écologistes. Une cogestion facilitée par la présence dans son cabinet de Benoît Faraco et Denis Voisin, deux ex-porte-paroles de la FNH, également passés par le Réseau Action Climat France. Celui-ci regroupe une vingtaine d’associations écologistes nationales comme Greenpeace, le WWF, les Amis de la Terre ou le Réseau.

Sortir du nucléaire. La revue Marianne relate de son côté : « Autour de l’ancien animateur se presse “sa” bande : des responsables de la Fondation Nicolas-Hulot pour la nature et l’homme, d’autres compagnons de route comme l’ancien pilote de ligne Gérard Feldzer (...), mais aussi Christophe Madrolle, secrétaire général de l’Union des démocrates et écologistes, ou Michèle Pappalardo, ancienne présidente de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, aujourd’hui sa directrice de cabinet, ainsi que Sandrine Bélier, ancienne députée européenne, mais surtout ex-associative engagée dans le Grenelle de l’environnement. »

L’impossible arbitrage

Cette cogestion avec les ONG écologistes apparaît incompatible avec le bon fonctionnement d’un ministère. Son rôle consiste à consulter les différentes parties prenantes, sans se ranger a priori derrière l’une d’entre elles. Il est par exemple surprenant de voir que Gérard Feldzer, un proche ami de Nicolas Hulot, a été nommé le 1er juin parmi les trois médiateurs du dossier de Notre-Dame-des-Landes. Par ailleurs, tout le tintamarre médiatique suscité par l’affaire des néonicotinoïdes semble lever le voile sur la méthode Hulot : en cas de mécontentement sur un sujet, il suffit d’organiser quelques fuites dans les médias et de mobiliser les ré- seaux des ONG écologistes pour assurer un maximum de bruit. Le rapport de force créé lui est alors favorable.

Les choses s’avèreront encore plus délicates avec les fameux Etats généraux de l’alimentation prévus de l’été à l’automne 2017. Avec une organisation similaire à celle du Grenelle de l’Environnement, différents collèges vont être mis en place pour représenter les syndicats, les collectivités, les ONG et l’Etat. Mais comment préserver l’équilibre et la sérénité des débats si d’emblée, les ONG écologistes se trouvent à la fois dans le collège « ONG » et dans le collège « Etat » par le biais du ministère de Nicolas Hulot ? L’exercice semble pour le moins compromis.

Bref, que ce soit en raison de ses liens avec les entreprises ou avec les ONG, Nicolas Hulot n’est pas à sa place au ministère de la Transition écologique. Toute la question est de savoir combien de temps mettra le président Macron à s’en rendre compte.

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