Charançon rouge : la DGAL toujours passive

entretiens 17 | 12 | 2013

Charançon rouge : la DGAL toujours passive

Comme la France, l’Espagne est fortement touchée par l’ infestation de charançons rouges, qui menace les palmiers. Afin d’en savoir plus, A&E a interrogé Benoît Berger, le gérant de l’entreprise Endoterapia Vegetal France, et Max Bauer, le président de l’Union nationale des intérêts professionnels horticoles (Uniphor).

Comment les autorités espagnoles traitent-elles le problème du charançon rouge ?

Benoît Berger : Dès l’apparition du charançon rouge du palmier (CRP) en Catalogne en décembre 2005, les autorités sanitaires ont engagé une série d’actions afin d’éradiquer ce ravageur. Si l’on ne constate pas de grandes différences avec la France quant à la définition de ces actions, les modalités de mise en œuvre de certaines d’entre elles, notamment pour l’expérimentation de méthodes alternatives et plus particulièrement l’endothérapie, n’ont rien à voir.

En effet, à l’instar de la France, où un dispositif expérimental n’autorisant qu’une seule substance active et selon une seule procédure, a été imposé tardivement (mars 2012), la Catalogne a privilégié, dans l’expérimentation de cette méthode engagée dès 2007, une collaboration plus ouverte avec les entreprises privées. Un certain nombre d’expérimentations ont ainsi été conduites, utilisant des systèmes d’injection différents ainsi que diverses substances actives.

Ont-elles eu des résultats ?

B.B. : Les résultats de ces expérimentations ont permis de démontrer que l’endothérapie reste la méthode la plus efficace aujourd’hui pour sauver un palmier infesté.

Si trois substances actives ont fait l’objet d’une autorisation pour l’endothérapie (l’imidaclopride, le thiaméthoxam et l’abamectine), le protocole d’application développé par l’entreprise Endoterapia Vegetal, utilisant l’abamectine associée à un solvant organique, permet de garantir une efficacité qui s’est vérifiée à hauteur de 80% grâce aux résultats obtenus lors d’un essai officiel réalisé en milieu naturel de 2008 à 2010, ainsi qu’une bonne rémanence d’action avec une à deux injections par an.

Au-delà des résultats, l’efficacité de cette méthode pour la prévention et la lutte contre le CRP, via ce protocole d’application, a pu également être notifiée dans un rapport officiel rédigé sur le sujet par le service de la santé des végétaux en 2012.

La Direction générale de l’alimentation (DGAL) a-t-elle été informée des résultats ibériques ?

B.B : Oui. Dès avril 2011, nous avons pu obtenir un entretien avec Gilbert Chauvel, expert national référent zones non agricoles/cultures ornementales, durant lequel nous lui avons présenté le travail sur l’endothérapie effectué en Catalogne, ainsi que les résultats obtenus. Réceptif aux informations communiquées, il a suggéré qu’une visite soit effectuée en Catalogne afin de répondre à certaines interrogations, notamment concernant la cicatrisation des pal- miers suite à l’injection et la protection des applicateurs. Il nous a également conseillé d’inviter certains respon- sables de la DGAL. Des invitations ont donc été adressées le 16 mai 2011. Mais elles sont restées sans réponse.

Au printemps 2012, suite à la publication de la note de service de la DGAL sur la mise en œuvre d’un dispositif expérimental concernant l’injection, et face aux réactions mitigées de nombreux professionnels à ce sujet, certains de leurs représentants nous ont contactés afin d’effectuer une visite en Catalogne. Nous en avons profité pour inviter des responsables de la DGAL. Alors que les représentants des organismes professionnels étaient tous présents lors de cette visite du 12 juin 2012, ceux de la DGAL n’ont pu y participer. Néanmoins, un compte rendu leur a été transmis après le retour de la délégation.

Max Bauer : Le 10 juillet 2013, à l’initiative du député Jean-Pierre Giran, les présidents de l’Uniphor, de la FDGDON du Var [1] et de l’association Sauvons nos palmiers ont été reçus par la DGAL. Les participants ont pu constater que l’agence disposait bien des comptes rendus des deux missions effectuées en Espagne en juin 2012 et janvier 2013.

Quelles suites la DGAL a-t-elle données ?

M. B. : Aucune ! Et nous pensons qu’il n’y en aura pas. Il va donc se produire exactement ce que nous avions anticipé, et ce que Gilbert Chauvel et d’autres prétendent indispensable depuis 2008, à savoir une phase expérimentale préalable. Or, dans ce contexte d’urgence, et au regard des évolutions de la réglementation européenne (avec le principe de la reconnaissance mutuelle d’usage), cette phase est très discutable. D’autant plus qu’elle consiste à répéter ce qui a déjà été fait ailleurs. Faut-il rappeler que l’endothérapie visant à lutter contre le CRP est autorisée dans tous les pays voisins, et qu’elle est appliquée depuis plus de trente ans dans le monde ?

Trop de temps a déjà été perdu par l’administration en charge du dossier, celle-ci se contentant de suivre l’avis de l’unique expert national. Or, ce dernier n’est ni réceptif aux propositions des scientifiques, ni à l’écoute des professionnels. La perte du patrimoine végétal qu’est le palmier Phoenix sera donc inéluctable. Pire, lors de futurs accidents prévisibles et connus dans d’autres pays de l’UE, il faudra définir les responsabilités. De même, la prolifération de l’insecte sur d’autres espèces végétales sera lourde de conséquences techniques et financières pour la gestion de la problématique phytosanitaire. La direction de la DGAL doit-elle en porter seule la responsabilité ?

[1FDGDON : Fédération départementale des groupements de défense contre les organismes nuisibles.

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