entretiens 19 | 03 | 2006

Des salariés de la semence se mobilisent

Un Entretien avec Jean-Pierre Roger réalisé en février 2006

Trois mois après son lancement, la pétition « Pour une agriculture demain » a dépassé le cap des 2.500 signatures. Rencontre avec l’un de ses organisateurs, Jean-Pierre Roger.

Cadre d’une société aveyronnaise spécialisée dans la production et l’innovation de la semence, Jean-Pierre Roger est l’un des principaux porte-parole du Collectif national des salariés des entreprises semencières. Mobilisé depuis le 9 novembre 2005 avec la création d’un site internet Pour une agriculture demain, le Collectif entend d’une part exprimer son désaccord avec les actions violentes des faucheurs volontaires, de l’autre, défendre la recherche agronomique pour « préserver une agriculture forte et des filières agro-alimentaires dynamiques ».

Pourquoi avez-vous lancé cette pétition ?

Pendant dix ans, les salariés des entreprises semencières sont restés silencieux face à des actes de violence, des agressions et des destructions, répétés, organisés sous prétexte qu’il n’y avait pas de débat « démocratique » sur les OGM en France. Certaines de ces actions, comme les destructions de champs de maïs OGM, ont fait la une des médias. Mais d’autres, moins médiatisées, ont également eu lieu. Il s’agit d’intrusions dans nos bureaux suivies d’altercations avec le personnel, de vols de marchandise, d’occupations de stations de recherche ou encore d’intimidations de certains de nos collègues ou chercheurs. Pire, depuis l’année dernière, des activistes anti OGM ont saccagé des expérimentations de cultures non transgéniques. Ainsi, pendant la nuit du 31 août au 1er septembre 2005, des individus - qui n’ont pas eu le courage de revendiquer leur action - ont épandu du sel sur des parcelles expérimentales non OGM, rendant les terres impropres à la culture pour plusieurs années. C’est totalement inacceptable. Nous estimons que dans un Etat de droit, la violence et les actes illégaux ne sont pas des moyens d’expression tolérables. Face au manque de réaction des pouvoirs publics, nous avons donc décidé de lancer une initiative pour affirmer calmement mais fermement tout notre désaccord avec ces actes de vandalisme.

Ne pensez-vous pas qu’une initiative provenant du personnel des entreprises semencières puisse sembler biaisée ?

En tant que salariés d’entreprises innovantes, nous sommes fiers de contribuer à l’essor de l’agriculture française et européenne. Nous ne pouvons accepter de voir notre outil de travail régulièrement détruit, notre métier caricaturé comme il l’est actuellement, et nos activités dénigrées. Nos détracteurs n’ont d’ailleurs pas le monopole de la défense de l’environnement et de la nature. Nos travaux de recherche sont empreints de cette préoccupation permanente. Cependant, notre pétition dépasse maintenant largement le cadre d’une revendication sectorielle. Plus de la moitié des signataires ne font pas partie de nos entreprises. Il y a des chercheurs de l’Inra ou du Cirad (l’institut français de recherche agronomique au service du développement des pays du Sud et de l’outre-mer français), des
personnels d’instituts techniques, de la distribution, des enseignants, des étudiants, des médecins, des commerçants et bien entendu de nombreux agriculteurs. Des conseillers généraux, des maires et quelques députés, ont également pris position. Il ne s’agit pas d’une simple pétition pour ou contre les OGM, mais de redonner la parole à ceux qui estiment que la recherche est une source d’espoirs et non de craintes.

C’est la raison pour laquelle, à côté de la pétition, nous avons ouvert un espace pour permettre aux gens d’exprimer leur opinion. Nous avons reçu plus de 350 messages de soutien, dont environ 200 figurent sur notre site. Ces messages témoignent du « ras-le-bol » croissant face aux exactions illégales d’une toute petite minorité d’activistes. Mais de façon plus positive, ils confirment aussi que l’agriculture française a besoin d’une recherche performante qui lui apporte les innovations nécessaires à son développement. Ainsi, par exemple, un chargé des relations avec les professions agricoles au sein du Cirad nous a rappelé que le Cirad a été victime de « l’obscurantisme de José Bové qui a détruit des plants de riz sur lesquels des travaux étaient conduits en vue de mettre au point des semences résistantes à la rouille ». Ces travaux destinés aux paysans du Sud ont été interrompus, et les deux thésards qui les ont conduits se sont retrouvés au chômage. Un adhérent d’Attac nous a fait part de son désaccord avec « une position anti OGM dogmatique, qui rejette une technologie en toute circonstance et en tout lieu, alors qu’elle permet dans certains cas d’éviter l’emploi massif de pesticides coûteux et polluants ».

Qu’espérez-vous obtenir ?

Avec cette pétition, nous voulons d’abord permettre à celles et à ceux qui se sentent concernés par l’avenir de l’agriculture française et européenne de s’exprimer librement. Ensuite, nous voulons être entendus des politiques et des médias, leur montrer qu’il existe également des citoyens qui ont confiance dans l’avenir et dans la recherche. Dans quelques semaines, nous allons la remettre aux responsables politiques locaux, régionaux et nationaux. Il est donc encore temps, pour ceux qui le désirent, de la signer.

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