PR Marc Fellous : « Les OGM de deuxième génération sont déjà dans les laboratoires américains »

entretiens 11 | 06 | 2009

PR Marc Fellous : « Les OGM de deuxième génération sont déjà dans les laboratoires américains »

Marc Fellous est professeur en génétique humaine au Département
génétique et développement de l’Institut Cochin de Génétique moléculaire. Spécialiste en hématologie et immunologie, il a présidé la Commission du génie biomoléculaire (CGB), en charge de l’évaluation des organismes génétiquement modifiés.

Fin 2008, vous avez effectué une mission de vingt jours aux États- Unis pour évaluer la situation de la recherche sur les biotechnologies. Quelle leçon en avez-vous tirée ?

J’ai visité plusieurs grands centres de recherche et de développement
privés comme publics, dont le Département de génétique de l’Université de Berkeley. Environ 80 % de la recherche sur les biotechnologies s’effectuent dans les universités, très souvent d’ailleurs grâce au financement de fondations privées.

Contrairement à ce qui se passe aujourd’hui en France, il existe aux États-Unis de très nombreuses passerelles entre le secteur privé et le secteur public. C’est-à-dire que la recherche appliquée n’est pas isolée d’une recherche fondamentale qui serait confinée dans des laboratoires. En outre, les biotechnologies bénéficient du soutien affiché des pouvoirs politiques, y compris du nouveau président Barack Obama. C’est ce que m’ont rappelé de nombreux chercheurs lors de mon séjour. Enfin, une très grande majorité des Américains respectent les décisions des experts et des agences, dont les avis ne sont pas remis en cause. Tout cela crée un climat très apaisé autour des biotechnologies, qui attire de nombreux chercheurs étrangers. Comme le Pr Claude Fauquet, aujourd’hui vice-président du Danforth Center, que j’ai rencontré dans son centre de recherche à Saint-Louis (Missouri). Ce virologie de renommée mondiale, spécialiste des plantes tropicales, travaille à l’élaboration de plantes résistantes aux virus à ARN et ADN simple brin, ainsi qu’à l’amélioration en qualité nutritionnelle (protéines, vitamines, zinc et fer) du manioc (Cassava). Ces nouvelles plantes seront bientôt mises à la disposition des agriculteurs africains grâce à une très fructueuse collaboration avec plusieurs pays, notamment le Burkina Faso, l’Ouganda, le Kenya et l’Afrique du Sud.

Quelles sont les techniques mises en oeuvre outre-Atlantique ?

En France, on parle beaucoup de plantes transgéniques de deuxième génération. Cependant, il serait beaucoup plus correct de parler de techniques de deuxième génération. Celles-ci sont déjà largement présentes dans les principaux laboratoires américains. Il s’agit notamment des techniques de « RNA silencing », développées en premier lieu par des équipes françaises (Inra et CNRS). Ces puissantes techniques consistent à éteindre spécifiquement l’expression de certains gènes afin de supprimer, par exemple, la cause d’une allergie ou l’expression d’une toxine. Le « RNA silencing » permet d’envisager de nouvelles classes d’insecticides dont le mode d’action sera lié à l’introduction, dans un organisme, d’un ARN destiné à stopper le développement larvaire d’un insecte-cible.

Et ce n’est pas la seule piste de recherche qui soit très prometteuse. La recombinaison homologue (RH) permet de cibler avec précision la place d’insertion d’un gène d’intérêt. Elle représente une avancée technologique
cruciale. N’oubliez pas que c’est grâce à des travaux comparables de « ciblage de gène » sur des cellules souches embryonnaires de souris que le Pr Mario Capecchi, de l’Université d’État de l’Utah, a obtenu en 2007 le prix Nobel de médecine !

Enfin, j’ai noté que les techniques de sélection assistée par marqueurs (SAM) et l’analyse robotisée de la composition des grains (en protéines, eau, acides gras) sont généralisées. Ce qui permet de sélectionner un ou plusieurs caractères agronomiques d’intérêt mis en évidence par la SAM parmi des milliers, voire des millions. Les croisements peuvent ensuite être effectués avec des méthodes classiques. Ainsi, il existe un projet de colza conventionnel qui présente de meilleures qualités nutritives grâce à son appauvrissement en
acides gras saturés et à son enrichissement en oméga 3 ou 9. Voici un bel exemple de complémentarité entre biotechnologies et sélection classique ! C’est l’ensemble de ces applications, combinées à la robotisation, à la miniaturisation et à l’informatisation, qui constitue les nouveaux outils des biotechnologies végétales, c’est-à-dire des futurs OGM.

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