Pourquoi la fièvre catarrhale ovine s'est installée en France

filière animale 20 | 08 | 2009

Pourquoi la fièvre catarrhale ovine s’est installée en France

Depuis l’arrivée en France de la fièvre catarrhale ovine (FCO), la filière bovine enregistre d’importantes baisses de naissances. Elles ont pour conséquence de considérables pertes économiques.

Moins 22 % : c’est la baisse des naissances de « veaux nés viables » enregistrée en janvier 2009. Une chute à laquelle personne ne s’attendait ! Malheureusement, les données des mois suivants n’ont fait que confirmer la tendance : moins 22 % en février et moins 17 % en mars. « L’hypothèse la plus probable de ce recul, c’est bien entendu la fièvre catarrhale (FCO) », a commenté Jean-Claude Guesdon, économiste à l’Institut de l’élevage, pour A&E. Une hypothèse d’autant plus crédible que ces baisses de naissances correspondent à la période de montée d’avril-juin 2008, c’est-à-dire au moment même où la fièvre catarrhale battait son plein. « Il existe de fortes disparités entre le cheptel allaitant et le cheptel laitier », précise toutefois Valérie David, chef du service Bien-être animal, santé, hygiène et traçabilité. Pour les bovins-lait, on enregistre même une légère hausse des naissances (+ 4 % en moyenne pour janvier-avril). Les bovins-viande et les croisés (viande/lait) voient quant à eux leurs naissances s’effondrer : moins 15 % pour les premiers et moins 26 % pour les seconds, selon les chiffres de la base de données nationale d’identification. Une des explications probables de cette disparité est que les éleveurs de cheptels laitiers ont davantage recours à l’insémination artificielle, alors que ceux des troupeaux allaitants lui préfèrent la procréation naturelle, moins onéreuse et moins contraignante. Dans les élevages où la montée est naturelle, l’éleveur n’a pas à se soucier de l’accouplement : il a lieu jusqu’à la fécondation. « En revanche, dans les centres spécialisés, la fécondation est payante et n’est pas garantie dès la première tentative, mais les mâles sont contrôlés au niveau de leur fertilité », rappelle Valérie David. Ce qui laisse supposer que l’infertilité des taureaux, provoquée par la FCO, pourrait être à l’origine d’une part considérable de la baisse des naissances observée dans le cheptel allaitant. « Cela reste une hypothèse, mais si cette baisse est bien imputable à la fièvre catarrhale, elle témoigne du fait que le nombre d’animaux atteints par la maladie est largement supérieur aux 28 000 cas recensés pour l’année 2008 », note la spécialiste.

Un phénomène inédit

« Nous n’avons jamais constaté un tel phénomène à la sortie de la période traditionnelle d’hiver de mise bas », s’inquiète également René Laporte, expert consultant et ancien directeur de la Confédération française des entreprises bétail et viandes (CEBV). Il estime que le manque de naissances risque de bouleverser le marché français des jeunes broutards, pourtant assez bien équilibré jusqu’à l’année dernière. Pour l’instant, il est prématuré de tirer les conséquences économiques d’un tel effondrement pour la filière, car le manque de têtes pourrait faire grimper les cours. Néanmoins, les 350 000 broutards non-nés (289 000 bovins-viande et 59 000 croisés à la fin avril) auraient pu être vendus dans le courant de l’automne 2009 à environ 800 euros la tête, rapportant aux éleveurs un revenu supplémentaire d’environ 300 millions d’euros – soit un tiers de la somme obtenue par la filière suite au rééquilibrage de la PAC !

Le raté de 2008

Pour le Dr Jean-Louis Thillier, expert en analyses et évaluations des risques en sécurité sanitaire, l’effondrement des naissances n’est pas surprenant : « En 2008, la vaccination contre la FCO a été réalisée trop tardivement. Elle aurait dû être effectuée obligatoirement avant la période de début d’activité printanière du moucheron Culicoides dewulfi [le vecteur du virus], c’est-à-dire à la fin de l’hiver 2007-2008 » (voir [A&E N°60 >spip.php ?article433], juin 2008). Malheureusement, les premiers vaccins n’ont été disponibles qu’au début du mois de mai 2008. Une première campagne de vaccination tardive et non systématique a été entreprise dans seulement seize départements du nord-est de la France et dans cinq départements du sud-ouest. En outre, le caractère obligatoire de la vaccination n’a pas été immédiatement retenu par le ministère de l’Agriculture, alors qu’il était fortement recommandé par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), dès le 17 mars 2008. Dans son avis, l’Afssa mettait clairement en garde le législateur : « Une vaccination facultative contre le sérotype 8 sur la plus grande partie du territoire ne répond pas de façon optimale à des objectifs d’ordre épidémiologique, et risque probablement d’être moins efficace pour limiter l’incidence et l’extension de la maladie qu’une vaccination obligatoire ciblée dans certaines zones géographiques ». Seuls les bovins et ovins destinés aux échanges ont fait l’objet d’une vaccination obligatoire pour le sérotype 8. Cette mesure a bien évidemment été insuffisante pour enrayer l’épizootie. « Si la phase d’incubation de la fièvre catarrhale varie de 2 à 15 jours selon la souche, la phase de virémie est beaucoup plus longue (jusqu’à 60 jours pour les bovins) car le BTV [blue tondue virus, le responsable de la FCO] se réfugie dans les globules rouges », rappelle le Dr Thillier. Des réservoirs de contamination ont ainsi pu se développer parmi les troupeaux de bovins et d’ovins, facilitant l’expansion de l’épizootie.

En outre, cette vaccination aurait dû s’accompagner d’un cordon sanitaire établi à environ 200 kilomètres de la zone atteinte par le sérotype 8 afin de contenir l’épizootie. Par mesure de précaution, un second cordon sanitaire concernant le sérotype aurait dû être mis en place dans le sud-ouest de la France, où l’on constatait la montée progressive de ce virus par l’Espagne. Or, rien de tel n’a été fait. Toutes ces critiques ont été notifiées dès juillet 2008 dans le rapport parlementaire sur la mauvaise gestion de l’épizootie de fièvre catarrhale ovine. « L’examen de la stratégie vaccinale retenue par le ministère de l’Agriculture et de la Pêche montre que la priorité a été donnée, dans le cas de l’actuelle épizootie, aux enjeux politiques et économiques, s’opposant ainsi à l’approche scientifique développée par l’Afssa », résume la sénatrice Nicole Bricq, rapporteure dans ce dossier.

Michel Barnier rectifie le tir pour 2009

Prenant acte de ces observations et de l’évolution de la maladie, Michel Barnier a annoncé dès septembre 2008 qu’il mettrait tout en oeuvre pour permettre une vaccination générale contre la FCO « à partir de la fin de l’année 2008 ». « L’objectif à moyen terme est d’instaurer à partir de la fin de l’année une vaccination complète et simultanée de l’ensemble du territoire contre les sérotypes 1 et 8 pendant la période hivernale », avait alors indiqué le ministre de l’Agriculture. Lors d’un vif échange parlementaire avec le député UMP de la Creuse, Jean Auclair, il soulignait vouloir « traiter cette affaire avec beaucoup de sérieux ». Certes, le ministre n’a pas hésité à mettre les moyens. Dans un premier temps, il a débloqué 168 millions d’euros « pour aider sur le plan économique et pour aider à la vaccination. Somme à laquelle le Premier ministre a ajouté 30 millions d’euros. Enfin, lors de la réunion du conseil des ministres de l’Union, le 28 octobre 2008, Michel Barnier a obtenu de l’Europe une aide complémentaire de 100 millions d’euros « pour la vaccination de 2009 ». Le 4 novembre, un arrêté rendant obligatoire la vaccination de tous les animaux contre les deux variantes du virus sur l’ensemble du territoire a été publié, et l’ensemble des préfets et des directions des services vétérinaires ont été mobilisés pour appliquer cette mesure et apporter aux éleveurs une information visant notamment à mettre un terme à « certaines idées mettant en doute la nécessité de la vaccination ». Dans une circulaire, le ministère précisait : « Si effectivement le taux de guérison est de 98 %, la FCO s’accompagne de baisses brutales et persistantes de production laitière mais également de troubles de la fertilité (baisse objective du taux de vêlage). L’absence de vaccination peut donc aboutir à une baisse conséquente de revenus pour l’éleveur. » Déterminé, Michel Barnier – qui a fait de la lutte contre la FCO une priorité de son mandat ministériel – était alors convaincu qu’une éradication totale était encore possible : « À titre d’exemple, l’Espagne, après plusieurs années de vaccination obligatoire contre le sérotype 4, a éradiqué cette variante du virus », peut-on lire dans la circulaire. Bref, rue de Varenne, la mobilisation était totale.

La liberté vaccinale ou le droit de s’abstenir

Tel n’était pas le cas sur le terrain. En effet, la Confédération paysanne a de son côté tenu un discours très ambigu, regrettant que « plusieurs lacunes [soient] apparues dans la gestion de la FCO par l’État ». Le syndicat paysan déplorait notamment la « non prise en compte des préconisations de l’Afssa en matière de stratégie vaccinale », tout en défendant la « liberté vaccinale », c’est-à-dire le choix de vacciner ou non ! Au terme de « liberté vaccinale » – qui « ouvre la porte à une pensée ultralibérale » –, la Conf’ préférait d’ailleurs celui de « choix de prophylaxie ». « Cette prophylaxie devra reconnaître deux méthodes : l’une vaccinale, selon une stratégie précise et définie dans le temps, l’autre dite “alternative” à la vaccination », déclarait le syndicat. Or, le Dr Thillier est formel, « face aux différents sérotypes de FCO, il n’existe pas de prophylaxie alternative à la vaccination ». Ce que savent pertinemment les dirigeants du syndicat, qui se contentent de demander une évaluation des « méthodes alternatives et de l’immunité naturelle acquise [sic] ». Même discours du côté de l’Institut technique de l’agriculture biologique (ITAB), qui a affiché ses positions dès le 11 avril 2008. Dans un courrier adressé à la DGAL, Alain Delebecq, président de l’ITAB, et Henri Thépaut, président de la FNAB, ont demandé que « la vaccination reste facultative, y compris lorsque les disponibilités en vaccins seront meilleures qu’aujourd’hui ». Un an plus tard, l’ITAB a publié un communiqué de presse indiquant avoir sollicité « à de nombreuses reprises » le ministre sur « une autre approche que la vaccination des troupeaux vis-à-vis de la fièvre catarrhale ». Le Dr Denis Fric, membre de la commission FCO de l’ITAB, préconise « une gestion de l’immunisation naturelle des troupeaux » grâce à « la rusticité des animaux ». Pour lui, la contamination par le virus des cheptels bovins et ovins devrait même permettre « l’apparition de souches d’animaux résistants ». C’est d’ailleurs ce que pense Mathilde Lacassagne, une agricultrice bio qui a expliqué sur France 3 le 24 mars 2009 qu’elle préférait s’en remettre à la sélection naturelle, qui déterminerait quels animaux sont suffisamment forts pour survivre !

À ceux qui préfèrent prévenir sans pour autant vouloir vacciner, Dr Fric recommande l’usage d’huiles essentielles à base de géranium et de lavande, qui « peuvent être utilisées comme répulsifs sur les zones de peau fine ». En cas de pathologie avérée, il préconise également une gamme de produits homéopathiques tels que Mercurius Solubilis, Mercurius corrosives et Lachesis. L’efficacité de ces produits a été « prouvée » par un éleveur de Pfaffenhoffen, Rémi Picot, dont l’expérience a été relatée par la Conf’ dans un communiqué de presse : après avoir constaté le décès de deux agnelles dans une pâture, « [Rémi Picot] donne le même soir deux granules de Mercurius Solubilis à chacune des six agnelles qui étaient avec les deux mortes », ainsi qu’au reste de son troupeau. Le lendemain, il constate que certaines présentent « déjà des tâches brunâtres » et de la fièvre. Il poursuit le traitement en y ajoutant une pulvérisation d’essence de citronnelle sur le dos de ses brebis. Moins d’une semaine plus tard, tout est rentré dans l’ordre et « Rémi est satisfait de ce traitement qui lui a coûté 1,90 euro pour soigner son troupeau de 80 ovins ». À en croire ce récit idyllique, pourquoi diable s’embarrasser d’une lourde logistique de vaccinations ? Encore plus radicale, Zone Verte, un groupement d’intérêt économique fondé par des vétérinaires « à destination de tous ceux qui avec lui rêvent et agissent pour une agriculture humaine et citoyenne respectueuse de l’animal et de l’environnement », affirme que de toute façon, « l’éradication de la maladie vectorielle est impossible ». Pire, faisant fi des bases mêmes de l’épidémiologie, le GIE assure qu’« un élevage non vacciné ne représente aucun danger pour ses voisins » ! Ce type de discours alimente de nombreux collectifs d’éleveurs, qui se sont regroupés en une coordination nationale. Cette coordination s’interroge sur l’efficacité du vaccin, « qui provoquerait des avortements et ferait baisser la fécondité des brebis ». Opérant une remarquable inversion des rôles, elle accuse la vaccination d’être à l’origine de ce que provoque précisément la fièvre catarrhale ! Le 26 mars 2009, environ 70 collectifs régionaux ont organisé une journée d’action au motif que la campagne d’éradication du virus de la FCO mise en place par le ministère de l’Agriculture était inefficace. Appuyés par une pétition, ils ont demandé des dérogations afin de se soustraire à la contrainte de la vaccination, c’est-à-dire à la loi.

Qui doit vacciner ?

Même au sein de l’Institut de l’élevage, le doute sur l’efficacité de la vaccination est très présent. « Ce dont on est certain, c’est que les principaux bénéficiaires sont les vétérinaires et les producteurs de vaccins », ose déclarer à A&E un responsable, qui préfère rester anonyme. Ces propos reflètent un ressenti largement partagé par les éleveurs. « Si la plupart d’entre eux se sont prêtés au jeu, les réticences restaient fortes », constate Nadine Ravinet, vétérinaire du Groupement départemental sanitaire du Cher, qui ajoute : « D’une part, ils ne comprenaient pas pourquoi ils ne pouvaient pas procéder eux-mêmes à la vaccination, et d’autre part, le surcoût qu’elle occasionne a clairement freiné l’enthousiasme ». Il est vrai que certains arguments présentés par le Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral (SNVEL) ont de quoi laisser pantois : « Si la vaccination FCO devait être confiée aux éleveurs, les vétérinaires sanitaires subiraient un préjudice économique relatif, mais surtout un préjudice d’image », déplore Claude Andrillon, son vice-président. Dans une défense corporatiste d’une autre époque, il ajoute : « L’État refuse non seulement de nous rémunérer dans le cadre d’une veille sanitaire réelle, mais il cède aussi aux éleveurs en remettant en cause notre monopole »

Lors de l’assemblée générale de la Fédération nationale bovine (FNB), le 2 avril 2009, Michel Barnier a habilement esquivé cette délicate question grâce à une réponse ambiguë. Ainsi, il a admis vouloir « proposer une modification du code rural pour laisser aux éleveurs la possibilité de vacciner leurs animaux » uniquement « lorsque la vaccination est facultative et qu’elle ne nécessite pas de certification » . Ce qui n’est pas le cas ici, puisque la vaccination contre la FCO est obligatoire ! Le ministre a toutefois profité de l’occasion pour rappeler son objectif : « protéger au maximum le cheptel avant la reprise de l’activité vectorielle sur tout le territoire en avril »

Les difficultés de terrain

« Les éleveurs n’étaient pas les seuls à ne pas adhérer à la stratégie du ministre. Je me rappelle que certains vétérinaires déconseillaient la vaccination », souligne Denis Yvray, éleveur d’un troupeau laitier dans le Cher. Au départ, lui-même était très sceptique. « Nous autres éleveurs, nous disposions difficilement d’une information claire et suffisamment convaincante », se souvient-il. Après s’être plus amplement informé, il a fini par vacciner l’ensemble de son troupeau laitier. Mais cela n’a pas été aisé. « Cette année, ce sont les doses de sérotype 1 qui sont arrivées au compte gouttes. Dans un premier temps, beaucoup d’éleveurs ont attendu pour faire coïncider les deux vaccinations (sérotypes 1 et 8) lors de l’opération de prophylaxie annuelle. Or, cela n’a pas toujours été possible. Résultat, dans de nombreux cheptels, il y a eu une multiplicité d’interventions. Et lorsqu’enfin les doses sont arrivées, les vétérinaires ont été débordés », note Nadine Ravinet, qui déplore un manque de coordination générale. Autre problème soulevé par la vétérinaire, le packaging des doses. « Pour un cheptel de 120 vaches, le vétérinaire peut par exemple avoir reçu deux flacons de 75 doses. Or, une fois ouvert, un flacon doit être très rapidement utilisé, ce qui peut entraîner des pertes de doses », explique-t-elle. En clair, il existe un très net décalage entre les acteurs sur le terrain, censés mettre en application les directives – à savoir effectuer une vaccination de masse – et les moyens qu’on leur donne pour exécuter ces ordres. Ce que résume parfaitement Daniel Parizot, directeur du même GDS : « Que d’énergie perdue, de financements dispatchés mal à propos, de trésoreries d’éleveurs mises à mal, d’exportations de broutards compliquées ! Pourquoi faire simple alors que des technocrates complexifient à merveille ? Faut-il recréer des écoles du bon sens, réapprendre les mots anticipation, organisation, économies d’échelle ? Pourquoi n’utilise-t on pas les outils du XXIe siècle (je veux parler des outils informatiques) alors que l’on continue de demander une certification de vaccination à grands coups de tampon, avec les coûts que cela entraîne ? Pourquoi les vaccins comme les logiciels arrivent-ils trop tard ? Pourquoi est-il si difficile de faire des choses simples ? »

Objectif manqué !

Au final, le 21 avril 2009, la rue de Varenne a été contrainte d’annoncer qu’elle n’avait pas atteint son objectif. « Au 15 avril, 42 % du cheptel (espèces et sérotypes confondus) étaient valablement vaccinés », a indiqué le ministère, qui a constaté de fortes disparités d’un département à l’autre. « Selon les informations dont nous disposons, ce chiffre de 40 % est très largement inférieur à la réalité », tempère toutefois Valérie David, qui pense que les déclarations des vétérinaires ne sont pas toutes remontées à Paris. Ce qui est d’autant plus probable que fin mai, l’enregistrement informatique des animaux vaccinés n’était toujours pas mis en place ! « Jusque-là, la certification de la vaccination a été uniquement enregistrée par un tampon sur le passeport des bovins », constate Nadine Ravinet, qui se dit « bien incapable de chiffrer le taux de vaccination de son département ». Quoi qu’il en soit, fin avril, l’ensemble des cheptels bovins et ovins n’était, encore une fois, pas vacciné.

Pourquoi fin avril ?

« De toute manière, le choix de la date du 30 avril n’est pas pertinent », souligne le Dr Jean-Louis Thillier, qui rappelle que selon les indications fournies à l’Union européenne par le ministère français, le début de l’activité printanière du moucheron piqueur natif Culicoides dewulfi a été estimé au 11 mars, et non pas à la fin avril. « Dans le cadre de la réglementation pour le commerce et le trafic de bétail, la France a notifié à l’Union européenne que la période saisonnièrement indemne de vecteurs s’étend du 5 janvier au 11 mars. En toute logique, il fallait que la vaccination soit terminée à cette date, et non à la fin avril », souligne l’expert européen, qui se dit par ailleurs très préoccupé par les conséquences de l’échec programmé de la vaccination de 2009. Son inquiétude est d’autant plus grande qu’aux Pays-Bas, un cas de sérotype BTV 6 a été constaté et que la souche virale BTV 11 a fait son apparition en Belgique en janvier 2009. « Or, aujourd’hui les modes de propagation du virus sont de mieux en mieux connus. Ils ne se résument pas à quelques moucherons qui disparaissent pendant la période froide de l’hiver. Ainsi, dès 2008, la preuve de la transmission transplacentaire du virus BTV 8 a été apportée par l’équipe de F.D. Menzies », rappelle le Dr Thillier, qui précise que cette nouvelle donnée a bien été prise en compte par l’Union européenne. Dans un réglement communautaire concernant le commerce, daté du 29 avril 2008, il est en effet indiqué qu’« à la lumière des nouvelles données scientifiques disponibles en ce qui concerne la pathogénie du virus de la fièvre catarrhale du mouton et le risque de transmission transplacentaire, il convient d’adopter des mesures de prévention afin d’empêcher toute propagation de la maladie par des femelles gestantes ou certains animaux nouveau-nés ».
Reste maintenant à tirer de ces données les leçons permettant de mettre en oeuvre un véritable plan d’éradication de la FCO en Europe. À moins d’accepter que les filières ovine et bovine subissent de lourdes pertes économiques chaque année...

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