filière animale 18 | 08 | 2006

Vers une réhabilitation des farines animales ?

Raisons économiques obligent, le sujet est désormais sur la table. Cependant, rien ne garantit que les consommateurs vont suivre.

Dans son livre Le procès de la vache folle n’aura pas lieu, paru aux éditions Hachette en 2003, le docteur Jean-Louis Thillier, consultant scientifique européen, écrit : « Si le procès de la vache folle devait avoir lieu, les farines animales, accusées dès la première heure, bénéficieraient d’un non-lieu ». M. Thillier souligne que dès janvier 2001, l’Afssa a commencé à douter de la responsabilité des farines animales dans l’épidémie de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB). Aujourd’hui, c’est au tour de l’Académie nationale de médecine de proposer « qu’une réflexion soit ouverte au sein des
instances administratives et professionnelles, nationales et communautaires, en vue d’une réhabilita tion dans l’alimentation des animaux, sous certaines conditions préalables d’ordre réglementaire, des protéines animales
transformées ».
Prudente, l’Académie spécifie qu’il ne s’agit pas, pour le moment, de les « autoriser dans l’alimentation des ruminants ».

Le coût du dépistage

Comment peut-on expliquer un tel retournement ? Les raisons en sont-elles d’ordre économique ou purement sanitaire ? Jean-Yves Nau, journaliste au quotidien Le Monde, pose la question très directement dans un article publié le 17 avril dernier. Il y explique que « le coût des différents dispositifs de lutte en vigueur (réseaux de surveillance clinique et épidémiologique et de dépistage systématique) ainsi que les mesures de prévention (retrait et destruction des organes et tissus potentiellement contaminants) s’élève à 850 millions d’euros annuels ». Ce qui représente un surcoût de 75 euros par bovin. « La question se pose, dès lors, de savoir si la politique actuelle de prévention se doit d’être poursuivie », conclut le journaliste. Pour Martin Hirsch, directeur général de l’Afssa, « le coût par animal malade dépisté est certes élevé mais ce même coût, rapporté au kilogramme de viande bovine consommée, n’est que de 40 à 50 centimes d’euros, et ce pour rendre le risque de contamination désormais négligeable ». Ce qui n’empêche pourtant pas le directeur de l’Afssa d’envisager de commencer à alléger les mesures de sécurité ! L’arrêté paru au Journal Officiel le 7 avril 2004 va d’ailleurs dans cette direction : il stipule qu’à compter du 1er juillet 2004, les tests de dépistage de l’ESB seront effectués sur les bêtes âgées d’au moins 30 mois, et non plus de 24. Cette nouvelle loi rend caduque la décision prise en juillet 2001, où le contraire avait été décidé.

Il se pourrait également que la hausse du cours du soja - de 170 dollars la tonne en 2002 à 340 dollars en 2004 - ne soit pas étrangère à cette nouvelle politique. En effet, comme le note Valérie Noël dans La France agricole du 23 avril, « les cours du soja flambent, accentuant les craintes de l’Europe d’une hausse du cours mondial de la protéine ». Dès 2003, un rapport du Sénat avait déjà signalé la menace qui pèse « sur l’indépendance alimentaire de l’Europe ». Or, l’augmentation de la consommation du soja en Chine, passée de quelques millions de tonnes dans les années 1990 à plus de 25 Mt aujourd’hui, renforce les craintes européennes. « Peut-être faut-il conduire une action pour diversifier les sources de protéines ? », s’interroge Jean-Marie Meulle, président d’Agrial. Cependant, le climat en Europe ne se prête pas à l’expansion de la culture du soja ; d’autant plus qu’il faudrait également revoir les accords de Blair House signés en novembre 1992, qui limitent la surface cultivable en oléoprotéagineux dans l’Union.

Le retour des farines animales

Dans ce contexte, voici que réapparaissent les sociétés d’équarrissage, qui proposent d’apporter une solution au problème des protéines : les farines animales, mais cette fois-ci, « garanties sans ESB ». « Aujourd’hui, leur destruction [des farines animales] nous coûte. Or, en termes techniques, nous aurions intérêt à les utiliser », explique Jean-Claude Prieur, président de la section abattage et transformation à la FNCBV. Ce dernier poursuit : « Mais nous avons un vrai problème de communication vers le consommateur ! »

Effectivement, comme le rapporte le Dr. Thillier, « année après année, à force de simplification, de connaissances scientifiques occultées, bref à force de contre-vérités, la psychose des consommateurs a été à ce point entretenue que plus aucun d’entre eux ne peut entendre prononcer le nom de “farines animales” sans être pris de frisson. La “vache carnivore“ est devenue l’archétype du crime contre la nature animale... »

Les sociétés d’équarrissage pourraient trouver dans la résistance anti-OGM un allié de taille ; la plupart des producteurs d’oléoprotéagineux au niveau mondial produisant des organismes génétiquement modifiés (OGM), la méfiance vis-à-vis de ces derniers pourrait en effet faciliter l’acceptation du retour des farines animales dans nos assiettes. Ce qui confrontera la population comme les décideurs au dilemme suivant, souligné en son temps par Jean Glavani, alors ministre de l’agriculture : les farines animales, ou les OGM.

Et pourtant, une autre solution serait de faire la lumière sur ce dossier ultra-sensible... mais il s’agit là d’une tout autre histoire !

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