édito 07 | 07 | 2006

Alerte sécheresse : pas de précipitation !

Après un hiver qui a vu les records de froid se succéder en plusieurs points du globe, puis un printemps particulièrement pluvieux, le soleil est enfin de retour. Doit-on pour autant craindre un manque d’eau cette année pour les cultures, comme l’entonnaient en chœur les médias il y a encore quelques mois ?

L’été 2006 sera-t-il aussi difficile que celui de 2005, qui avait fourni de bonnes excuses aux associations écologistes - UFC-Que Choisir en tête - pour vilipender le maïs, l’irrigation et l’agriculture dite productiviste ? Difficile de répondre, car rien n’est plus aléatoire que les prévisions météologiques à moyen terme. C’est la raison pour laquelle Dominique Bussereau a réactivé le 6 juin dernier le Comité de suivi de la sécheresse pour l’agriculture. Soulignant que « la recharge des nappes souterraines demeure hétérogène en raison des épisodes de sécheresse passée », le ministre de l’Agriculture a réaffirmé la nécessité d’être vigilant. Comme le relate Sylvaine Huet dans un article de Libération paru le 19 mai 2006, Thierry Pointet, du Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM), se veut pour sa part rassurant : « Les pluies abondantes en février et mars ont bien rechargé des zones critiques : Poitou-Charentes, Lorraine, Alsace ». En clair, selon l’ingénieur des eaux, il n’y a « rien d’alarmant pour l’été 2006 ». D’autant plus que, comme le note la journaliste, «  les nappes les moins profondes et les plus réactives à la pluie, comme à son absence, ont le plus bénéficié de cette abondance, dans le Massif central, en Bretagne Sud et Poitou-Charentes. Seul le Cotentin peut se trouver en difficulté... à moins d’un été normand arrosé, ce qui n’a rien de rare  ».

Pour les bassins sédimentaires, comme les bassins parisien et aquitain, les niveaux restent certes bas, mais largement suffisants pour passer le cap de l’été. La nappe de la Beauce, précieuse pour l’irrigation des cultures, réagit en effet très lentement aux variations. Il lui faut trois années consécutives de pluies excédentaires ou déficitaires pour inverser une tendance à la baisse ou à la hausse, estiment les ingénieurs du BRGM. Aujourd’hui, le seuil d’alerte est loin d’être atteint, et « même lorsque le niveau a baissé de 16 mètres, un maximum, en 1976, il restait encore 200 mètres d’épaisseur », rappelle Thierry Pointet.

Si le stock total d’eau théoriquement mobilisable en France est d’environ 2 000 milliards de mètres cubes - stock qui se reconstitue en permanence grâce aux précipitations - , on trouve même de l’eau encore plus bas. Sylvaine Huet rapporte ainsi qu’en agglomération parisienne, on a réalisé des forages jusqu’à 650 mètres, « permettant d’accéder à des nappes protégées de toute intrusion, précieuses pour une alimentation de secours en cas d’indisponibilité des eaux de surface ».
Dire que certains affirment encore qu’on manque d’eau en France !

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