Après le syndrome du Titanic, le syndrome de Rambouillet

édito 12 | 11 | 2009

Après le syndrome du Titanic, le syndrome de Rambouillet

L’élection partielle de Rambouillet, le 27 septembre dernier, s’est jouée à cinq voix. Cinq voix qui ont différencié le vote UMP de celui des Verts, dans une circonscription acquise à la droite depuis presque trente ans. Pour le « miraculé » député UMP Jean-Frédéric Poisson, il s’agit d’un véritable « séisme politique », qui exige de son parti une réflexion stratégique, voire philosophique. « Nous devons établir des frontières claires et lisibles entre l’écologie version UMP et l’écologie version Les Verts », a-t—il déclaré en substance au Figaro. Le quotidien révèle que ce travail a été confié au soldat Jouanno. Pourtant, à l’Elysée, on fait savoir que les récentes percées électorales des Verts n’ont qu’une importance mineure. En tout cas, ce n’est pas cette petite mésaventure yvelinoise qui fera changer de cap le petit Nicolas et ses copains.

D’ailleurs, la promotion élyséenne de la dernière production cinématographique
du populaire Monsieur Hulot, Le syndrome du Titanic, est là pour le rappeler.
À moins de deux mois du sommet de Copenhague sur le climat, on comprend
l’enthousiasme que suscite au Château le discours apocalyptique du réalisateur vedette de TF1. D’autant plus que Nicolas Sarkozy se verrait bien dans le rôle du valeureux capitaine s’affairant de tous côtés à stopper l’infernale machine du capitalisme, si brillamment décriée par son nouvel ami écolo. Une dénonciation qui repose sur un scénario méticuleusement élaboré par les meilleures agences de com’ d’EDF, de L’Oréal, d’Orange et autres grands noms du CAC-40, mais qui comporte des limites, dont témoignent les élections de Rambouillet.

Car ce que ces stratèges généreusement rémunérés n’ont apparemment pas
mesuré, c’est que l’électeur ne fait finalement plus la différence entre les discours du petit et ceux du grand Nicolas. Il n’entend qu’un seul et même refrain, celui de l’écologie profonde et radicale, qui martèle que nous vivons dans un monde fini, dans lequel toute action de l’homme porte atteinte à la nature. Et les preuves semblent irréfutables : mortalités d’abeilles et disparition des ours blancs, fonte des grands glaciers et sécheresse en Afrique... Impossible d’ouvrir un journal, d’allumer la télévision ni d’écouter la radio sans être en permanence désigné comme responsable de la destruction imminente de la planète. Nicolas Sarkozy a beau affirmer vouloir défendre une écologie différente, « de droite », la seule vulgate verte audible est celle qui se décline en quatre commandements. À savoir : changer nos comportements (par exemple en fermant le robinet d’eau lorsqu’on se lave les dents ou, mieux, en installant des toilettes sèches), croire en l’avenir miraculeux des éoliennes et de l’énergie solaire (avec une pincée de nucléaire, puisqu’on est entre personnes du beau monde), interdire, ou mieux encore, proclamer des
moratoires, et enfin – et surtout ! –, consommer moins. Beaucoup moins pour les radicaux, un peu moins pour les modérés. Mais toujours moins. Dans ces
conditions, « travailler plus » n’a plus de sens... sinon pour payer plus de taxes
écologiques ! Telle est la grande leçon du Grenelle de l’environnement qui, comme l’affirme le vice-président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Jean Leonetti, ne fait que « cautionner le vote écolo ». Un vote qui certes, dans un premier temps, affaiblit le parti socialiste, mais qui pourrait finalement jouer quelques mauvais tours aux élus de la majorité. Ce que l’on appellera désormais « le syndrome de Rambouillet ».

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